‹ Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préfChapitre 8 sur 51 · Acte I, Scène IV · texte numérisé non relu

Acte I, Scène IV

Ah! caro amico, je suis mort! L'ingrate Violette reçoit si mal ma tendresse qu'il m'est impossible de survivre à son infidélité.

Pasquin.

Que me dites-vous là? Luy en avez-vous donné quelque sujet?

Nullement; je n'ay jamais manqué une occasion de luy plaire. Prenoit-elle la clé de la cave, je me saisissois de la chandelle et d'un verre; je portois la main sur le robinet de la fontaine; j'emplissois sa cruche et je n'oubliois jamais de boire cinq ou six rasades à sa santé, auxquelles elle répondoit avec affection.

Pasquin.

Fort bien.

Faisoit-elle quelque fricassée : « Arlequin, me disoit-elle, trempe ton doigt dans la sauce. » Moy, avec un courage de héros, je portois un doigt intrépide dans le milieu de la casserole. « Ah ! belle Violette! la canelle, le citron, le fromage de Milan,

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dominent autant dans ce ragoût que vous êtes supérieure en beauté aux jeunes filles de ce canton. »

Pasquin.

Voilà des complimens admirables.

Une autre fois, tournant la broche : « Belle Violette, luy disois-je, vous allez vous brûler le visage. Le mien, déjà rissolé au feu de vos beaux yeux, soutiendra mieux cette fatigue. » Elle avoit la complaisance de me mettre la broche à la main. Plus content alors qu'un roy de Cocagne, j'avalois avec plaisir les lardons que je tirois de la poularde, et je baisois tendrement la menotte ou le petit museau de cette scélérate. De la poularde à Violette, de Violette à la poularde, je prenois souvent l'une pour l'autre.

Pasquin.

Oh! cher bel imbroglio! Mais je ne vois rien qui doive tant vous affliger!

Cet heureux tems n'est plus! Je n'ay que des

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