‹ Art poétique françoysChapitre 79 sur 173 · DE L EPIGRAMME II · texte numérisé non relu

DE L EPIGRAMME II

Doujain. — De là vient que tu trouveras dés douzains en Marot de formes diverses : car celuy qui est au commencement de ses œuvres (i), et commence, Oster je vœil, approche-toi mon livre, etc.

5 est fait par quattrains liés par leurs derniers et premiers vers fraternisans en ryme platte : et celuy qui est imprimé sur la fin du second livre de ses épigrammes, et commence.

Ami Cravan, on t'a fait le rapport, etc.

10 est fait comme le dizain (2) : car lés 4. premiers et lés 4. derniers vers sont croisés, et lés 4. du mylieu sont joins entre soy et avec leurs précedens et suivans en symbole de ryme platte. Ainsi lés pourras tu diversifier tous a ta phantasie.

15 Qwe/f vers sont plus receus en l'epigramme. — Quant a l'espèce dés vers propres pour l'epigramme, le huittain et le dizain plus parfais et usités entre lés autres, se trouvent plus dous et meilleurs de vers de huit et de dis syllabes : de huit aus matières plus légères

20 et plaisantes : de dis auz plus graves et sententieuses.

(1) Marot, Œuvres, I, I : L'Autheur à son livre. Le douz.iin a la forme ababbcbccdcd.

(2) Ibid., III, 63. Epigr. CLV : A Cravan, sien amy, malade. La disposition est la suivante : ababbcc ddada, on trouve plusieurs autres douzains dans les Epigrammes , de forme assez variée; mais la disposition la plus fréquente est ababbc bccdcd; la base est toujours le quatrain initial et final, avec quatre vers intermédiaires qui rappellent une des rimes du premier quatrain et le plus souvent annoncent une des rimes du dernier. Ces formes diffèrent assez du douzain du moyen âge, longtemps construit sur deux rimes seulement, et du reste très varié (cf. *Arts de 2e ÇRJ}., p. 441, et Châtelain, op. cit., passitn, notamment p. 127-128). Le schéma de Boissière (f° 9, v°) est ici un peu différent [auauuoouccoc = a b a b b c c b d d c d).

S'il s'en trouve de plus petis vers, ilz ne sont pas a rejetter pour cela, car je t'ay ja avisé que l'espèce du carme ne diminue ny augmente gueres la grâce du poème du quel l'invention et élocution sont autre- 5 ment ingénieuses. Tu trouveras aussy dés épigrammes fais en vers Alexandrins, mais en ryme platte, et sans observation du nombre dés vers suivant la liberté d'icelle.

Sus tout, sois en l'épigramme le plus fluide que tu

10 pourras, et estudie à ce que lés deuz vers derniers soient agus en conclusion : car en ces deuz consiste la louenge de l'épigramme. Et est l'esperit de l'épigramme tel. que par luy le Poète rencontre le plus ou le moins de faveur : tesmoins Marot et Saingelais, sin-

15 guliérement recommandés auz compaignies dés savans pour le sel de leurs épigrammes (1).

1. S'ilz ABDE. S'il CFG; nous adoptons cette dernière leçon, celle de l'Ed. A constituant une faute évidente.

(1) Sur les critiques de Du Bellay, la réplique du Quintil et le jugement conciliateur de Peletier, cf. l'Ed. Chamard, p. 206, n. 2. La fin de ce chapitre et le passage similaire où Peletier recommande qu'il soit « sutil, agu, e bien concluant » montrent bien comment l'importance donnée au trait final a peu à peu déterminé le caractère exclusivement satirique de l'épigramme. On s'en rendra mieux compte encore en lisant le Discours de l'Epigramme de Colletet où la conclusion de Sebillet est citée avec éloges Cf. encore le passage de Vauquelin (chant III, vers 289, Ed. Pellissier, p. lxxxl, lxxii et 142), visiblement imité de Sebillet et Peletier.

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