‹ Art de préparer la chaux et le platre, et de fabriquer les briques et les carreaux. Par m. E. Martin, professeur de sciences physiquesChapitre 4 sur 7 · PllÉPlRATIOJÏ · texte numérisé non relu

PllÉPlRATIOJÏ

la cuisson. Du reste , la couleur qu’eDe doit avoir est peu importante :1a blanche est fort bonne toutes les fois qu’elle réunit les propriétés dont nous venons de parler ; mais celle qui est grise , jaunâtre ou rougeâtre , peut ne lui céder en rien.

- Il faut seulement que l’oxide métallique qui la colore, ne s\ trouve pas en trop grande quantité. Si l’on se proposait de laire des bnques à four, qui ont besoin de supporter uue très-haute température, sans se fondre et sans éprouver de retrait , on conçoit que les argiles manganésiennes ou ferrugineuses ne pourraient être employées à cet usage, parce que çet état de combinaison les rendrait lusibles, et conséquemment peu propres à la construction des briques à four. Il en serait de même des argiles calcaires , magnésiennes ou barytiques , tiont' la fusibilité est toujours très-grande , et l’on ne pourrait employer que des argiles pures , c’est-à-dire composées uniquement d’alumine et de silice dans des proportions convenables.

D’après ce que nous avons dit de l’alumine , dont le retrait est d’autant plus considérable que la température à laquelle on l’expose, est plus élevée , on

DES BBIQDES BT DES CARREAUX. 57

conçoit que, pour les cas ordinaires, la prédominance de cet élément doit être moins avantageusa que«celle de la silice dans la construction des briques à four.

Mais si cela est vrai dans un grand nombre de circonstances , cela ne l’est pas toujours: en effet, lorsque les parois des fours doivent se trouver en contact avec des oxides métalliques ou des substances salines , comme ces substances rendent la silice très-vitriûable , il est à propos , dans ces cas-là , de faire prédominer fortement l’alumine, qui en est beaucoup plus difficilement attaquée.

Mais ici une nouvelle difficulté se présente ; c’est qu’en augmentant la proportion de ralumine , on rend les briques plus sujettes à se fendre , à se déformer et 'à éprouver du retrait par l’aclion du feu ; et cet inconvénient ne serait pas moindre que le premier, si l’on n’avait trouvé le moyen d’y porter remède.

Comme la silice, dans son mélange avec l’alumine , a pour effet de s’interposer entre les molécules de cette substance et de la rendre moins sujette à se tléformer, et à éprouver du retrait par l’action du feu, on a imaginé qu’il ne

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58 PRÉPABATION

serait pas impossible d*atleindi-eie même but, si l’on substituait à la silice un autre coips êgalemetit dur; aussi peu susceptible d’éprouver du retrait par l’action du feu, et moins facilement rendu fusible par la réaction des oxides et des sels. Ce nouveau corps , dont on a imaginé de faire usage , c’est l’alumine elle-même, mais modifiée par l’action d’une température très-élevée , et transfonnée en une substance dure, grenue, - et incapable d’éprouver un nouveau retrait , hormis par l’action d’une température encore plus haute. Des fraginens de bonne tuile bien cuite, ou de quelques autres poteries bien choisies , ont parù devoir convenir à tous égards, et les briques que l’on obtient en alliant à ces fràgmens pulvérulens assez d’argile pour les rendre susceptibles de s’agglutiner, réunissent tous les caractères que l’on peutdésirerdansdebonnes briques à four.

Les briques que l’on destine aux constructions ordinaires ne demandent pas à être fabriquées avec une argile choisie ou préparée avec tant de soin j cependant on . ne peut disconvenir que pour l’ordinaire , leurs qualités ne soient en raison directe de la pureté de l’argile , et

en voici la raison : les argiles calcaires ou ferrugineuses , ou calcaires cl ferrugineuses en même teins, sont d’autant plus fusibles, comme l’on a vu, que la proportion des substances hétérogènes se trouve plus grande , et dès-lors il devient impossible de les cuire au point convenable pour leur donner une solidité suffisante sans s’exposer à les fondre et à les voir couler dans le four, ou du moins s’agglomérer en forme de roches.

Cependant la cuisson est un point essentiel dans cette fabrication , et l’on ne peut regarder comme bonnes des briques mal cuites. On peut dire même que, toutes choses égales d’ailleurs, les meilleures briques sont celles dont la cuisson a été poussée au plus haut degré.

Cela étant, voici l’exposé de ce qui arrive, tant lorsque l’argile est trop impure que, lorsqu’étant'au degré de pureté convenable, elle est trop alumineuse ou trop siliceuse. Si elle est trop impure, il arrive, comme nous l’avons déjà dit, que l’action du feu nécessaire pour la cuisson liquéfie plus ou moins cette argile , déforme les briques et les colle les unes aux autres, de telle sorte que l’on est réduit à ne pas cuire suffi-

6o PRÉPARATION

saiiuucnt, et conséquemment à avoir des briques qui absorbent l’eau, et qui , à la longue, se ramolissent et se divisent en menues parcelles. Si l’argile est au degré de pureté suffisant, c’est-à-dire capable de résister, sans se vitrifier, à une température beaucoup plus élevée que celle qui est nécessaire pour sa cuisson, les deux circonstances opposées delà prédominance de la silice ou de l’alumine , sont suivies de résultats düTérens qu’il importe d’examiner. Si la silice est un peu trop prédominante, la brique, apres avoir été bien cuite, possède à la vérité plusieurs qualités précieuses, mais on peut lui reprocher d'être trop cassante, et de ne pouvoir supporter de choc sans se rompre ; si , au contraire , c’est l’albumine qui prédomine , la brique est sujette à se déformer et à se fendre par l’action du feu ; mais toutes les fois qu’elle demeure intacte durant la cuisson , on peut l’employer alors avec succès dans les constructions de toute espèce, parce qu’elle est compacte, tenace, imperméable et inaltérable par l’air ou par l’eau.

Le défaut qu’ont les argiles trop alumineuses de se déformer et de se gercer

DES BRH^DES ET DES CARREAUX. 6l

au feu, est d’autant plus sensible que les

Î >16008 sont plus épaisses; aussi les argies de cette espèce sont-elles employées avec moins d’avantage à la confection des briques qu’à celle des carreaux et des autres poteries plus légères. Mais si la présence de l’alumine dans des proportions où les pièces ne peuvent être exposées au feu sans se déformer, est toujours nuisible, sa prédominance n’est jamais défavorable toutes les fois que la cuisson peut s’ertectuer; au contraire, elle communique aux pièces les qualités que l’on recberclie le plus , la dureté, la densité et la résistance. Cependant l’emploi des briques très— alumineuses pourrait présenter quelques inconvéniens, si on les destinait à la construction de fourneaux où elles seraient exposées à une température plus élevée que celle de leur cuisson. En effet, elles seraient sujettes alors à un grand retrait, et la solidité des constructions souffrirait beaucoup.; il faut donc chercher, autant que possible, à n’employer pour les diflérens usages que les briques c|ui y sont appropiiécs. Les briques fabriquées avec une argile alumineuse sont convenables pour les constructions ordinaires; et elles Arl cU' Fnb. lu Cliaux. *1

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6a préparation

sont toujours d^autant meilléures que leur cuisson a été poussée à un plus haut point. Quant aux briques fabriquées avec une argile siliceuse, elles conviennent mieux que les précédentes pour les fourneaux , mais il ne faut pas qu’elles s’y trouvent exposées à la réaction de substances qui pourraient faire , entrer en fusion la silice. Dans ce cas , les briques les plus résistantes seraient, celles dans lesquelles on aurait substitué à la silice de l’alumine déjà fortement calcinée et réduite en poudré.

