Grand sarcophage de la Mori d'Hippolyie
II a ei6 troav6 en juin 1891, dans les travaux du chemin de fer d' Aries aux Saintes-Maries , dans la Camargue. Cast un des plus precieux du Mus^e, par ses dimensions, sa bonne conservation, son excellente faciure, Tint^ret des scfenes qui y sont representees, et par les remarques archeologiques auxquelles il donne lieu.
Fermee par un couvercle dont un angle est brise, I'auge mesure, ext^rieurement, 2™35 de longueur, 1" de largeur et 1"* de hauteur. Sur ses trois faces, trente-neuf personnagcs, liommes et animaux, sont representes presque en ronde bosse ; sur la quatrifeme face, les personnages, au nombre de onze, sont sculpt6s en bien moins grande saillie. La sculpture de deux des faces est moins finie, d'aucuns disent inachevee, peut-^tre parce qu'elles devaient 6lre moins en evidence.
Sur le couvercle est figure, de grandeur naturelle, un jeune homme, probablement le proprietaire du tombeau. II est represente accoud6 sur un lit, dans Tattitude bien connue que prenaient les anciens a table; un livre est devant lui; il est vetu de la robe prelexte et d'un manteau qui forme des plis nombreux. La tete du personnage, qui manque malheureusement, devait elre son portrait. Le lit, ou plut6t le matelas sur lequel repose le defunt, est orne, sur un des c6t6s, de riches dessins. L'artiste a voulu faire rendre au marbre FeflFet que produit un corps sur une surface moUe de laine ou de duvet; mais Tex^cution est maladroite.
On trouverait egalement dans Tarrangement des plis de la toge et du manieau, sinon de rinexperience, du moins une raideur que Ton est loin de rencontrcr chez rhabile sculpteur grec qui a fouill^ les faces du
sarcophage.
Nous fournirons tout k Theure Texplication de cette difference dans le style des sculptures du couvercle et de Tauge ; nous devons auparavant d6crire les scenes qui sont repr6sent6es sur les quatre faces du sarcophage.
A gauche du panneau principal, Phedre est assise, v6tue d'un riche v^tement, le diadfeme sur la tete ; ses yeux sont fix6s avec amour sur Hippolyte debout devant elle, et ses deux mains placees sur son coeur font le geste ^ternellement humain qui manifcste la tendresse. PhMre a deux suivantes; Tune d'elles, aux traits accentues, probablement sa nourrice, semble parler; sa main est tendue en avant comme pour solliciter. Le bel Hippolyte, debout, nu, la main appuyge sur T^pieu, avec un air de grande fierte et de d6dain, se prepare h aller gouter, avec le nombreux cortege de ses compagnons, le plaisir de la chasse. Son cheval, tenu en bride par un serviteur, est auprfes de lui et semble hennir d'impatience.
Parmi les huit compagnons qui font cortege au
h6ros, deux se font remarquer par Timportance que
Tartisle leur a donnee dans sa composition. lis sont vus
de face, et au groupement des autres personnages, on
comprend quHls sont places au premier plan. L^un est
de formes vigoureuses, Tautre plus svelte ; tous deux sont nus. Ce sont, supposons-nous, les Dioscures.
Les Dioscures Castor et Pollux, que nous avons cru reconnaitre, sont ici bien k leur place. L'immortalite que la fable leur attribuait ^veillait dans la famille du mort des idees d'esperance et de consolation. Nous trouvons d'ailleurs sur d'aulres tombeaux, et tout particuli^rement au Musee d' Aries, ces representations des Dioscures sur les monuments funeraires.
Rien de bien personnel au defunt dans la representation sur son sarcophage du mythe de la Mort dHippolyte, Ce qui devait perp6tuer sa m6moire, c'etait sa statue dans Tattitude du repos.
Le moment est venu d*insister sur la difference de style qui exist e entre le sarcophage et son couvercle.
