SCENE IX
JEROME, puis JOBSON.
JÉROME, Seul.
Il reste pensif et ne voit pas entrer Jobson.
Pourvu que le sieur Jobson ne parte pas avec eux. Je renonce volontiers à la preuve du bouton, puisqu'ils sont une quarantaine de mille qui s'entendent pour en avoir de pareils... mais cette tabatière ( il la tire et prend une prise.) Cet immense réceptacle qui a été laissé sur mon comptoir comme pièce de conviction... ça ne peut être qu'à lui... j'ai fait parler sa jeune épouse, je l'ai fait jaser comme la pie voleuse; et je sais maintenant que ledit sieur Jobson a été à Paris dans les temps... chose qu'il a eu la petitesse de me cacher; tout ceci est fort louche, mais c'est égal, je veux retrouver le petit... qu'est-ce qu'il en a fait, le gueux?... un pâtissier, un épicier... ça ne me fait rien, qu'il mêle rende, je le purifierai en le mettant avec moi dans le tabac... et peut-être qu'alors sa mère me dira : Cousin Jérôme, j'ai renoncé à tout espoir de bonheur... je te donne ma main. ( Devenant reveur et s'asseyant. ) Paris, ma petite boutique!... vous les reverriez doue là tous deux, à côté de moi, et pour toujours, m'aidant à débiter les produits défectueux des contributions indirectes.
MAGASIN THEATRAL
jobson, entrait, à lui-même.
Le jeune homme va partir, et il ne sera plus question de rien ; ma foi, tant mieux, c'est moins embarrassant... je ne suis fâché que d'une chose, à présent, c'est d'avoir parlé de tout cela à ma femme. (Apercevant Jérôme. ) Ah ! voilà le bonhomme de cousin. (Lui frappant sur V épaule. ) Dites donc, eh I père Duflot?
duflot, comme s' éveillant.
Hein? qu'est-ce qu'il y a?... des cigares de la Havanne? (A lui-même.) Que je suis bête, je me croyais déjà là-bas.
obson, à part.
Il a un coup de marteau, c'est sûr.
JÉRÔME
Vous arrivez fort à propos, maître Jobson.
jobson.
Pourquoi ça?
JÉRÔME
Nous avons à jaser, j'ai quelque chose à vous demander.
jobson.
Ah! sur mylord, sans doute, sur ce château, sur ce pays?
JÉRÔME
Non, sur Paris.
Sur Paris? je n'y suis jamais allé.
JÉRÔME
Vous mentez comme un dentiste.
jobson.
Dites donc, eh! Parisien?
JÉRÔME
Votre jeune épouse m'en a fait l'aveu.
jobson, à part.
Oh! la bavarde! Mais où veut-il donc en venir? ( Haut.) Je vous dis que je n'ai jamais été "à Paris ; vous aurez rêvé ça dans votre comptoir de la rue des Singes.
JÉRÔME
Rue des Singes ! qui est-ce qui vous a dit que je demeurais rue des Singes?
jobson , avec embarras.
Qui?... mais vous, apparemment.
JÉRÔME
J'en suis incapable.
JOBSON
Au surplus, qu'est-ce que cela fait?
JÉRÔME
Oh! absolument rien... mais alors pourquoi donc en «tes-vous devenu couleur de homard cuit ?
Je ne suis pas très à mon aise.
Jérôme, tirant sa large tabatière avec affectation. Acceptez une prise de tabac, ça vous remettra.
( Tout en prenant une prise y Jobson regarde la boîte avec élonnement. A part. ) Cette racine de buis produit sur lui l'effet de la tête de Méduse; plus de doute , c'est mon criminel. (// élernue. ) Dieu vous bénisse. C'est du tabac de la rue des Singes , et comme vous connaissez le magasin, vous reconnaîtrez peut-être aussi la tabatière.
JOBSON
Moi, pas du tout.
JÉRÔME
C'est étonnant, elle a pourtant été oubliée sur ce même comptoir de la rue des Singes, juste dans le temps où vous étiez à Paris, juste le jour où le petit Arthur a été enlevé.
jobson.
On m'appelle, je crois : c'est la voix du commandant.
JÉRÔME
C'est celle de ta conscience , coupable insulaire.
jobson.
jf Allons donc, vous êtes fou.
JÉRÔME
^ Voleur de petits enfans!
JOBSON
Bonsoir... ( A part.) Quel enragé !
Tu ne t'en iras pas d'ici avant de m' avoir déclaré où est le petit.
jobson , relevant ses manches.
Laisse-moi sortir, ou ça finira mal.
JÉRÔME
Oh! je ne te crains pas. (Montrant sa tabatière ouverte. ) Je suis armé !
JOBSON
Place, ou je boxe.
JEROME
Avance si tu l'oses.