Les biiques provenant d’argiles fort alumineuses ne sont pas communes , parce que leur dessication demande plus de précaution que celles des briques ordinaires, et leur cuisson plusdecombustible ; aussi , comme 1 on va presque toujours aumeilleur marché et au plus tôt fait, ou est dans l’usage de se contenter presque partout de briques très-médioci'es, qui proviennent d .argiles impures^ abondant presque toujours en chaux et en fer, et contenant une forte proportion de silice. Ges briques' se cuisent avec moins de combustible que les autres ; mais leur cuisson demande à être dirigée avec précaution. Si l’on chauffe trop ,

elles se ramollissent, s’agglomèrent et forment des roches; et si l’on chauffe trop peu, elles restent tendres et friables.

Le point convenable est celui où leur surface commence à se vitrifier, et où elles sont comme recouvertes d’un vernis solide. Dans cet état, elles sont dures, résistantes, imperméables ; mais ce degré de cuisson est très-difficile à atteindre , ou du moins toutes les briques d’une fournée ne peuvent le i-ecevoir en mêmetems. En effet,’ celles qui sont autour des foyers , et celles qui sont au haut du four ou sur les côlës, ne peuventjamais être cuites au même degré, puisqu’elles sulDissent des degrés de chaleur différens ; et il est de force que les premières étant au point convenable et présentant une surface vitrifiée, les secondes soient plus perméables , plus tendres et plus friables.

Dans les briques fabriquées , comme cela n’est que trop commun , avec des argiles très-impures et très-fusibles , on doit donc considérer ce commencement de vitrification comme un utile palliatif, et il ne faut pas être étonné si , dans les pays où l’on fabrique ces sortes de briques , la portion de la fournée qui pré-

sente un aspect vitreux se vend plus cher que le reste. Les briques dont la surface est ainsi vitrifiée , et qui sont connues soiis différentes dénominations , suivant les pays, sont employées avec un succès constant dans les fondations , dans les murs et voûtes de caves , et dans tous les lieux où elles doivent être exposées à riiumidité ; il est certain qu’on trouverait : aussi beaucoup davantage à les employer pour tous les .autres travaux; mais leur prix est un- obstacle à cela, et Ton se contente de briques moins cuites , <|ue l’humidité attaque beaucoup plus vite, et qui souvent, au bout d’un petit nombre d’années, sont déjà considérablement altérées.

En résumant nos observations précédentes , nous ne pouvons inférer que les argiles pures et infusibles sont les meilleures pour la fabrication des briques et des carreaux , et les seules mêmes qui coqiviennent dans plusieurs cas; qu’entre ces argiles , celles qui sont plus alumineuses acquièrent plus- de dureté et de ténacité dans la cuisson que celles où la silice domine ; mais qu’elles sont plus jsujettes à se déformer et . à éprouver du retrait par l’action du feu , que

DES BEIQXJES ET DES CARÉEAdX. -GÎ

les dernières , éprouvant peu de retrait, remportent pour la fabrication des briques à four, lorsque ces briques ne sont pas exposées à l’action de différens .sels; mais que, dans ce cas, les argiles alumineuses sont préférables^, pourvu que l’on ait soin d’y incorporer une •quantité suffisante de la meme arpile calcinée à un haut degré. Enfin , que les argiles impures ou très ~ fusibles no sont pas propres à faire de bonnes briques, parce qu’il est impossible de les cuire suffisamment;. mais que , du reste ,

' toutes les fois qu’on les emploie , le degré de feu qui leur convient davantage et les rend plus imperméables et plus résistantes , est celui. qui vitrifie leur surface.

L’importance du sujet qui nous occupe , nous ayant engagé à entrer dans des détails circonstanciés sur les qualités de l’argile qui conviennentaux difï'érente.s espèces de briques, il ne nous reste rietià dire sur celle mii convient aux- tuiles et aux carreaux. Nous ajouterons seule- .ment qu’elle peut être choisie plus alumineuse ; parce qu’étant plus, minces , .les objets que l’on en- fabrique se ger-r cent et se déforment nM^lns par l’action

6& préparatiom

én feu. Bu reste , dans un grand noin*bre de tuileries , où Ton ff^ique à lar fois des briques , des tuiles et des carreaux , on emploie indifféremment la même argile pour tous ces objets ; et , comme il serait illusoire d^employer à la' • fabrication des carreaux , une argile siliceuse ou fusible, qui ne serait pas susceptible de prendre au feu la conérenceet la dureté nécessaires, il s’ensuit que les briques que l’on confectionne dans ces tuiles , sont d’ordinaire de

ê.- Il pourrait arriver argile employée pour' les carreaux , quoique convenable pour ces objets, se trouvât trop grasse pour des objets plus épais telles que sont les briques ordinairement ; alors il conviendrait de mêler un peu de sable avec cette argile , et c’est ce que l’on pratique en |uusieurs endroits; mais, dans beaucoup d’autres,, on ne son^e pas à faire usage de sable, et l’on remedie à l’inconvénient dont nous parlons , en faisant les briques plus minces. C’est pour -cela que, dans 1^ différentes provinces , les briques sont de dimensions variables, ayant deux pouces d’épaisseur dans quelques loea-

très-bonne qualit cependant que 1’ les tuiles et pour

filés , et dans d'autl^es n’en ayant qu’un.

Mais, comme il y aurait beaucoup de main-d’œuvre perdue à confectionner des briques minces , si l’on ne suppléait par la longueur et la largeur à ce qui leur manque en épaisseur, il arrive que là où les briques sont plus minces , elles , sont ordinairement plus longues et plus larges, ayant souvent dix pouces de long et cinq de large , au lieu, de huit et de quatre.

Après les considérations générales .dans lesquelles nous venons d’entrer sur les diverses pi*opriétés de l’argile , et les modifications qu’on peut lui faire éprouver, selon le besoin , il est de notre sujet d’examiner ce qui se pratique communément, et de décrire les procédés en usage dans toutes les briqueteries.

