‹ ArmorChapitre 5 sur 6 · CRIS D'AVEUGLE · texte numérisé non relu

CRIS D'AVEUGLE

Sur l'air bas-breton : Ann hini goz.

L'œil tué n'est pas mort

Un coin le fend encor Encloué je suis sans cercueil On m'a planté le clou dans l'œil

L'œil cloué n'est pas mort

Et le coin entre encor

Deus misericors

Deus misericors Le marteau bat ma tête en bois Le marteau qui ferra la croix

Deus misericors

Deus misericors

Les oiseaux croque-morts Ont donc peur à mon corps Mon Golgotha n'est pas fini Lamina lamma sabactani Colombes de la Mort Soiffez après mon corps

Itonue comme un sabord La plaie est sur le bord Comme la gencive bavant D'une vieille qui rit sans dent La plaie est sur le bord Elouge comme un sabord

Je vois des cercles d'or Le soleil blanc me mord J'ai deux trous percés par un fer Rougi dans la iorge d'enfer Je vois un cercle d'or Le feu d'en haut me mord

Dans la moelle se tord

Une larme qui sort Je vois dedans le paradis Miserere De profundis

Dans mon crâne se tord

Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort Le mort sauvé qui dort Heureux les martyrs les élus Avec la Vierge et son Jésus O bienheureux le mort Le mort jugé qui dort

In Chevalier dehors Kepose sans remords Dans le cimetière bénit Dans sa sieste de granit L'homme en pierre dehors A doux veux sans remords

Ho je vous sens encor

Landes jaunes d'Armor Je sens mon rosaire à mes doigts Et le Christ en os sur le bois

A toi je baye encor

O ciel défunt d'Armor

Pardon de prier fort

Seigneur si c'est le sort Mes yeux deux bénitiers ardents Le diable a mis ses doigts dedans

Pardoo de crier si fort

Seigneur contre le sort

J'entends le vent dn nord Qui bugle comme un cor C'est l'hallali des trépassés J'aboie après mon tour assez J'entends le vent du nord J'entends le glas du cor

(Menez-Arrez.

Page 1