‹ Arthur, ou Seize ans après, drame-vaudeville en deux actesChapitre 14 sur 37 · JOBSON, JEROME · texte numérisé non relu

JOBSON, JEROME

JEROME

Mais fort bien, fort bien élevé... Comment s'appelle-l-il?

JOBSON

Lord Melvil.

JEROME

Lord Melvil! connais pas .. Il est vrai que je

Il secoue ses jambes mouillées , et renouvelle ce mouvement pendant le reste de la scène.

ne connais personne en Angleterre.

jobson , à part.

Tâchons de savoir pourquoi et comment ils sont venus en Angleterre (Haut.) Et nous avons traversé la Manche, nous avons sauté le Pas-de- Calais, pour notre commerce de tabac, papa Jérôme... un peu de contrebande?

JÉRÔME

Dutout, du tout, je méprise le Macoubac et j'ai en horreur le Prince-Régent... Ce qui m'amène dans votre Albion, je voudrais ne le dire à personne, et cependant il faut bien que je conte mon affaire , puisque j'ai besoin de renseignemens.

JOBSON

Oh bien ! alors, vous ne pouviez pas mieux tomber qu'avec moi.

JÉRÔME

Je commencerai par vous dire que les Anglais, c'est tous des gueux.

JOBSON

Hein?

JEROME

Excepté vous et ce monsieur bien élevé de toutà-1'beure... Je poursuis.. . J'avais donc, dans ce temps-là, une cousine que j'aimais, et qui ne

m'aimait pas vu qu'elle s'était amourachée

d'un scélérat de goddem...

jobson, à part.

Bon! c'est notre histoire.

JÉRÔME

Je sais bien qu'il s'appelait Lionel, et que je m'appelle Jérôme... mais ça n'était pas une raison pour se laisser tromper indignement par un homme qui l'a abandonnée un beau jour, pour

retourner dans son île... Je poursuis : Si bien qu<« l'enfant avait alors quinze à dix-huit mois ; la mère était malade... elle pleurait tant... moi, j'avais pris dans ma boutique le pauvre innocent, et je le soignais, je le dorlotais, je le berçais... enfin tout, quoi! et je me disais : Puisqu'elle ne veut pas m'aimer, son enfant m'aimera peut-être... jobson, à part.

Pauvre cher homme!

JEROME

Mais voilà qu'un jour... non, c'était un soir... je n'avais pas encore allumé mon quinquet, et le petit jouait là, près du comptoir, entre moi et un magot de faïence, quand un individu à manteau entre dans la boutique.

jobson , à part.

Je m'en souviens.

JÉRÔME

« Une once à priser, s'il vous plaît... » Je le pèse, le scélérat... et je lui fais même bon poids, le brigand... lui qu'est-ce qu'il fait... il me lance son tabac au visage , il m'insère l'once entière dans les deux yeux... une demi-once dans chaque œil... brrr... rien que d'y penser, ça me cuit encore... je ne criais pas, je beuglais, et quand je fus guéri de ma cataracte, plus d'enfant... il avait disparu, il me l'avait enlevé, il me l'avait volé. . le gueusard, le forçat, le criminel. . . Dites que c'est un criminel, ça me fera plaisir.

jobson, lui serrant la main.

Eh bien! oui, c'est un coquin.

JEROME

Vous avez mon estime... Je poursuis: la pauvre mère resta deux mois entre la vie et la mort... moi je lui dis : Ne pleurez pas, nous irons un jour à la recherche de votre fils qui ne peut être qu'en Angleterre... malheureusement elle était sans argent et moi je n'avais pas le sou, et il fallait en faire des cornets de tabac pour amasser le voyage... Le fonds n'était pas à moi... pour lors , je me suis mis à calculer que pour avoir une somme un peu ronde , il fallait boire de l'eau et manger des pommes de terre pendant seize ans... Eh ben ! que je me dis, vive l'amitié, et... enfin ce qui se dit en pareil cas... et maintenant, jusqu'à ce que le dernier écu soit dépensé, nous allons parcourir toute l'Angleterre, pour retrouver mon voleur d'enfans.

JOBSON

Mais quel espoir avez-vous? Vous n'avez pas même vu ses traits, vous ne pourriez pas le reconnaître quand il serait devant vous, là, comme moi, à nous regarder en face?

JÉRÔME. i

Ah ! mon Dieu! qu'est-ce que je vois?

jobson, à part.

Eh bien! qu'est-ce qui lui prend donc?

JÉRÔME

Attendez, attendez, que je compare l'objet. (// tire de sa poche un bouton enveloppé dans un papier.) En cherchant à retenir mon homme, ce bouton m'est resté dans la main, et il est tout-à-fait

MAGASIN THEATRAL

>omblable à ceux que vous portez. En voilà un renseignement]

iouo*.

Oh! oui, à présent vous savez que c'est un marin, eteomme nous sommes quarante mille comme <;a en Angleterre, vous n'avez plus qu'a choisir.

C'est parbleu vrai , je n'y avais pas pense ; mais j'en ai un autre renseignement. Vous m'aiderez, n'est-ce pas, vous qui êtes du pays?

JOBSON

Oui, oui, certainement.

JEROME

Je cours chercher mes effets, et je reviens auprès de ma cousine, pour lui conter le service que vous voulez nous rendre.

JOBSON

C'est ça, je vous attends, et si je ne vous fais pas trouver votre voleur, c'est que vraiment je ne le voudrai pas.

JEROME

Air : Quel cruel mystère'. (Pierrc-le-Rouge, 3me acte.)

En vous j' mets ma confiance, Oui, j'ai bonne espérance, Et j'en suis sûr d'avance, Tout me réussira.

Ah ! pour moi quel délire Lorsque je pourrai dire...

Il le prend par le bras.

En le tenant comm' ça :

Mon voleur, le voilà!

Page 1