Ces procédés sont relatifs à la préparation de la terre, au moulage, au séchage et à la cuisson. Nous les exposerons sno cessivement avec des développemens proportionnés à leur importance.

Lorsque l’on se propose d’étaWir quelque part une tuilerie ou une briqueterie, on travaille une certaine quantité d’argile qu’on veut employer; et, après Lavoir pétrie, moulée et ^hée , on la.

porte dans un four voisin , et on lui donne la cuisson convenable, avant de prononcer, d’une manière définitive , sur sa qualité. En effet , quoique l’aspect de l’argile , son plus ou moins de ténacité, et la manière dont elle se comporte en séchant, soient des indices assez constans du résultat qu’on doit obtenir, il serait peu sage de s’en tenir à ces seuls indices;. et il est toujours pré^^ fémble de recourir à l’expéiience. Si l’àrgile est trop grasse, on cherche du sable ou une argile sablonneuse dans lé voisinage, et on en ajoute à l’argile • grasse, de manière à corriger son défaut, et à obtenir un mélange qui ait assez de ténacité et de souplesse pour .se bien mouler, mais qui n’en ait pas assez pour se gercer et se déformer par l’action du feu;, si l’argile est trop maigre, on y remédie par l’addition d’une argile grasse qui lui donne assez de con-.

sistance pour se mouler, et la rend propre à faire -des briques dures et sonores que l’humidité ne. pénètre pas ; mais lorsqu’elle est trop impure et- trop fusible, alors aucun remède n’est prati- . cable, et, .d’ordinaire, on renonce à en. faire usage. Cependant, il y a dès- * *

localités où le défaut d’une bonne ar> elle force à recourir à ces- argiles fusibles, et on en obtient d’assez bonnes briques toutes les fois qu’elles éprouvent un commencement de vitrification durant la cuisson^ mais, du reste, elles sont toujours impropres à la fabrication des tuiles et des carreaux , et l’on ne tente pas même d’en faire usage pour cet objet.

Copirae la fabrication des briques .n’est avantageuse qu’autant qu’il est possible de les livrer à bas, prix, on conçoit combien il est important de faire choix d’une glaise .cjui n’ait besoin d’aucune addition pour etre employée , et dont l’extraction- et la préparation soient faciles ; car les moindres frais que l’on serait obligé de faire , à cet égard y rendraient cette espèce de fabrication presque impossible; Aussi estil rare de voir employer'des terres qui aient besoin d’être mélangées ; ou , si cela se voit quelquefois, c’est que ces terres sont à proximité l’une de l’autre et à fleur du sol,>et que leur mélange se fait à peu près sans frais. Quoi qu’il en soit , lorsqu’on ,a fait choix d'une . terre qui est convenable pour la fabri-

70 PUÉPARATIO»

cation des briques ou des carreaux , où de ces deux ODjets à la fois , on la travaille pour la rendre propre à être employée ; et voici comment on procède en divers endroits.

. Au Havre et dans une grande' partie de la Normandie, on ramasse la terre en hiver auprès d’une grande fosse revêtue de maçonnerie, et dont les dimensions sont proportionnées à la quantité de briques que l’on cuit è chaque fournée. Lorsque Ton cuit cent millions dç briques à la f(Hs , cette fosse a douze pieds en carré sur cinq de profondeur.

Au printems, lorsque Ton commencé les travaux , on la remplit d’une partie de la terre qu’on a tirée dès l’hiver et qui a été divisée par les getées , et l’bn y ajoute successivement une quantité d’eau suffisante pour que le tout soit bien imbibé. Alors, un ouvrier qu’on nomme rnarcheuar, piétine cette terre humectée, et la divise avec une pelle ferrée en tranches très-minces , jusqu’à la profondeur de neuf ou dix pouces , en jetant successivement toutes ces tran^ ches dans une seconde fosse contiguë , mais plus petite, et qui est recouverte d’une toiture. Han; ce travail , il a soin.

<3e retirer toutes les pienes et tous les corps étrangers dont la présence serait nuisible; et lorsqu’il a fait passer ainsi une couche d’argile de l’épaisseur que nous avons dit , de la grande fosse dans la petite, il entre dans celle-ci, piétine de nouveau la terre qu’elle contient, et la jette sur le sol même de l’atelier où il en forme une couche de sept à huit pouces. Alors il piétine une troisième fois cette terre sur laquelle il répand un peu de sable pour l’empêcher de s’attacher à ses pieds; et, après l’avoir , ainsi parcourue trois ou quatre fois , en divers sens, en s’appuyant sur un bâton pour s’aider à retirer le pied droit qu’il fait agir; il la coupe par grosses mottes qu’on nomme v osons ^ et la retourne sens dessus dessous pour la piétiner de nouveau. Ce travail fini , un ouvrier qu’on nomme vangeur, coupe cette terre par petits vasons, la porte sur une table qu’il a couverte d^un peu de sable , la pétrit avec soin entre ses mains , et la divise de nouveau en petits vasons qu’il porte sur l’établi du mouleur. La terreayant reçu pour lors toutes les préparations nécessaires, le mouleur l’emploie sur-le-champ. Nous décrirons plus

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'-j2 PRÉPARATION

bas l’opératioii du moulage, et celles qui suivent dans la pratique de Tart du briquetier. Notre objet , maintenant , est d’indiquer le mode suipi dans d’autres pays pour la préparation de la terre, et de nous étendre eu particulier sur eetle partie de l’art , une des plus importantes.

En Flandre et dans tout le nord de la France, où l’on cuit les briques au charbon de terre , on suit une manipulation différente pour la préparation de la terre qu’on veut employer. On .commence par faire un tas de cette terre à quelques pas du lieu même d’où on l’extrait.; on la laisse passer l’hiver ainsi disposée ; et , à la saison des travaux f deux hommes qu’on nomme batteurs , l’ayant arrosée par le profil avec dès écopes, en enlèvent de petites portions vers la base , en se servant de pelles pour ce travail, et lancent ces portions à ^106 distance d’environ six pieds. Le haut, du profil ne tarde pas à tomber par cette manœuvre, et les ;terres qui en proviennent sont jetées, comme les autres , sur Les premières , de manière à former un nouveau monceau. Ce nouveau monceau est arrosé largement ,

DES BtllQUES ET DES CABREAUX.

comme le premier, et relevé d’un côté avec des pelles , de manière que toutes ces parties rejetées successivement sur le côté opposé , se trouvent divisées , changées de place, et purgées de pierres et de toute autre substance étrangère.

Ce travail fini , les batteurs s’arment d’une houe; et pour détremper et émietter la terre bien également , ils la tirent à eux peu à peu , et la font changer de place en l’arrosant fréqueminent. Ils répètent cette manipulation deux fois de suite ; et lorsque la matière a pris la consistance d’un mortier ferme, ils commencent à la battre. A cet effet , ils l’arrosent, la retournent avec une pelle, la font encore changer de place , et puis la travaillent avec une houe en la tirant à eux, de telle sorte que, lorsqu’ils en ont fait un petit tas devant eux , ils la battent avec le talon de la houe. Ils manient de cette manière toute la terre, et ils terminent en la relevant sur quatre à cinq pieds d’épaisseur avec des

Ï telles de bois, en unissant parfaitement e monceau , et en le recouvrant de paillassons , afin de le préserver du soleil et de le conserver frais plus longtems.

