‹ ArthurChapitre 51 sur 89 · UN AMI · texte numérisé non relu

UN AMI

tout \q désir que j'ai do vous être ulile [loiiivous avoir prévenu ; car en vérité... — Et le comte hésita un moment, puis il reprit d'un air presque solennel, où il paraissait se joindre une nuance d'intérêt affectueux: — Triiez, voulez-vous savoir toute ma pensée ?

— Sans doute, — dis-je fort surpris de cette brusque transition.

— Eh bien, vous savez qu'entre hommes il n'y a rien de plus sot que les compliments ; pourtant je ne puis vous cacher qu'il y a en vous quelque chose qui attire au premier abord; mais bientôt on reconnaît dans votre manière d'être je ne sais quoi de contraint, de froid, de réservé, qui frlace; vous êtes jeune, et vous n'avez ni l'entrain ni la confiance de notre âge. Il y a surtout en vous un contraste que je ne puis parvenir à m' expliquer. Quand vous prenez part à une conversation déjeunes gens, conversation folle, joyeuse, étourdie, souvent votre figure s'anime, vous dites alors des choses beaucoup plus folles, beaucoup plus gaies que les plus gais et les plus fous, et puis, la dernière parole prononcée, vos traits reprennent aussitôt une expression indéfinissable, ou plutôt définissable, de froideur et de fatigue ; vous avez l'air de vous ennuyer à la mort, de façon qu'on ne sait que

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penser criine gaieté qui seli'ouvesi voisine d'une tristesse si morne. Aussi je vous jure qu'il est diablement diflicile de se mettre en confiance avec vous, quelque envie qu'on en puisse avoir...

Il est bien évident que je ne crus pas un mot de ce que me dit le comte au sujet de ma puissance attractive; et, sans pouvoir encore démêler le but de cette flatterie, qui ne me parut que ridicule et grossière, je voulus me montrer à lui sous un tel jour qu'il m'épargnât désormais de telles confidences.

— Vous avez raison , — dis-je au comte, — je sais qu'il ne doit pas être facile de se mettre en confiance avec moi, car étant par nature extrêmement dissimulé, et comptant peu sur les autres parce qu'ils pourraient fort peu compter sur moi, il doit m' être aussi difficile qu'il m'est indifférent d'inspirer le moindre sentiment d'attraction.

Le comte me regarda d'abord d'un air trèssérieusement étonné, puis il me dit d'un air assez piqué :

— Cette dissimulation n'est du moins pas dangereuse, puisque vous l'avouez.

— Mais je n'ai jamais songé à être dangereux, — lui dis-je en souriant.

— Ab çà, — reprit-il, — et où donc croyez-

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