LORD MELVIL, MARIE
marie, émue.
Vous voyez que j'ai gardé mon secret, mylord?
LORD MELVIL
Je vous en remercie. Ainsi, il ignore toujours que c'est à vous qu'il doit la vie î
Toujours... Mais ce mystère va cesser ; c'est ma dernière épreuve, n'est-ce pas?
lord melvil, avec calme.
Après cet entretien, Marie, vous serez dégagée de votre serment.
MARIE
Quoi ! je pourrai...
LORD MELVIL
Agir ainsi qu'il vous plaira ; vous consulterez sur ce point, et votre tendresse, et l'intérêt de votre fils.
marie, étonnée.
L'intérêt de mon fils !
LORD MELVIL
Écoutez-moi donc avec attention: je vous avais promis de vous instruire, ce matin, de la résolution que je prendrais ; je vais le faire, et quelle qu'elle soit, je dois vous le dire, elle est irrévocable.
marie, troublée.
Parlez, mylord.
LORD MELVIL
Auparavant, permettez que j'essaie de rendre moins odieuse à vos yeux ma conduite passée. {Mouvement de Marie.) Oh! ne me condamnez pas sans m'entendre, je prends le ci^l à témoin que, dans ce que je vais vous dire, p£s un mot ne sera un mensonge. ( Lui prenant affectueusement la main. ) Vous avez cru, n'est-ce. pas, et vous croyez encore que sir Lionel, en vous aimant, n'avait jamais pensé qu'à séduire la jeune fille, pour l'abandonner ensuite malheureuse et flétrie?
MARIE
Je l'ai cru, mylord, et je le crois encore.
LORD MELVIL
Je vous le jure pourtant, cette lâche pensée n'a jamais déshonoré mon premier amour; alors, Marie, mon bonheur eût été de légitimer notre union; sur l'honneur, je voulais vous donner mon nom.
MARIE
Vous!
LORD MELVIL
Rappelez-vous le voyage que je fis en Angleterre à l'époque .le la njis^aiiced^Vrthur ; ç.e \ oya Tdevait décider de notre sort. Je venais me jeté aux pieds de lord Melvil, mon oncle et mon tcur, et implorer son consentemeut; mais un évé- \ neineiUjijjaXtcndLO'iDJLtauk Ranger : mon oncle et son fils unique avaient étéftnlcvés presque su
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bitement, et je devins l'héritier des titres et des biens immenses des ducs de Melvil.
marie.
Je vous comprends: le monde alors, la cour vous réclama, l'ambition s'empara de votre cœur t, et imposa silence aux plus doux sentimens de la nature.
Seul représentant d'une des premières familles du royaume, élevé par mon souverain a un gradB éminent, sa volonté m'imposa d'autres destinées, et je ne fus plus libre de choisir une vie obscure et heureuse.
MARIE
Et maintenant, lord Melvil?
LORD MELVIL
Ce titre que vous me rappelez doit vous dire que l'amour du jeune baronnet a dû céder à la raison cruelle peut-être, mais impérieuse du pair d'Angleterre, et que la voix du cœur a dû se taire devant les préjugés du mondeet l'inégalité des rangs.
MARIE
Oh! n'achevez pas, gardez ce nom que vous
craignez de flétrir, je ne vous demande que mon
fils.
lord melvil, après une pause.
Je venais vous le demander aussi.
MARIE
Me demander mon fils ! (Avec effroi.) Ah! j'ai peur de vous comprendre.
lord melvil, avec effort.
- Je ne sais, Marie, de quelles paroles me servir pour vous annoncer ce que j'ai résolu... Ma destinée est-elle donc de vous faire souffrir toujours?
Mais qu'est-ce donc, mon Dieu?
lord melvil.
^» Une douleur plus cruelle que celles que vous avez éprouvées, des larmes plus amères que celles que vous avez répandues ; un sacrifice auquel une mère n'a peut-être jamais consenti.
marie.