Il faut A deux hom, mes, pour préparer,

Art d« Fab. la Chaux. 6

74 PRéPlRATIOW

coinuic nous venons de le dire deux ' mètres cubes de terre, une heure et demie ou deux de travail environ.

Dans d’autres localités , comme en Suisse , par exemple , on procède encore d’une autre manière à la préparation de la terre. On commence par en faire un tas devant le hangar sous lequel on doit la mouler, et sur le bord d’üne fosse en maçonnerie ou d’une cuve en bois. Ce tas est ensuite battu fortement ; et lorsqu’il a acquis une densité suffisante, on le coupe en tranches très - minces avec une pioche ou une boue plus large qu’à l’ordinaire; et ces tranches , desquelles on retire toutes les pierres et tous les corps étrangers , sont jetées dans le bassin qui est au pied du tas.

Lorsque ce bassin se trouve rempli à une certaine hauteur, comme à un pied et demi environ, on y jette de reau petit à petit , de manière à bien imprégner toutes les tranches; et quand cet eifet a eu lieu, un homme descend dans la fosse , et piétine la terre qu’elle contient , jusqu’à ce qu’il n’y sente plus de dureté^ et que la masse soit bien homogène. Ce but atteint , dl rejette la terre hors de la fosse, en forme un nou>

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veau monceau qu’il bat fortement poulie rendre ferme et compacte , après quoi il le coupe en tranches très-minces, comme la première fois, en en séparant tous les corps étrangers qui s’y pourraient encore rencontrer; et lorsque ces tranches ont été rapprochées de nouveau, battues et formées en tas, la terre se trouve propre à être employée.

La préparation de la terre sur laquelle nous avons déjà beaucoup insisté, est, comme l’on peut en juger, une des opérations les plus importantes de la fabrication des briques et des carreaux.

Toute chose étant égale d’ailleurs, elle ajoute singulièrement à la densité et à la résistence des objets que l’on confectionne ; et l’on peut présumer que les anciens qui fabriquaient d’excellentes briques, et qui n’avaient pas d’autres matériaux qne les nôtres , s’attachaient à cette partie de la fabrication avec un soin tout particulier. Une expérience que nous allons rapporter, et qui est due àM. Gallon, fera concevoir mieux que tout ce que nous pourrions alléguer , jusqu’à quel point cette préparation est

Di ■ ■

essent';elle pour que la brique soit de bonne qualité.

M. Gallon fit mettre de côté, dans une' briqueterie , une certaine quantité de ' terre déjà préparée et propre à être employée, résolu de la faire travailler denouveau pour voir l’elfet qui en pourrait résulter. Cette terre était de qualité fort ordinaire , et ne donnait que des briques très-médiocres. Au bout de sept heures, il la fit mouiller et battre' pendant une demi-heure ; il répéta la mêmeopération le lendemain au matin , et le soir il fit porter la terre au moule après l’avoir encoï c battue pendant un quart d’heure. Cette terre, qui n’avait cinq quarts d’heure de prépais que l’autre, avait acquis unelus grande, et les briques que l’on en fit pesaient cinq livres onze onçes, pendant que les autres ne pesaient que cinq livres sept onces. Cette différence de poids subsista encore après la cuisson , les unes et les autres ayant .perdu cinq onces par l’action du- feu; mais ce qui constitua leur principale différence, ce fut la ténacité. Les briques , fabriquées avec la terro bien cor-, royée , ne rompirent qu’après avoir été

reçu que ration pli densite p

DES BRIQDES ET DES CiEEEADE. ^7

chargées de soixante-cinq livres à chaque extrémité , ou de cent trente livres ■en tout ; pendant que les autres rompirent sous une charge de trente-cinq livres à chaque bout ou de spixante-dix , livres en tout.

D’autres expériences Faites par M. Gallon ) sur une terre de meilleure qualité , prouvent en même tems qu’il nVst pas moins essentiel de bienchoisirla lerreque delà bien corroyer. En effet, s’étant procuré de meilleure terre , il lui fit donner les préparations ordinaires , et la fit façonner dans le même moule que les briques de l’expérience précédente, et cuire aü même feu. Ces briques^ qui pesaient cinq livres douze onces avant la cuisson , perdirent six onces par l’action du feu ; mais , à l’essai que Ton fit de leur ténacité , elles ne rompirent , après avoir été appliquées comme les autres sur un tranchant que sous la charge de deux cent vingt livres à chaque bout, ou de quatre cent quarante livres en tout.

On peut tirer, de ces expériences particulières de M. Gallon , les mêmes conclusions qui sont adoptées dans la pratique .des briqueteries , quoique souvent on néglige de s'y eonfoiTnér, plus qu’on

78 PHÉPA.RATIOM

ne devrait; savoir : qu*il est de la plus grande importance de faire choix d*uue bonne terre, et, lorsqu’elle est choisie convenablement , de la travailler avec force sans mettre trop d’eau. -Plusieurs rnéthodes peuvent être survies à cet effet, comme l’on vient de le voir ; mais , l’essentiel dans toutes, est de tirer la terre avant l’hiver, et de l’étendie à une médiocre épaisseur, ahn de la laisser' exposée à l’influence des gelées qui la divisent; ensuite, dans la saison de mouler, , de l’imbiber d’une quantité d’eau suffisante , de la laisser se bien imprégner, de la partager en petits monceaux, de la pétrir, de la diviser, d’en extraire les corps étrangers , de la réformer en tas et de la polir, et de recommencer au moins deux fois ces opérations , en y mettant un certain intervalle^ avant que de procéder au moulage.

Les préparations qu’il est nécessaire de faire subir à la terre , lorsque l’on se propose d’en confectionner des tuiles o.u des carreaux , sont les mêmes que celles que nous venons de décrire ; seulement il convient de les prolonger davantage ; et dé purger la terre avec encore plus de soin de tous les corps étrangers ,, parce

que ces ouvrages, étant moins épais que des briques, demandent à être formés avec une pâte plus homogène et plus liée. On sait, en outre, que la terre qui leur est appropriée doit être plus grasse que celle que l’on emploie ordinairement pour les briques , et c’est encore un motif pour qu’elle demande à être mieux pétrie et plus maniée.

