LORD MELVIL, JOBSON
i.oiid helvil, regardant Arthur en dehors. Quelle aine grande et élevée!
jouson, regardant sa femme s'éloigner.
Quelle folle! comme elle court!
LORD MELVIL
Quelle nature généreuse !
IOBSON.
Pourvu qu'elle n'aille pas faire un faux pas!
LORD MELV1L.
Ohl je l'aime, je l'aime! Mon Arthur, que je suis lier de toi! (Redescendant la scène, et avec tristesse.) Et puis, mes torts envers celle qui t'a donné la vie m'ont imposé le devoir de te chérir encore davantage, de te chérir pour elle et pour moi. Je le sens, ce n'est qu'à force de tendresse que je pourrai expier les fautes de ma jeunesse... l'avoir privé des baisers de sa mère, de sa mère qu'il n'a jamais connue et que j'ai si cruellement traitée... Pauvre Marie!
jobson, qui est redescendu aussi.
Que saint Georges et saint Dunstan me pardonnent la pari que j'ai prise à tout cela! LORD M Kl VIL.
Encore, Jobson? n'ai-je pas assez, payé les iei
vices que tn nfas rendus, el le secret que tu m'as -aide '.'
Obi je ne BM plains pas, mvlnrd; moi, qui n'étais, il \ a quinze on ie$M ans, que vntie matelot, \<ilie domestique, \oiis m'ave/ acheté une
belle pêcherie, des filets, mie jolie petite maison- Dette cl une petite Innmr plils gentille encore... je suis heureux, tres-lniireux ; mais \o\e/-\ous, depuis que je suis pire, surtout, j'ai comme des
remords, el quand je régarde jouer mon petit
John, il me semble toujours que quelqu'un va
renir me l'enlever, comme j'ai eu la cruauté d'enlever le petit Arthur. Pauvre femme! elle en sera morte de chagrin.
LORD MELVIL, ému.
Tu sais, Jobson, quelles circonstances me for- Cèrent de revenir en Angleterre, de la quitter?
Oui, mylord... de l'abandonner, en lui laissant pour tout appui un pauvre cousin, modeste débitant de tabac qui n'a pas pu lui être bon à grand' chose.
LORD MELVIL
Depuis n'ai-je pas cherché à lui faire parvenir de l'or, des sommes considérables?
JOBSON
C'est vrai; j'ai même fait trois voyages à Paris pour ça, avant mon mariage: les deux premières fois elle n'a pas même voulu m'écouter, et la troisième, elle m'a mis à la porte, à la porte de sa petite chambre où elle travaille nuit et jour en habit de deuil, un berceau vide devant elle et votre portrait au-dessus.
LORD MELVIL
Assez, assez, Jobson, ce malheur est irréparable.
JOBSON
Et moi, je dis qu'à votre place, ça serait bientôt réparé, et je sais bien ce que je ferais.
LORD MELVIL
Que ferais-tu?
JODSON.
J'écrirais à celle qui souffre depuis plus de seize ans : « Si vous n'êtes pas morte de douleur » venez, venez tout de suite. » Et une fois ici, près de moi, j'appellerais Arthur, et je lui dirais : « Mon enfant, voilà ta mère! »
JOBSON
Et le lendemain, la femme séduite aurait un nom, elle s'appellerait lady Helvil.
LORD MELVIL
Jamais !
JOBSON
Et votre conscience serait bien plus tranquille, et la mienne aussi ; moi qui lui ai volé son enfant, sa seule consolation dans ce monde, moi qui n'ai pas rougi de dire à sir Arthur que sa mère Pavai» abandonné presque nu sur les marches de Notre* Dame! [Avec expansion.) Ah î mylord» nous avons, nous ei moi, bien des torts à nous reprocher.
itmiiï'
lord mëlvil, qui s'est contenu avec peine. Écoute, Jobson , écoute mes dernières paroles. Je suis pair du royaume, contre-amiral de la marine de S. M. Britannique , et jamais le descendant des Melvil ne tachera son écusson par une mésalliance.
JOBSON
Sir Lionel a donc tout oublié?
L'orage commence à gronder.
lord melvil, avec autorité.
Taisez-vous.
Oui, mon commandant. Aussi bien, je crois que nous sommes menacés d'un gros temps, et votre Seigneurie ferait bien de ne pas l'attendre ici.
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