‹ Arthur, ou, seize ans aprèsChapitre 16 sur 50 · LORD MELVIL, MARIE · texte numérisé non relu

LORD MELVIL, MARIE

MARIE

Ail ! c'est un révc affreux! {Elle se laisse tomber sur un banc.) Mais non, ce n'est point un rêve, je ne sais, il m'a semblé que j'étais partie de France sur un vaisseau, oui, et l'orage a grondé, des cris de désespoir ont retenti; puis mes sens m'ont abandonnée, je me suis vue mourir;mais une voix jeune et pure a frappé tout-à-coup mon oreille. Je vous sauverai, m'a-t-elle dit ; et me voilà, je suis sauvée.

LORD MELVIL, à part.

Son regard est moins fixe.

MARIE, l'apercevant.

Ah ! c'est vous, monsieur, à qui je dois la vie, merci, merci, pour une pauvre mère. {Le regardant en face.) Mais que vois-je? est-ce une illusion? je m'abuse, sans doute. {Tombant à genoux.) Ah! parlez, monsieur, je vous en supplie.

LORD MELVIL

Relevez-vous, madame, relevez-vous,

MARIE

Cette voix! oli! c'est lui, mon Dieu! Lionelt

LDun MELVIL, avec émotion.

Lionel, (e/Zc regarde autour d'elle) et mon fils? qu'avez- vous fait de mon fils?

LORD MELVIL

Calmez-vous, Marie.

MARIE

Oh ! un mot, un seul mot, au nom du cieL

LORD MELVIL

Il vit, il est ici.

MARIE

Mon Arthur. {Appelant à haute voix.) Arthur, mon fils!

LORD MELVIL

Oh! taiscz-vous, taisez-vous, par pitié il va venir, je vous le promets; mais auparavant vous m'écouterez. [Mouvement de Marie.) Oh\ vous m'écouterpz , Marie , car le moment peut décider de votre sort et du mien, de tout l'avenir de votre onfont.

MARIE, avec effroi.

Que dites-Tous?

LORD MELVIL

Je dis que c'est une fatale pensée que celle qui vous inspira en venant en Angleterre.

Oh I pouvez-vous parler ainsi, mon Dieu ! Mais vous ne savez donc pas toutce que j'ai souffert? La douleur a égaré ma raison, j'ai été folle, mylord, oui, folle. J'appelais Arthur à grands cris, je croyais le voir partout, la nuit, le jour. Ohl j'ai été bien malheureuse, allez! et maintenant que je l'ai retrouvé, maintenant qu'il est près de moi, vous dites que c'est une pensée fatale qui a inspiré la pauvre Marie! Ah ! mylord, vous ne comprenez pas le cœur d'une mère, et vous n'avez jamais aimé votre enfant.

LORD MELVIL

Je n'ai jamais aimé mon enfant! mais c'est cet amour qui m'a égaré, qui m'a rendu plus coupable encore envers vous.

MARIE, doucement.

Oh ! ne parlons plus de vos torts : il y a longtemps que je vous les ai pardonnes.

LORD HELVIL.

Et moi , j'ai voulu , pour acquérir quelques droits à ce pardon de la mère, redoubler d'amour pour le fils. Ah! Marie, vous le verrez, demandezlui de quels soins j'ai entouré son enfance, avec quelle tendresse j'ai veillé sur lui, avec quelle joie je l'ai vu grandir sous mes yeux I

MARIE

Je ne l'ai pas vu, moi !

LORD MELVIL

Comme je le regardais avec ivresse quand il sommeillait dans son berceau ! comme mon cœur battait en contemplant ses traits si doux t

MARIE

Il est bien beau, n'est-ce pasT

LORD MELVIL

Puis, quand il est devenu un homme, c'est moi qui lui ai mis au cœur tous les nobles sentimens, c'est moi qui l'ai formé à toutes les vertus, il est mon orgueil, mon espoir. Maintenant, Marie, sa vie est la mienne : vivre sans lui, je ne le pourrais pas! Ohl vous voyez bien que je l'aime autant que vous.

MARIE

Eh bien! nous l'aimerons à nous deux, Lionel! Allons, conduisez-moi vers lui, que je l'embrasse, que je le presse contre mon cœur!

LORD MELVIL, la retenant.

Arrêtez.

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