La nécessité de travailler à tour de bras la l’on destine à la fabri-

cation d et des carreaux , a fait

imaginer d’avoir recours aux machines pour effectuer les mêmes préparations , ' et voici quel est le principe d’après lequel la plupart de ces machines ont été construites. On établit, dans une position verticale, un tonneau solide de trois pieds de diamètre environ sur quatre pieds de hauteur ; et l’on fait passer perpendiculairement , dans son milieu y.

un axe de fer portant à dilFérenles hauteurs des branches de bois disposées comme des rayons, et qui répondent à diflerens points de la' circonférence du tonneau. Ces branches sont armées chacune de six couteaux, dont trois se dirigent en haut et trois en bas , parallèlement à Taxe, et dont les derniers affleu*

,So ^ïftÉPARATlOH

renl ks parois intérieures du tonneau , à la distance d’une ligne environ. Quant à l’axe, il porte à l’une de ses extrémités un levier borizontal à l’extrémité duquel est attaché un cheval qui fait mouvoir la machine. La terre, humectée et introduite dans le moulin par le haut,' sort par le bas à l’aide d’une ouverture qu’on a ménagée, et dans sa chute se trouve coupée et divisée en menues parcelles , et même purgée des herbes etdes filamens qui s’attachent aux couteaux, et que l’on a soin de retirer de tems en tems. Dans cet état , elle se trouve ordinairement propre à être rapprochée pour être employée; mais lorsqu’on ne la juge .pas assez broyée , on fa passe une seconde fois au moulin.

' La machine que nous venons de décrire est le modèle de toutes celles que l’on emploie pour la préparation de- la terre ; mais ses avantages n’étant pas foi’t considérables sous le rapport de l’économie, elle n’est que très-rarement employée. Dans tous les cas , lorsque la terre a reçu toutes les préparations né- I cessaires.,. on la porte au mouleur qui est chargé de la façonner convenablement.

DES BRIQDES ET DES CÀRREADX. 8l .

. , Cette opératiott se fait sur une table , dont un coin- est saupoudré de sable , et où se trouvent deux moules doubles. Le mouleur enlève, avec ses deux mains, une portion de la terre qu’on a disposée à sa portée, et jette avec force cette portion qui est du poids de quatorze à quinze livres, sur le moule le plus près de lui , de manière à bien remplir une des cases.

Aussitôt il rase cette case avec la main , en y entassant la matière , et après avoirporté l’excédant de la terre sur la seconde, il passe fortement sur le moule un outil qu’on appelle plane , enlève tout ce qui déborde , le dépose à côté de lui , et donne im petit coup du plat de la plane comme d’une truelle , sur le milieu du moule, pour séparer les deux briques* Un ouvrier, qu’on nomme porteur, s’empare alors de ce moule, qu’il dresse adroitement sur son champ, et va déposer les briques sur une aire bien battue, où il les laisse se ressuyer,. avant d’en former des baies. Pendant ce teins le mouleur remplit l’autre moule que le porteur vient en lever également, en lui rendant le premier frotté de sable, et le travail se succède avec une telle rapidité, (ju’un mouleur adroit , lorsqu’il est’ bien

82 PRÉPARATiaN

secondtv peut mouler de sept à neuf mille briques dans le courant de sa 'journée.

On conçoit qu’il faut des liomines ixh bustes pour résister à un travail aussi soutenu. 11 faut aussi que le mouleur ait * la main formée à son exercice , pour que la matière soit d’une même densité dans toutes les briques, et qu’il ne s’y rencontre pas des vides et des soufflures qui feraient déformer l’ouvrage au fourneau.

La pression que l’on exerce * sur la terre , pendant le moulage , et le rapprochement de parties qui en résulte , peuvent ajouter si considérablement aux qualités de la brique que, depuis quelques années, on a inventé plusieurs appareils à l’aide desquels on peut sou-mettre la terre pétrie à une forte pression.

L’on obtient ainsi des briques beaucoup plus dures, plus denses et plus inaltérables que lorsqu’on les moule à la manière ordinaire ; mais il en résulte une augmentation de main-d’eeuvre qui ne permet pas de les livrer au même prix ; et c’est pour cela que les appareils de cette espèce ne sont pas encore fort répandus , et que leur utilité paraît contestée. En effet , ils n’ont pu guère être

DES BElQtJESBT DES CARREAUX. 83

employés, jusqu’à ce moment, que pour la fabrication de quelques espèces de briques d’un prix élevé, et sur lesquelles cette augmentation de main-d’œuvre est proportionnellement beaucoup moins sensible. Voici , du reste , l’exposé de quelques travaux relatifs à cette innovation avantageuse sur laquelle il importe de fixer l’attention des gens éclairés , et qui atteindrait un but si utile si l’on parvenait à confectionner les briques à de moindres frais , en même teins que l’on ajouterait à leurs qualités.

En i8o3 M. Boudier, dégoûté de voir la dégradation rapide de la sole de ses fours de boulangerie , par suite de la mauvaise qualité des matériaux qui servaient à leur construction , se détermina à fabriquer lui-même des carreaux qu’il soumit à une forte pression, s’imaginant qu’il ne pourrait obtenir de cette pratique que de bons efïèts. En conséquence, après avoir préparé la terre comme à l’ordinaire , il l’introduisit dans un moule, et la comprima avecune lourde batte de bois. Il fit ensuite sécher les divers carreaux qu’il avait formés, pendant quinze jours ; et , au bout de ce teins , il les battit encore fortement , après les

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âvok* l’emis dans le moule ; il les fit eu'-^ suite sécher de nouveau pendant plusieurs mois , et ils acquirent par la cuisson qui suivit , une dureté et une inal—

, térabilité que l’on a peine à imaginer.

Quelques années après, M. j^attenberg inventa une ■ machine qui devait servir à la fabrication des Briques et tuiles de toute espèce, et qui parut propre à la société d’encouragement à diminuer les frais de main-d’œuvr-e , et à ajouter à la perfection du travail. Elle se compose principalement, dit le Die— , tionnaire des Découvertes , de deux caisses en fer fondu, dans lesquelles on met la terre glaise préparée pour lea briques , et de deux pistons que Eon fait jouer à bras alternativement, au moyen d’un cric ou d’une vis , et qui obligent la terre, fortement comprimée, à sortir des caisses par des ouvertures dont la forme est en rapport avec les objets que l’on confectionne. Ces objets peuvent être, à volonté, des briques, des tuiles , des corniches, des colonnes ou des tuyaux. On les reçoit sur un transpor—

■ teur, où ils sont -coupés de longueur convenable, après quoi on les met sé- ’^cher, La terre qui sert à les fabriquer .

DES briques et DES CARREAUX. 85

est prépaiée à raide d’une machine d’une construction pareille à celle que nous avons fait connaître.

M. Mollerat ajouta à la fabrication des briques par compression, un perfectionnement important , en appliquant à cette fabrication les effets de la presse hydraulique. L’argile dont il se sert esta peu près sèche et réduite en poudre, lorsqu’il l’introduit dans les moules ; mais la pression qu’il lui fait subir est si forte, qu’au sortir des moules elle a la consistance d’une pierre tendre que l’on pourrait employer sans cuisson.