Un sacrifice!
lord melvil, dépliant lentement un papier. Voici un acte signé de moi, madame; par cet acte, j'adopte Arthur, je lui assure mon nom, mes titres, ma fortune : (il la regarde) un mot de vous, et tout cela est a lui.
MARIE
Un mot de moi?
lord melvil.
f Ce secret que vous avez gardé jusqu'ici, jure/, que vous le garderez toute la vie.
marie.
Ah! vous voulez m'éprouver, monsieur, ou j'ai mal compris*., garder ce secret pou* tout le monde; oui, oui, "oh! je. le renfermerai au fond de mon cœur, niais pas pour mon fils, n'est-ce pas, monsieur, pas pour mon fils?
LOUD MELVIL
Pour lui surtout.
MAGASIN THEATRAL
Quoi! renoncer Ames droits sur lui?
LOKD MELV1L.
Sans retour.
MAIUE.
Ne pas pouvoir lui dire un jour : Je suis ta mère 1
LORD HELVIL.
Faire plus encore, vous séparer de lui... partir 1
marie, avec force.
Jamais, monsieur, jamais!
LORD MELVIL
Alors, c'est moi qui partirai, madame.
MARIE
Vous!
LORD MELVIL
Oui, car je ne veux pas qu'en vous pressant sur son cœur, vous pauvro femme que j'ai perdue et délaissée, mon enfant vous dise : Où est mon père î Lui qui m'entoure de sa tendresse, de son respect, je ne veux pas qu'il me maudisse.
MARIE
Vous maudire!
LORD MELVIL
Oui, car au cri de son cœur qui me demanderait pour vous une réparation, je ne répondrais que par le silence, car je resterais inébranlable devant ses larmes. Vous voyez bien qu'il me maudirait.
Oh! et moi aussi, peut-être.
LORDMELVIL.
Je fuirai loin, je mettrai un monde entre vous et moi, s'il le faut; j'irai partout où vous ne serez pas.
Il se laisse tomber sur une chaise et appuie sa tête sur sa
main.
MARIE
•»»*• Mais que deviendra-t-il, si vous l'abandonnez? Je suis pauvre, moi; que lui offrirai-je en échange du sort brillant que vous lui destinez? la misère I la misère à lui, à mon enfant! Ah ! cette penséelà m'épouvante! son avenir perdu, seul au monde, sans appui qu'une pauvre femme qui n'a rien, rie ! Oh! mylord, ce n'est pas vrai, n'est-ce pas, ce que vous venez de me dire? vous ne placerez pas une malheureuse mère entre sa tendresse et la ruine de son enfant?... Vous ne répondez pas, vous détournez les yeux... ah ! vous êtes impitoyabl ! (Avec effort et larmes. .) Eh bien, vous serez satisfait, je ne soulèverai pas le voile qui couvre son berceau^ je me tairai, j'en aurai le courage ; mais que je reste près de lui, du moins, je mejeacherai pour pleurer, et pour prononcer son nom; je serai votre servante, la sienne, celle tie toute la maison, je ne l'embrasserai jamais ; nuis par pitié que je le voie, que je le voie, ne me séparez pas de lui !
lord melvil, qui la renarde avec attendrissement,
se levant lentement.
Cette épreuve serait au-dessus de vos forces.
Non, non, je vous le jure.
LORD MELVIL
Et s'il était là, devant vous, comme je le vois quelquefois, répétant avec des larmes ce mot cruel : orphelin ! vous répondriez à ce mot par un cri parti du cœur: Tu es mon fils!
MARIE
C'est vrai, mon Dieul (Bruit en dehors.) Quel est ce bruit?
LORD MELVIL
C'est Arthur qui revient, sans doute.
MARIE
Oh l laissez-moi fuir , monsieur, laissez-moi fuir.
lord melvil, l'arrêtant.
Marie, un seul mot.
marie, avec désespoir.
Mais laissez-moi donc fuir, mon Dieu!
Elle s'arrache des bras de lord Melvil et se pre'cipite clans son appartement.
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