‹ Art poétique françoysChapitre 135 sur 173 · DU LAY ET VIRELAY · texte numérisé non relu

DU LAY ET VIRELAY

le Lay en la variation de la croisure dés vers, nombre d'iceus, et dés coupletz : et reçoit de mesme grâce deus lisières, et non plus en chaque couplet. Toute la différence que j'y treuve, est une, qui est que le Vire- 5 lay n'ha point de branches plus courtes unes qu'autres : et encor qu'il se face de petis vers comme le Lay, ils sont toutesfoys tous de mesme longueur i , et de mesme nombre de syllabes ; comme tu peus voir en cest exemple pris de Maistre Alain (2).

o Qui pourvoit descrire

N'a conter suffire Tout ce qui dessire Et a meschef tire

4. trouvé C 12. L'Ed. %A donne : dessiré, faute corrigée dans l'Erratum.

(f) Cette définition du virelai, qui le rapproche singulièrement du Jai, répond bien à la théorie et aux exemples donnés par L'Infortuné (f° xni, r°), Fabri (II, p. 56 sqq.) et G. Du Pont (t° xxviii, v"). Mais cette ^forme n'a rien de commun avec celles qu'ont décrites sous le même nom Eustache Deschamps (VII, p. 28) et les ^Arts de 2' Rhétorique (passimj, et qu'ont étudiées en détail M. Jeanroy (Origines de la poésie lyrique, p. 426 et sqq.), M. Langlois (Arts de 2° Rbètor., p. 6, n. 1) et M. Châtelain (Le Vers français au XV' siècle, p. 1 91- 1 98) ; cette forme ancienne comprenait des vers de différents mètres, admettait plus, de deux rimes, était caractérisée par la présence d'un refrain et se rapprochait non du lai, mais du rondeau ou de la bergerette. C'est, semble-t-il, à L'Infortuné que remonte la responsabilité de cette confusion singulière entre deux formes poétiques si différentes.

(2) Cet exemple, déjà cité par Fabri (II, p. 58), est également tiré du Livre de l'Espérance (Œuvres, p. 269). Var. : v. 2, souffire ; 5, descire ; 15, Des meilleurs despire; 19, En perplexité; 20, Dont. Dans les Œuvres d'Alain Chartier, il n'est pas intitulé virelai, pas plus qu'aucune des pièces analogues. Il ne correspond du reste ni au virelai ancien des théoriciens modernes, ni a leur virelai nouveau (cf. de Banville, 216-221 ; de Gramont, 500-306, qui utilisent tous deux le Traité de Poésie française du Père Mourgues, Paris, 1754, in-12) ; le virelai nouveau, par contre, se rapproche assez du virelai des Arts de Rhétorique.

Notre humanité?

Courrons nous martyre,

Faveur, haine, ou ire

Nuisent a élire, 5 Penser, faire ou dire

Ce qu'est vérité :

Infelicité

Et adversité

Sans autorité !0 Font la probité

Dés gens de bien, pire :

Et nécessité

En mendicité

Met fragilité , ^ En prolixité

D'où le sens empire.

Mais enten sainement ce que je t'ay dit, que tous lés vers au Virelay sont de mesme mesure : Car encor que tu trouves en cest exemple lés uns vers de

20 cinq, lés autres de sis syllabes : ne lés pense pas pourtant plus cours ou plus longs : mais te souvienne de ce que je t'ay enseigné au premier livre (a) (i), que la syllabe féminine tombant en fin de métré, n'est pour rien contée. Au demourant use du Lay et du Virelay

25 quant l'envie t'en prendra, et ainsy que tu verras expédient. Si me semble-il qu'en Tragédies ou traités de choses autrement tristes (2) ilz seront trop mieus

(a) Chiip. j et 6.

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