Les pièces qu’il forme peuvent être de la dimension la plus grande , et porter un pied de long sur dix pouces de large, et autant de haut. Elles sont toutes d'une exécutioù parfaite, à angles vifs, très-lisses,, très-compactes, et acquièrent par la cuisson la dureté du caillou.

Ou. a. imaginé encore plusieurs machines pour le moulage des briques , des tuiles et des carreaux ; mais comme leurs avantages, sous le rapport de l’économie, n’ont pas été, jusqu’à ce jour, bien frappans, nous ne décrirons que la machine inventée en Angleterre par M. Cundy {fig. 4).

86 PRÉPAllATlOW

Cette- machine se compose dé deax châssis carrés en fer, exactement semblables, dont Tuiv monte pendant que Tautre descend, et qui se meuvent dans des bâtis en bois solidement assemblés, be châssis A est dirigé par une tige verti- Salc C, fixée à la réunion des quatre branches DD, et passant par des guides aa ^ il est surmonté d’un poids E qui ajoute à la pression qu’il doit exercer sur la matière qui lui est soumise y et il est armé au-dessous de découpoirs en fer, en forme d’em porte-pièces ,.

ayant exactement les dimensions et la hauteur d’une brique. Les espaces, compris entre ces découpoirs, sont occupés par des repoussoirs en fonte G , qui rentrent lorsque le châssis s’abaisse , mais , qui , s’appuyant sur l’argile pendant le découpage, la compriment et lui donnent la densité nécessaire. Tous ces repoussoirs sont ajustés sur une forte plaque de fonte qui ajoute à leur poids ,

, et qui les arrête au niveau des découpoirs. Ainsi , lorsque le châssis s’abaisse , et que les découpoirs font leur fonction , les repoussoirs é’^vent par l’effet de ^ Timpeiiéttebilité de l’argue qu’ils compriment mais ils s’abaissent à leur tou>.

; ■ by Li(

Di.

autant qu’ils s’étaient élevés , lorsque le châssis se relève, et leur poids fait sortir les briques toutes formées de leurs loges. Observons que les découpoirs sont fixés, par leurs bords extérieurs, à l’aide des tenons ee, qui les lient solidement au châssis A.

La couche d’argile que l’on se propose de façonner, est placée sur un chariot H qui est mobile sur des roulettes d dy et que l’on tire à l’aide d’une barre à crochet qui s’attache en o. Le châssis , en descendant par son propre poids , découpe les briques ; et lorsqu’il a été remonté à l’aide d’un treuil dont l’axe porte une manivelle R , on fait avancer un nouveau chariot , et l’on recommence l’opération. On conçoit que le nombre de briques que l’on découpe chaque fois, peut varier suivant les dimensions du châssis, et que l’on peut employer le même appareil pour les tuiles et les carreaux , en modifiant la figure des découpoirs.

La matière que l’on soumet à cette machine est préparée dans un tonneau semblable h celui que nous avons décrit. Un ouvriér en forme des plaques qu’il laisse se ressuyer à l’air pendant

88 PRÉPARATIOIf

un jour , et cju’il présente au cliâsRÎs-, après les avoir placées sur le chariot , et saupoudrées d*un peu de sable. Ces plaques se font sur une feuille de tôle qu’on place sur le chariot, et qu’on retire avec les, briques toutes faites.

En donnant la description de la ma— ■ chine de M. Cundy, nous avons eu pour objet de donner au lecteur un exemple de ces machines , plutôt que de lui présenter celle-ci comme un modèle qui méritât d’être imité. En effet , elle nous paraît présenter très-peu d’avantage , en ce que les briques n’y sont pas soumises à une pression beaucoup plus considérable qu’à l’ordinaire , et surtout en ce que la nécessité de mouler des plaques n’apporte aucune diminution sensible des frais de main - d’œuvre. Du reste, nous regardons la construction d’une bonne machine pour la fabrication des briques,. comme un objet d’une • grande utilité, et nous pensons que l’on pourrait tirer un meilleur service de la précédente, si, aux plac|ues façonnée»

par un ouvrier , ou substituait des plaques façonnées par une machine, ce c|ui, sans doute , ne serait pas impossible.

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D£5 briques et DES CARREAUX. 89

Dans tous les cas , lorsque les briques ou tuiles sont façonnées , on les fait sécher, et cela a lieu constamment pour les briques, eu commençant à les faire se ressuyer sur une aire bien aplanie , .soit en plein air, soit sous dtis hangars , et en les rangeant ensuite en haies ou murailles, de manière à laisser entre elles assez de vide pour que leur dessic- * cation s’opère aisément. Quant aux tuiles et aux carreaux , l’us^ige ordinaire est également de les faire sécher sur une aire; mais quelquefois on les faitséclier sur des étagères de bois, et cette mé— .thode offre bien quelques avantages, en ce que les divers objets ne ramassent pas de gravier, et qu’ils sont moins exposés à se tourmenter et se déformer.

Après les détails dans lesquels nous sommes entrés sur les différentes méthodes relatives à la préparation de la terre, à sa mise en forme et à sa dessiccation, il ne nous reste à parler que de sa cuisson , et c’est de quoi nous allons nous occuper.

La forme que l’on donne aux fours à briques , où le bois est employé comme combustible , est si variable dans les differentes localités, que nous nous al—

go PRÉPARATION

tacherons ici à présenter des considérations générales plutôt qu’à donner des descriptions particulières. Nous dirons donc, relativement à la capacité des fours, au’elle peut varier de Beaucoup , sans qu’il en résulte de grands inconvéniens ; mais , dans tous les cas , il est nécessaire que la forme et les dimensions du foyer soient proportionnées à celles du four , pour que la chaleur puisse se répartir également dans toute la masse. Quelques fours sont surmontés d’une voûte percée de trous , et l’on ne peut qu’approuver cette construction qui évite une déperdition de calorique considérable, abrite les objets en cuisson contre la pluie , et permet de diriger à volonté l’action du feu vers divers côtés en bouchant les ouvertures de la voûte qui sont opposées. Il y en a qui sont construits avec des cendriers, et d’autres , en plus grand nombre , qui n’en ont pas ; mais dans tous , les foyers sont formés en voûte et percés, dans leur partie supérieure , de beaucoup de trous.

Bans les fours carrés , ces foyers , larges de 2 à 3 pieds, sont ordinairement au nombre de deux ou de trois ; ils présentent leur ouverture sur une des faces

du four , se prolongent jusqu’à la face op^Josée, et, dans cette longueur, leur voûte est percée de trous rapprochés qui livrent passage à la flamme. Les fours à deux myers contiennent communément de trente à soixante milliers de briques ; ceux qui en ont trois , en contiennent jusqu’à cent milliers; et ceux qui n’en ont qu’un, en contiennent rarement plus de vingt. Dans les localités où la consommation est peu importante , les fours n’ont ordinairement qu’un foyer, et encore il n’est pas rare de voir accumuler dans le même four, des briques, des'carreaux, des tuiles, des vases grossiers et quelquefois de la chaux. La brique que l’on fabrique dans ces circonstances , est souvent de qualité excellente, parce qu’elle est faite avec la même terre grasse et ductile que les carreaux , qu’elle est cuite au même degré , et qu elle est également sonore , dense et résistante.