Le style des sculptures de Tauge est excellent et temoigne de rhabilet6 consomm6e de celui qui les a con- ^ucs et exdcut6es. Sans parler de la richesse et du bon gout de la composition, il est certain que la variety des attitudes, la beauts des formes, Texpression meme de la physionomie de plusieurs personnages, nous font songer moins a Tart provincial, meme trfes epure, tel qu'on le rencontre a Aries, qu'k Tart greco-romain arrivd a une perfection de rendu que d^aucuns trouveraient excessive. Aussi, songerait-on moins a consid6rer ce sarcophage comme de fabrication locale, qu'a le placer dans la serie de ceux que les riches particuliers de Gaule se faisaient apportcr tout faits des fabriques de lltalie ou de la Grece.
Le marbre est d'une finesse et d'une blaacheur qui contrastent avec la quality inf^rieure de celui du couverele. Celui-ci, taille dans un bloc enorme qui a du couter fort cher, mais qui est cerlainement moins blanc, moins fin, et de provenance autre que le sarcophage, a du etrc sculpts k Aries tout sp6cialement pour le d6funt, dont les artistes avaient sous les yeux Pimage.
On a trouv6 dans Tauge en marbre un cercueil en plomb tr^s epais, de conservation parfaite, et mesurant 1°»88 de longueur, 0™42 de largeur et 0^30 de hauteur. Les bords du couverele etaient recourbes et protegeaient le squelette, dont plusieurs os sont aujourd'hui encore au Musee, restes ch6tifs de celui a qui la piete de ses parents avait eleve ce tombeau somptueux.
Pour augmenter la richesse decorative du panneau, le sculpteur a figure des chiens, au nombre de huit, une veritable meute, dans Tespace que laissent libre les jambes des chasseurs. La t^te du plus grand nombre est bris6e. C'est d'autant plus regrettable que la perfection du travail et la variete des formes de ces animaux, eussent fourni une 6tude des plus curieuses aux archeologues amateurs de race canine.
La face de droite et la face posterieure represontent la chasse, au. milieu des arbres, dans la foret. Les chasseurs, les uns a cheval, les autres a pied, poursuivent les bfetes sauvages. Ici, un cerf aux abois va succomber sous les coups; la un sanglier, le poil h6risse, tient tete aux chiens qui le harcelent et aux hommes
qui le menacent de leur pique. Cest le fauve qui causera la mort d'Hippolyle.
Celui-ci est rcpresente sur la face laterale de gauche, assLs, la tele dejetee, les bras pendants; un chien lui leche la main. Debout k ses cot^s, deux h^ros, Fun aux formes puissantes, Taulre plus delicat; ce sont probablement Castor et Pollux, dont nous avons dijk signals la presence. Des femmes, peut-*tre les servant es de Phedre, s'empressent et apportent les linges et les baumeSy h^las inutiles, pour sauyer la vie du jeune homme.
Apres cette indication sommaire du sujet reprSsent^ sur les faces du sarcophage, il nous reste h en rechercher la signification et le rapport avec le ddfunt.
C'etait un jeune homme, ainsi que nous Tavons dijk dit a propos de la statue sculptee sur le couvercle du tombeau. A lui seul le sujet que nous venous de d^crire nous eut permis de le soupgonner. C'etait, en efFet, une croyance r^pandue cliez les anciens, que les jeunes gens fauch^s par la mort k la fleur de T^ge, ^taient ravis par les dieux, dont ils devenaient les compagnons dans le s^jour des bienheureux. Telle est Torigine de la frequence des sujets de L6da et de Psyche sur les sarcophages des jeunes femmes. Les scenes du mythe de Ganymede elaient souvent sculptdes sur les tombeaux des jeunes gens. L'hisloire d'Hippolyte, emportd tout jeune par une mort tragique, 6tait 6galement assez souvent figur^e sur ces sortes de tombeaux, et cela d*autant plus volonliers que Tarlislo pouvait, Ji cette
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occasion, f epr^senter les scenes de cliasse, que les anciens se plaisaicnt a consid^rer comme roccupation favorile des Immortels dans les Clfamps-Elysecs.
Hippolyte est done ici limage symbolique du defunt auquel les parents d6sol6s ont eleve un magnifique iombeau.