PRINTEMPS PERDUS
ÉLAs! pourquoi si tard t'ai-je donc rencontrée, Rose de mon automne, ô mignonne adorée ? Pourquoi, pourquoi si tard?... Je songe bien souvent Que jadis, moi, jeune homme, et toi, petite enfant. Nous étions des voisins, et que, sans nous connaître,. Moi, mûr trop tôt, et toi venant presque de naître. Nous habitions tous deux dans ce coin de Paris Où, maintenant, ayant déjà des cheveux gris.
Vieux garçon tout surpris de ma bonne fortune, Le long des boulevards déserts, les soirs de lune, Je vais en te serrant le bras, silencieux, Et m'arrête parfois pour te baiser les yeux.
C'est ainsi, cependant, ô ma chère petite!...
Le logis où, depuis plus de quinze ans, j'habite
Est près de la maison dans laquelle, jadis.
Pauvre et naïve enfant du peuple, tu grandis.
Toi qui, par la chaleur de tes lèvres si douces,
As fait sur mon vieux cœur fleurir de jeunes pousses,
— Tel, au soleil d'Octobre, un arbre faubourien, —
Près de moi tu vivais; — et je n'en savais rien !
Dire que j'ai souvent mené ma flânerie.
Par les soirs de printemps bons pour la rêverie.
Dans la paisible rue aux jardins odorants
Où tu m'as confié que logeaient tes parents.
Et que cette gamine aux pieds fins, droite et maigre.
Qui sautait à la corde en criant : « Du vinaigre! »
Et qui s'interrompait avec un peu d'humeur
Pour laisser le passage au distrait promeneur.