Dans les fours où l’on ne cuit que de la brique, la qualité du produit obtenu reste subordonnée à l’observation des préceptes que nous avons exposés déjà plusieurs fois, au choix et à la piéparation delà terre , et à son degré de cuis-

8Qn. Bans ces fours , il est assez ordi* iiaire de voir employer une terre trop Anpure et trop siliceuse, parce qu’il en ^résulte une. économie de combustible .considérable^ Lorsque Ton cuit au point •convenable , et • que les briques sont de bonne terre, il faut; compter, pour une fournée de soixante mille , sur la con> sommation d’au moins deux mille bour— rées du poids de douze à quinze livres , environ. Le prix des bourrées variant suivant les localités, on ne peut pas établir le prix de revient de la brique d’une manière absolue. Il y’ a des pays où la quantité de bols dont nous venons de faire mention vaudrait six cents francs, pendant que dans, d’autres elle vaudrait à peine cinquante écus; il y en a également où la main-d’œuvre de soixante mille briques serait payée cinq cent quarante francs , pendant que dans d’autres elle ne serait payée que trois cents.

Quatre cent cinquante francs et onze cent quarante sont donc les extrêmes du prix de revient de soixante mille briques, à quoi il faut ajouter l’intérêt des fonds nécessaires. Ces fonds étant . de cinq à dix mille francs, l’intérêt pour chacune des six fournées c|uç l’on peut

DES BRIQCES ET DES CARREAUX. g3'

faire par an , est de cent à deux cents francs environ. D’où l’on voit de quoi se compose le bénéfice du fabricant qui vend ses briques sur place, suivant le pays, de douze à vingt-cinq francs le millier. Ce bénéfice est de vingt-cinq pour cent à peu près. S’il est moindre dans quelques cantons, c’est dans ceux où la consommation est très-grande , et où la fabrication pouvant s’étendre eu ‘ proportion , l’espoir du gain fait baisser les prix par la concurrence. Dans les localités où l’on brûlé du charbon de terre ou de la tourbe, le prix du combustible étant variable, comme dans celles oùl’on brûle du bois , ie prix des bri([ues subit des variations à peu près semblables.

Une des choses les plus essentielles à observer dans la cuisson , c’est la conduite du feu qu’il ne faut pousser ni trop lentement ni trop vite, parce que, dans le premier cas, on consommerait inutilement trop de combustible, et que, dans le second, les briques trop tôt durcies à la surface , se gerceraient lorsque l’humidité renfermée au centre ferait effort pour se dégager. Ainsi, le feu, augmenté insensiblement, ne devra atteindre son plus haut degré qu’au bout

Di.jiti7 -; L)y Cooglc

94 PBÉPARATION

de deux , de trois ou de quatre jours , suivant la grandeur du four et la qualité de l’argile. Porté à ce point, on devra l’y entretenir pendant un tenas double, et ce n’est qu’alors que l’on pourra regarder la cuisson comme terminée, et abandonner le fourneau à lui> même pour donner aux pièces le tems de se refroidb'. J^a disposiiiou et la gran^ deur des fours influent encore singulièrement sur la durée de ce refroidissement. Dans quelques fours de petite dimension, il sufbt de deux à trois jours, tandis qu’il en faut au moins huit, et quelquefois quinze où vingt pour les fours où l’on cuit de soixante mille à cent mille briques.

Nous ne terminerions pas si nous voulions signaler toute la diversité des manœuvre qui appartient aux différentes sortes de fours en usage , nous dirons seulement qu’il faut toujours proportionner la quantité du combustible et la durée et Factivité du feu, au nombre des briques, en tenant compte des raodifications rendues nécessaires par la qualité de la terre , la forme du four et la disposition du foyer. Du reste, quoi qu’il en soit de ces fpurs , les briques

DES BRIQUES ET DES CARREAUX. g5

doivent toujours y être disposées de manière à laisser un libre passage à la flamme, et c’est à quoi l’on parvient en plaçant les briques de champ , c’est-àdire sur le côté de la tranche, les espaçant d’un pouce, et leur superposant d’autres briques semblablement disposées, mais dans une autre direction.

On facilite l’arrangement des briques dans le four, en enfonçant la maçonnerie plus ou moins profondément dans le sol , et en ménageant sur un des côtés une large ouverture que l’on ferme quand le chargement est terminé, et que l’on ouvre de nouveau quand il faut décharger le four. Dans les fours cubiques qui ne sont pas recouverts d’une voûte , on dispose au-dessus de la brique une, trois ou quatre rangées de briques cuites, et l’on recouvre le tout d’un peu de terre qui, après avoir été ainsi desséchée , remplace le sable nécessaire pour le moulage dans les localités où cette substance se rencontre difiicilement. L’accumulation de la terre sur un côté plutôt que sur l’autre , permet de donner au feu la direction qu’on désire ; et l’on connaît que la cuisson est ter-

^ PBÉPAR4T10N

minée lorsque les briques' du haut sont devenues rouges.

. Dans les localités éloignées des fours à briques , les propriétaires peuvent fabriquer et cuire aisément toute la bri-

3 ue dont ils ont besoin , sans faire la épense d’un four en maçonnerie. A cet efifet, après avoir fait gâcher de la glaise ^ à laquelle ils' entremêlent un peu de foin , ils entourent avec cette espèce demortier, à une plus ou moins grande hauteur , un espace rond ou carré , enfoncé en terre de deux ou trois pieds ; et ils ménagent dans les parois de leurconstruction, une ou deux ouvertures dans le bas , pour servir de bouches aux foyei-s , et une dans le haut pour faciliter le chargement. Cette maçonnerie achevée et sèche , ils y disposent les briques , en commençant par le bas , où ils construisent des foyers avec des bri-

3 UÇS crues. Au-dessus ils placent le reste es briques, 'et si l’ouvrage est bien disposé et l’opération bien conduite , ils obtiennent un bon résultat. Le même fourneau peut servir ainsi plusieurs fois , et le prix de revient desbriques n’est pas sensiblement plus

DES BlUQDES ET DES C&RP.EÀDX. 97

élevé qu’il ne l’est dans les petites briqueteries.

Lorsque l’on fait usage de la tourbe .pour combustible , les fours doivent être voûtés , ou du moins être plus bas dans tous les cas que les fours à bois ; il faut aussi que les foyers soient munis de .cendriers , pour faciliter l’arrivée de l’air et la combustion. Du reste l’opération se conduit de la même manière avec la tourbe qu’avec le bois. On pourrait cependant employer aussi la tourbe de la même manière que le charbon de terre dont l’emploi ne nécessite la construction d’aucun four, et que l’on mêle par partie , entre les briques , de la manière que nous allons indiquer.

