‹ ArthurChapitre 30 sur 89 · I. JO · texte numérisé non relu

I. JO

HO AHTHIR.

— La fable !... (jnello lahlc? — dit Hélène, qui ne pouvait concevoir mes soupçons.

Mais, sans lui répondre, je continuai : — Puisque vous raisonnez si sagement, comment n'avez-vous pas réfléchi qu'en me permettant de vous témoigner une prélérence aussi assidue, vous vous compromettiez gravement ?

— Je n ai songé à rien, je n'ai réfléclii à rien, puisque je vous aimais; et pouvais-je d'ailleurs penser que ce que vous faisiez fût mal, puisque j'étais sûre de votre affection ?

— Ainsi, vous songiez dès lors à m'épouse r ?

Hélène ne parut pas m' avoir entendu, et reprit : — Que dites-vous, Arthur?

— Ainsi, — repris-je avec impatience, — vous vous croyiez alors assurée que je vous épouserais ?

— Mais, — me répondit Hélène de plus en plus étonnée, — je ne conçois pas les questions que vous me faites, Arthur... Réfléchissez donc à ce que vous me dites-lâ... Dieu du ciel ! après nos aveux ! notre amour... ai-je donc pu douter de vous... de... ? — Puis, s'interronqjant , elle s'écria : — Ah! ne vous calomniez pas ainsi !

Cette assurance en elle, ou plutôt cette confiance excessive dans ma loyauté, cjmqun telle-

nicnl mon stupide orgueil que j'eus riiorrible courage d'ajouter , il est vrai lentement et avec une angoisse si douloureuse , que mes lèvres devinrent sèches et amèrcs en prononçant ces mots :

a Et dans ces beaux projets d'union, qui ne seront probablement que des projets... vous 'n'aviez sans doute jamais songé à ma fortune ?

Quand ces terribles paroles furent dites... j'aurais donné ma vie pour les étouffer; car tant que je les avais seulement pensées, elles n'avaient pas retenti à mon esprit dans toute leur ignoble signification ; mais lorsque je m'entendis répondre ainsi tout haut à ces aveux si ingénus, si nobles et si touchants, qu'Hélène venait de me faire, elle qui, tout enfant, ne m'avait aimé que parce qu'elle me croyait malheureux... mais lorsque je pensai à la profonde et incurable blessure que je venais de faire à cette àme généreuse, d'une fierté si farouche et si outrée, je fus saisi d'un épouvantable et vain remords.

Hélas! j'eus tout loisir de savourer l'amcrtume de mes regrets désespérés, car Hélène fut longtemps à me comprendre... et longtemps à revenir de sa stupeur quand elle m'eut compris.

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Mais, lorsque je vis poindre sur ee l)eaii visage l'expression de douleur, d'indiamilion el de mépris écrasant, qui le rendit d'un caractère majestueux et presque menaçant, je ressentis au cœur un choc si violent que, joignant les mains, je tombai aux genoux d'Hélène en lui criant : — Pardon !

Mais elle, toujours assise, les joues empourprées, les yeux étincelants, se pencha vers moi, puis, tenant mes deux mains qu'elle secoua presque avec violence, et attachant sur moi un regard dont je n'oublierai jamais l'implacable dédain, elle répéta lentement :

■( J'aurais songé à votre fortune.... moi !!

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