‹ Arthur (volume 4)Chapitre 18 sur 58 · Î-A LETTRE · texte numérisé non relu

Î-A LETTRE

" Lorsque je vous rencontrai pour la première fois, ce fut à un déjeuner chez M, de Cernay : l'agrément de votre conversation me frappa; puis, à quelques traits de votre esprit, je vis qu'avec tous les dehors de la bienveillance et de la cordialité, vous deviez pourtant rester à tout jamais séparé des autres hommes par une barrière infranchissable.

» Dès lors, je m'intéressai vivement à vous.

» Je savais par expérience que les caractères excentriques tels que le vôtre, souffrent cruellement de risolemenl qu'ils s'imposent; car ces natures fières , délicates et ombrageuses ne

peuvent se fondre dans la masse du monde

se sentant toujours meurtries ou blessantes, leur instinct les porte à se créer une triste solitude au milieu des hommes.

» Je partis pour l'Angleterre sous l'empire de ces idées.

;? A Londres je rencontrai plusieurs personnes qui me parlèrent de vous d'une façon qui me confirma dans mon opinion à votre égard.

)' Je vous retrouvai quelques mois après chez madame de l*ënafiel, dont vous étiez trèsoccuj)é.

» Comme je partageais alors les piévenlions III. »

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lu monde coiilre elle, et (jiie vous ne nravicz pas encore appris tout ce qu'elle valait, je m'étonnai de vous voir, vous, chercher le bonheur dans une liaison avec une femme d'une légèreté si reconnue, l'exquise suscej)tihililé que je vous supposais devant être à chaque instant cruellement froissée dans vos relations avec madame de Pënàliel.

:- Les hommes comme vous, mon ami, sont doués d'un tact, d'une finesse, d'une sûreté extraordinaires qui les empêchent généralement de se méprendre sur les affections qu'ils choisissent : est-ce vrai? Hélène, Marguerite, n'étaient-ellcs pas en tout dignes de votre amour? Aussi, croyez-moi, confiez-vous toujours en aveugle à vos premières impressions.

» Je vous dis cela, parce que je sens combien je vous aime, et qu'il doit être dans votre instinct de m' aimer aussi.

î» Pardon de celte parenlhèse; revenons à la marquise.

V Tant que je vous vis heureux, vous ne m'intéressiez que par le mal que j'entendais dire de vous.

» Mais bientôt le déchaînement du monde contre votre bonheur devint si général et si acharné, les calomnies devinrent si furieuses,

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que je commençai ù croire que madame de Penàfiel méritait votre amour, comme vous méritiez le sien. Plus tard, vous m'avez tout dit, et je reconnus ma première erreur; puis vint cette cruelle rupture.

» Vous avez bien douloureusement expié vos doutes!! qu'ils vous soient pardonnes.

;i Lorsque vous m'avez demandé de vous aider à rendre service au mari de votre cousine Hélène, la délicatesse de vos procédés à son égard fut si touchante, que vous grandîtes de beaucoup dans ma pensée ; je ressentis pour vous une estime, une admiration profonde... Oui, mon ami... j'admirai plus encore votre désintéressement que votre manière d'agir... parce que je pénétrais que, par une fatale disposition de votre caractère, vous trouviez moyen de flétrir à vos propres yeux le mérite de cette action, et que vous ne seriez pas même récompensé par votre conscience.

» Depuis longtemps je méditais, par désœuvrement , d'aller en Grèce ; je vous vis si malheureux, que je crus le moment favorable pour vous proposer d'entreprendre ce voyage avec moi. Je l'entourai de mystère pour piquer votre curiosité, et lorsque je vous vis décidé à m'accompagner, je fus bien heureux.

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») Pourquoi si heureux, mon ami? parco que, sans vous ressembler eu loul, le liasnrd ou les liaules exigences de mon cœur m'avaiciil l'ail jusqu'alors méconnaître les douceurs de ramiliê , et que je me sentais attiré vers vous par de grandes conlormités de caractère et d'esprit; |)arce (jue je croyais que ce voyage vous serait une utile distraction ; parce qu'enfm je trouvais une précieuse occasion de nouer avec vous des rapports solides ci durables.

'.' Je vis que j'aurais auprès de vous de grandes déliances à vaincre, des doutes bien enracinés à combattre... mais je ne me rebutai pas, je me liai à la persévérance de mon attachement et à la sagacité de votre cœur ; il vous avait choisi l'amour d'Hélène, de Marguerite; il devait me choisir moi.... pour votre ami.

» Pourtant m' apercevant de la lenteur de mes progrès dans votre affection, je craignis quelquefois que vous ne vous fussiez mépris aux dehors de froideur et d'insouciance que j'affectais habituellement. Pourtant peu à peu la confiance vous vint, et quelques jours après notre départ de France, nous étions frères...

« Le développement rapide de notre amitié

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ne me surprit pas ; il y avait entre nous , je crois, une telle aflinité , nos deux âmes étaient pour ainsi dire si vivement aimantées par la sympathie, qu'au premier contact elles devaient se lier à tout jamais,

» Une l'ois certain de votre affection, j'examinai mon trésor à loisir.

» Je fis comme ces antiquaires qui , maitres enfin de la rareté qu'ils convoitaient, se délectent dans l'examen, dans l'admiration de ses beautés. Ce fut ainsi que j'appréciai votre savoir, votre sens profond... Ce fut alors que je cherchai à éveiller les fjrands instincts que je croyais exister en vous...

). Je ne m'étais pas trompé depuis ces

découvertes , vous ne fûtes plus à mes yeux un pauvre enfant nerveux et irritable que l'on aime parce qu'il est faible et parce qu'il souffre, mais un jeune homme fier et hardi, à la forte pensée, à la vaste intelligence, à l'esprit flexible, qui avait tous les défauts de ses qualités éminentes.

)) Le niystic sarde nous altarpia : j'eus un horrible pressentiment... je voulais éviter le combat. Cela fut impossible, et je remercie maintenant le destin.., car vous êtes prescpie guéri, et je vous dois la vie.

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5 Oui, Arthur, je vous dois la vie du corps, car j'existe; je vous dois la vie de l'àme, car vous êtes mon ami,

1) Savez-vous que si je ne connaissais pas la puissance de ma gratitude... je serais effrayé?

" Depuis longtemps je cherchais le moyen de faire aussi, moi, quelque chose pour votre bonheur, à vous qui avez tant fait pour le mien.

» Ma tâche était difficile... vous aviez tout : jeunesse, intelligence, nom, fortune, généreux et noble caractère... Mais je m'aperçus qu'une fatale tendance annihilait de si rares avantages !

" Là était la source de vos malheurs. C'est à cette source que je voulus remonter pour la détourner. Que je le délivre à jamais de ses doutes affreux, me disais-je... ne me devra-t-il pas les avantages dont ce doute l'empêche de jouir?

!' Vous m'avez souvent dit que vos accès de défiance et de misanthropie chagrine sont les seuls véritables malheurs de votre vie... Mais savez-vous ce qui les cause, ces accès?... —

QHS vive:

Viîiaction momie clans laquelle n

» Votre imagination est vive , ardente ; n'ayant pas d'aliment, elle vous prend pour victime!...

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