Après avoir disposé une aire bien battue , de vingt , trente ou quarante pieds de côté , on y construit , avec des bnques cuites , plusieurs petites murailles

Ï iarallèles de la hauteur d’un pied , que ’on forme en plaçant deux briques de plat et deux de champ , les unes sur les autres. A cette hauteur on commence, à donner de la saillie aux briques des deux côtés de ces murailles, qui sont éloignées d’un pied à quatorze pouces , de telle façon que se rencontrant les unes les au-

Alt de Fab. la Cliaux. 6

98 PRÉPÀRÀTXOK

très , elles forment bientôt dçs coûtes de la hauteur de dix-huit pouces. ÂVRnt que ces voûtes snientfermôes, on y entasse du menu bois et quelque peu de charbon, afin de pouvoir plus tard allumer le feu»

et Ton continue ensuite le chargement.

Au-dessus de ces voûtes qui forment une aire que l’on aplanit avec des briques , on commence le chargement avec la brique crue , et à chaque couche que l’on fait, on jette dessus du charbon divisé. L’ouvrage se continue alors toujours de même en forme de pyramide tronquée ; mais l’on n’attend pas que toutes les briques soient placées pour faire le feu. On commence ordinairement à l’allumer lorsque la fournée a trois ou quatre pieds de hauteur , et le travail n’est pas interrompu pour cela ; au contraire , on le surveille avec plus de soin , a6n de ne pas laisser la combustion s’étendre trop vite. Dans le haut , on économise un peu de charbon , parce que de tems à autre, oti laisse passer une couche de briques sans en ajouter ; mais en même tems , on observe de diminuer un peu l’épaisseur des. couches sur les ' côtés , en inclinant les briques , parce que le retrait étant plus grand dans le

DES BR1QÜE8 E3? DES CXRREADX. 99

milieu, où la chaleur est plus grande, il s’y formerait un affaissement qui entraînerait la démolition du fourneau et la perte de la fournée presque entière.

La hauteur totale des couches de briques t[ue l’on supeiposede cette manière, est de six à dix-huit pieds. Le pourtour des couches est revêtu a’une certaine quantité de terre glaise pour s’opposer à l’accès de l’air ; mais comme il est à propos de ménager quelques ouvertures dans le bas , ce n’est que dans le haut que l’on s’applique à boucher toutes les fissures.

- La quantité de briques que l’on peut cuire cie cette manière, en une seule fournée, esttrès-considérable ; elle estde six cent mille quand la pyramide a quarante pieds de côtés à sa base et dix-huit

E ieds de hauteur. Pour cuire ce nombre de riques, on ne consomme ordinairement

3 ue six cents à douze cents hectolitres e chai bon de terre ; aussi dans les pays où le charbon ne coûte que trente-six à quarante sous l’hectolitre , le mille de briques ne se vend guère que de dix à quinze francs.

Les détails dans lesquels nous sommes entré sur la fabrication de la brique, sont suffisans pour donner une idée

*oo phéparatiou,

uette des soins à prendre pour , l'obtenir constamment de bonne qualité. Cette -fabrication , d'une grande importance dans tous les- pays , l'est en particulier dans ceux où l’ôa ne rencontre pas de

F ierre à bâtir, et où, Sans-la brique, on se verrait réduit à construire en^ bois. La brique, d'un excellent usage dans les constructions de toute espèce, ne saurait être remplacée par. rien dans celles qui doivent etre exposées au feu , telles que les tuyaux de cheminée , les fours et fourneaux , etc. Elle est encore préférable à tous les autres matériaux pour la construction des voûtes légères; et même quand ces voûtes ont beaucoup d'étendue et peu. de montée , on peut fabriquer exprès’ des briques creuses , moulées en forme de coins ou claveaux , avec lesquelles on obtient des ouvrages encore plus solides et plus légers. Enfin., quand la confection des briques. est parfaite, qu'elles, sont denses, sonores , tenaces , bien cuites, et préparées avec une terre comprimée , on peut les regarder comme inaltérables et préféra-, oies à presque toutes les espèces de pierres.

, Les anciens fabriquaient, une brique

DES BRIQUES ET DES GÀRREÀUX*. lo^

particulière qui avait là propriété de ilotter sjr l’eau , et qui était si peu conductrice du calorique , qu’on la tenait, sans se briller, par un bout, lorsque-Fautre était rouge de feu. Cette brique réunissait comme on-voit, des avantages bien précieux, pour la construction des fourneaux et des maçonneries à bord des vaisseaux ; et il est à regretter que sa fabrication ait été totalement interrompue depuis plusieurs siècles. Cependant le célèbre Fabroni, en Italie, et Faujas, en France , ont fabriqué des briques semblables , et constaté tout ce qu’avaient dit les anciens. La'inatièi’e qu’ils . ont employée, est une substance pulvélurente, connue pav les naturalistes sous le nom de farine fossile , ou agaric minéral , et qu’ils ont mêlée avec une certaine quamtité d’argile. La proportion ordinaire- des élémens de cette substance, loisqu’on la rencontre -dans la nature-, est une partie de silice , un quart de magnésie , un cinquième- d’alumine , et quelques traces de chaux et de fer.

L’on ne saurait dire que l’art du briquetier , considéré dans ses résultats gé-

r02 PRÉPARATIOIf

néiaux, ait fait de grands progrès depuis trèsrlong'teius ; mais si la pratique est restée stationnaire ou a été en rétrogradant à quelques égards ^ depuis les romains , il n’en est pas de même de la théorie qui a enseigné les dispositions les plus a^vantageuses à donner aux four> neaux ^ et les moyens de reconnaître les qualités de Targile ou d’en corriger les mauvais effets. 11 a été aussi constaté qu’une terre appropriée étant bien pétrie,- la pression ou la percussion étaient suffisantes pour donner aux briques tou* tes les qualités les plus excellentes ; et si l’on en fabrique de qualité très-médiocre , alors même que l’argile est bonne , c’est que l’on cherche à diminuer les frais de-main-d’ceuVre^ et que l’on ne pourrait faire mieüXsans yéndre.

trop cher. Aujourd’hui dnnc le point le plus important de cette fabrication , et celui qui fixe par ticulièrémeut l’attention, c’est l’invention de machines pro* près à préparer la terre, et à la mouler en la comprimant ; et il est petunis d’espérer qu’on atteindra prochainement eé but désiré. Alors la fanrication des briques et des carreaux et de tous les objeU

DES BRIQUES ET DES CARREAUX. lo3

de poterie faits au moule, aura atteint le clegré de perfection le plus élevé , e^ l’on jouira des avantages les plus estimables, l’excellente qualité des produits et leur bon marché.

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