RELATIONS
§ I. — Une classification des sciences.
Les règles au moyen desquelles on parvient à connaître l'existence d'un objet nous étant connues, il reste à formuler celles qui nous doivent guider dans nos recherches sur la nature, les propriétés et les relations des êtres.
Nous nommerons êtres ou faits naturels, toute chose appartenant à l'ordre naturel , c'est-à-dire , sans exception , tous les êtres et tous les faits soumis aux lois nécessaires de la création. Nous nommerons moraux les faits appartenant à l'ordre moral ; historiques ou sociaux, ceux qui appartiennent à l'ordre social ; et religieux, ceux qui relèvent d'une providence supérieure et extraordinaire.
Je n'insisterai pas sur l'exactitude de cette division, confessant même qu'on pourrait à la rigueur la contester; mais elle est établie sur la nature même des choses et en harmonie, on ne saurait le nier, avec les points de vue habituels de l'esprit humain. Pour faire ressortir d'une manière invincible les raisons qui l'appuient, je vais donner, en peu de mots, la filiation des idées.
Dieu a créé l'univers, et tout ce que l'univers contient, en le soumettant à des lois constantes et nécessaires. De là l'ordre naturel : l'étude de cet ordre pourrait se nommer philosophie de la nature.
Dieu a créé l'homme raisonnable et libre, mais tenu à cer-
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tains devoirs qui , sans le contraindre, l'obligent. De là Tordre moral, objet de la philosophie morale.
L'homme en société donne naissance à une série de faits et de rapports ; de là Tordre social j l étude de cet ordre de faits pourrait se nommer philosophie sociale ou, si Ton veut, philosophie de Thistoire.
Dieu n'est point lié par les lois auxquelles il a soumis l'ouvrage de ses mains , par conséquent il peut agir sur ces lois, et même contrairement à ces lois ; c'est pourquoi nous admettons Texistenee d'un ordre de faits et de révélations supérieur à Tordre naturel et social. De là l'étude de la religion ou philosophie religieuse.
L'existence d'un objet étant démontrée, il appartient à la philosophie de l'étudier à fond, de l'apprécier, de le juger. Philosophe, dans son acception commune, signifie homme versé dans l'élude des lois qui régissent les êtres, dans 1 étude de leurs propriétés et de leurs rapports.
$ H. — Prudence scientiGque ; moyens de l'acquérir.
Le véritable esprit philosophique est inséparable de Tesprit de prudence; prudence raisonnée , très-semblable à celle qui doit présider à nos rapports avec Tes hommes et les choses dans la conduite de la vie. Fruit amer du désenchantement et de l'expérience. Voici quelques observations qui pourront nous aider à l'acquérir.