LUC1LE, GEORGET
(Lacile est suivie d’un commissionnaire qui dépose plusieurs cartons et sort.)
lucile, apercevant Georget. Encore ici, lui! Mais que fait-il donc?.. 11 tient un portrait... fl le couvre de baisers!... Ah! si je pouvais voir!... (Elle s’approche doucement.)
GEORGET, entendant du bruit, se relève vivement et cache le portrait. VOUS,
madame? •
lucile, piquée. Oui. Je vois qu’il est décidément impossible de se débarrasser... de vous!... Je me déclare vaincue et je m en vais... (Fausse sortie.)
GEOhCET, la ramenant eu scène. Dtl tout, madame! Puisque VOUS y tenez, c’est à moi de vous céder la place! (se chargeant de paquets.) Mais je purs d’ici avec la consolante pensée que vous avez peut-être été attirée dans ces lieux par aes souvenirs qui vous parleront quelquefois de moi... en bien... pas comme la Pince-Moulin... en bien!...
lucile. Je vous conseille de les invoquer, ces souvenirs, au moment où, là, tout à l’heure... vous mettiez le comble à toutes vos indignités.
GEORCET, jetant ses paquets à travers la chambre. Le comble ! Quel comble?... *
lucile. Essayez donc de nier que vous teniez un portrait à la main?
georget. C’est vrai l
lucile. 11 l’avoue! Et que vous le couvriez de baisera?...
georget. D’énormes baisers! Archi-vrai!
lucile. De plus en plus fort!...
georget. El j’en avais le droit; car ce portrait, Lucile .. luc île. Eh bien?
georget. C’était le vôtre !
lucile. Oh! voilà un outrage de plus! Vouloir encore me tromper! Comme si ma taule ne m’avait pas dit que mon portrait...
georget. Votre portrait....
Lucile. Avait été brisé et foulé aux pieds par vous, il y a trois jours, lors de noire avant-dernière scène!
georget. Oui, la trente-deuxième!... (Furieux.) Oh! la Pince- Moulin ! (Montrant le portrait.) Eh bien, regardez!
LUCILE, comprimant son émotion. Moi) portrait! georget, vivement. Je parie qu’elle vous a dit aussi que i’en avais fait autant de ce coffret, que nous appelions le trésor du cœur?
lucile. Certainement, le même jour.
georget. Le voici! C’est la première chose que j’ai emportée en déménageant; reconnaissez-vous ce ruban et ce bouquet de violettes, ô Lucile?...
lucile, baissant les yeux. Oui, les violettes de la tragédie. georget. Ah çà ! mais je commence à entrevoir un abîme d’iniquités!... Lucile, puisque nous tenons le sac, allons jusqu’au fond, je vous en supplie ; j’en sortirai blanc comme l’innocence, et la Pince-Moulin sera confondue!
lucile. Oh! c’est trop d’effronterie aussi!... Et cette lettre qu’un jour, dans votre trouble, vous avez oubliée sur la table? georget. Bon, ça se noue. Quelle lettre?
•lucile. Elle contenait ces mots, oh! je les lis encore; « Le rendez-vous est pour aujourd’hui...
georget, continuant. «Je t’attends à Saint-Germain... » Signé... lucile. « Eléonore Chamaillard. » Ah! monsieur, quelle était cette créature?...
georget, vivement. Un cuirassier! un camarade de collège, auquel j’ai dû servir de témoin dans un duel qui a eu lieu à cinq heures du matin... Ehl parbleu! il est venu hier, pendant mon absence. J’ai précisément sur moi une de ses cartes... } « Eléonore Chamaillard, ex-maréchal de logis-chef, au a e cuirassiers. » Voyez!...
LUCILE, regardant la carte. Est- il possible!... georget. Ab! madame! être jalouse de la grosse cavalerie !... Quel trait de lumière!... (vivement.) Votre tante savait tout!... lucile, surprise. Ma tante!...
georget. Et elle m’avait prié de ne vous rien dire, pour ne pas vous effrayer, prétendait-elle... tandis que, d’un autre côté, elle vous montait la tête contre moi !
LUCILE, avec conviction, à elle-même. Oll ! c’est bien mal ! georget. Je retiens le mot! Eh ! j] est bien de vous, celui-là et vous ne le reprendrez pas. N’est-ce pas que c’est bien mal?,.,