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I/ALIUM VERT

manquer; triste ou gaie, il lui faut être là, toujours la , avoir toujours la robe la plus élégante , la coiffure la plus fraîche, la figure la plus épanouie; toujours être accessible, gracieuse, avenante ; le premier sot venu a son droit rigoureusement établi à un accueil enchanteur... Car il y a lutte entre les femmes à la mode... lutte passive, mais acharnée, dont les fleurs, les rubans, les pierreries et les sourires sont les armes; lutte muette et pourtant terrible, remplie d'angoisses cruelles, de larmes dévorées, de désespoirs inconnus... lutte dont les blessures sont profondes et douloureuses, car F amour-propre sacrifié laisse des plaies incurables.

Mais qu'importe ! Si on veut un soir régner en souveraine sur cette élite de femmes choisies, ne faut-il pas se montrer plus gracieuse encore que celle-ci, plus coquette que celle-là, plus prévenante que toutes? Puis enfin, pour fixer la foule autour de soi, ne faut-il pas laisser voir quelques préférences, afin que chacun s'empresse... dans l'espérance de paraître à son tour préféré ?...

Mais il faut entendre le préféré , le dernier préféré, celui du jour, du soir, de la dernière valse, du dernier cotillon, \q prix de cette lutte charmante et divine, dans laquelle les fleurs

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Tout eiiij)oiit'' sur los fleurs, les grâces sur les grâces; velu, \u\ pirférc, tout dédaigneusement d'un frac noir, il faut Tentendre, s'étalant à souper, raconter, la bouche pleine, à d'autres 2)Vi'férés(\m le lui rendent bien, toutes les provocantes agaceries qu on lui a ftiites, son embarras de jeter le mouchoir parmi tant de belles et inquiètes empressées, son joyeux mépris des rivalités qu'il cause. Aussi, en entendant ces mystérieuses et surtout vérkUques confidences , c'est à se demander quelquefois de qui on parle et où on se trouve, et à se remettre à admirer avec plus de ferveur que jamais la sublime abnégation des femmes qui se vouent corps et ame à la mode; à cette brutale et cruelle divinité dont les hommes sont les prêtres, et qui paye en indifférence ou en dédain toutes ces belles et fraîches années, sitôt flétries et à jamais perdues à la servir.

Mais, comme je voulais néanmoins paraître aussi profiter de l'abnégation d'une de ces charmantes victimes y — parmi toutes les beautés qui rayonnaient alors, je m'attachai à une trèsjolie femme, blonde, fraîche et rose, trop rose peut-être, mais qui avait de beaux grands yeux noirs, doux et brillants à la fois, des lèvres bien purpurines et de ravissantes dents blanches,

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\èritabk'S petites perles enchâssées dans du eoi-ail... (pi'elle montrait toujours, et elle avait bien raison.

Seulement, ce qu elle aurait dû cacher, c'était son adorateur, maguilique jeune honiine on ne peut pas plus helàtre, et qu'aussi malheureusement pour lui (et pour elle, la pauvre femme ! car cela prouvait contre son bon goût), on appelait le beau Sainville. Celte épithète de beau est déjà un effroyable ridicule, et si malheureusement on semble prendre ce sobriquet pour soi et y répondre en le justifiant par des prétentions sérieuses, on est à tout jamais perdu.

Certes, si j'avais eu plus de choix et plus de loijiir, je ne me serais pas résigné à une apparence de lutte aussi peu flatteuse ; mais les fiicilités et les convenances s'y trouvaient , le temps me pressait, et je fus obligé de paraître disputer un cœur au hcau Sainville !

Ainsi que je Tavais prévu, ce dernier était très-sol; et lorsqu'il me vit présenté à la femme dont il s'affichait l'intérêt, M. de Sainville manifesta presque aussitôt toutes sortes de jalousies des plus sauvages. Voulant prouver ce qu'il appelait sans doute ses droits, il se mil à user envers cette pauvrejeune femme des façons les plus dures et les plus compromettantes , ce dont

j'étais navn'' ; car elle ne désirait pas et je n'aurais pu d'ailleurs lui offrir une compensation. — Mais n'y tenant plus, et jusienient froissée des manières brutales de cet étrange adorateur, elle me fit, pour se venger, quelques coquelteries des plus innocentes. Bientôt M. de Sain\ ille me servit au delà de mes souhaits ; car, après deux ou trois scènes variées qui passèrent delà dignité blessée à l'ironie froide, et enfin à l'insouciance cavalière, il alla faire la cour de toutes ses forces à une autre pauvre jeune femme qui ne s'attendait à rien.

Enfin, quoique ce fût à peu près faux, j'eus bientôt aux yeux du monde la gloire d'avoir été préféré au beau Sainville, ce fut la peine bien méritée de ma duplicité : jo la subis :

Quant aux preuves que le monde donnait à l'appui de mon bonheur, elles étaient d'ailleurs de la dernière évidence, ainsi que celles qu'il donne toujours. D'abord j'avais un jour demandé les gens de celte jolie femme, parce qu'elle n'avait eu personne pour les faire appeler; une autre fois elle m'avait donné une place dans sa loge à un petit spectacle, puis je lui avais offert assidûment mon bras pour faire quelques tours de salon dans un raout où se trouvait tout Paris; enfin, dernière et flagrante

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prcuvo î... 1111 soir qu'elle était restée riiez elle au lieu d'aller à un coiirerî, on avait vu trèstard ma voiture à sa porte.

En présence de faits aussi convaincants, aussi positifs, il fut donc bien et dûment établi que j'étais le plus fortuné des mortels.

Au milieu de ce Jjonhcur, j'appris par AI. de Ccrnay le retour de madame de Pënàfiel. Pour gagner son pari, le comte, à son insu, me servit à merveille, soit que madame de Pënàfiel m'eût entendu la défendre, soit qu'elle ne m'eût pas entendu.

Aiiisi, dès qu'elle fut arrivée à Paris, chaque fois qu'il la vit, M. de Cernay s'exclama sur cette singularité de ma part, de n'avoir pas cherché à me faire présenter chez elle; chose d'autant plus étrange, ajoutait M. de Cernay, que je voyais absolument le même monde qu'elle, que je l'y rencontrais presque chaque soir, et que je le savais, lui, le comte, assez des amis de madame de Pënàfiel pour le prier de me procurer un honneur dont tous se montraient si jaloux. Mais, reprenait M. de Cernay, il fallait dire aussi que j'étais fort sérieusement occupé d'une jeune femme charmante, et que sans doute on m'avait fait bien promettre de ne jamais approcher de l'iiôtel de Pënàliel, sorte

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