PREFACE
Le moyen âge, qui n'excita longtemps que l'indifférence des érudits, a été de nos jours l'objet de savantes investigations. Le douzième siècle surtout a eu ses historiens. Rien de plus intéressant en effet que cette époque de renaissance politique et littéraire, oii quelques hommes célèbres commencent à kitter contre le courant rétrograde qui entraîne les esprits. Pendant que le siècle garde encore mille coutumes étranges, reste de barbarie, il est curieux d'assister au combat qu'ils vont livrer à l'ignorance, au préjugé, à la superstition. Est-ce la raison humaine qui l'emportera.'^ Le problème est posé. Mais que d'obstacles il lui reste à renverser ! Le monde sort à peine des ténèbres de l'an mille; on sent déjà cependant fermenter la sève du progrès ; les arts renaissent, l'Europe se couvre de cathédrales, et le goût des entreprises aventureuses s'empare des esprits ; le conunerce va bientôt grandir avec elles.
Tandis qu'Abélard revendique la liberté de penser, un moine illustre qui aurait voulu arrê-
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ter le monde et l'occuper tout entier de l'amour de Dieu, saint Bernard, donne lui-même la plus vigoureuse impulsion au proj^rès en prêchant la croisade; et puis il y a dans l'air connue un souffle de liberté : la personnalité humaine va cesser d'être une chimère pour les peuples ; de toutes parts les communes commencent le travail difficile de leur affranchissement. MM. jMichelet et Henri Martin ont retracé éloquemment l'ensemble de ces faits d'une importance si grande dans notre histoire nationale. Après eux cependant il n'est pas sans intérêt de reprendre en détail les événements particuliers ou la vie des personnages qui ont joué un rôle à cette époque.
Saint Bernard, Jean de Salisbury et Abélard ont déjà trouvé en France des biographes de talent*. Mais parmi les hommes remarquables du douzième siècle, une des figures les plus intéressantes et les plus effacées est certainement celle d'Arnaidd de Brescia ; à peine son nom évoquet-il une vague idée de réforme religieuse et politicjue : non pas que les biographes lui aient manqué en Allemagne et en Italie; mais, outre que leurs travaux sont à peu près inconnus en France, on ne se représente pas nettement, après les avoir lus, la physionomie du réformateur. Nous avons voulu tenter pour Arnauld tic Brescia ce que M. Ch. de Réimisat a fait avec tant de succès pour son maître Abélard, c'est-à-dire une étude