‹ Arthur, ou, seize ans aprèsChapitre 38 sur 50 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

ARTHUR, p«i* LORD MELVIL.

ARTHUR, seul.

Lord Melvil, je sais quels sont les liens qui m'attachent à vous, je sais que vous avez des droits à ma reconnaissance... mais ma pauvre mère, par vous si malheureuse, je sais aussi ce qu'elle doit Attendre de son eufiiat.

LORD MKLTIL, MU fond.

Que me veut-il? (// s'approche; Arthur et lui se regardent quelque temps en silence.) Vous avez désiré me parler?

ARTHUR

Oui, mylord.

LORD MELVIL, à part.

Comme il est ému. (Haut.) Ce n'est pas ici que j'espérais vous retrouver, Arthur.

ARTHUR

Je le sais.

LORD MELVIL

Vos compagnons de voyage vous attendent

ARTHUR

Je ne pars plus.

LORD MELVIL, étonné.

Vous ne partez plus !

ARTHUR

Non, mylord.

LOP.D MELVIL

Mais songez-vous, monsieur, que vous ne vous appartenez pas?

J'y songe, mylord.

LORD MELVIL

Songez-vous aux obligations que vous impose l'épaulette que vous portez?

ARTHUR

Des obligations plus sacrées m'ordonnent de rester ici.

LORD MELVIL

Que dites-vous?

ARTHUR, éclatant par degrés.

Je dis que je souffre bien, allez, et que mon cœur est brisé, car mille sentimens divers le remplissent ; le respect, la crainte, le cri de la nature... Oh! mais c'est trop, c'est trop! il vaut mieux rompre le silence. (Se jetant aux pieds de lord Melvil.) Mon père, je viens vous demander plus que la vie, l'honneur de ma mère. LORD MELVIL, à part.

Il sait tout. {Haut.) Malheureux, qui vous a appris...

ARTHUR

Elle, elle ! cette femme que f ai sauvée.

LORD MELVIL

Vous l'avez vue î

ARTHUR

Oui ; oh ! mais, ce n'est pas elle, mon père qu'il faut accuser, ce n'est pas elle qui m'a révélé ce fatal secret, c'est moi qui viens de le lui arracher.

LORD MELVIL

Vous a-t-elle dit aussi quel prix j'avais mis à son silence ? quel serment j'avais fait? quelle résolution j'avais prise?

ARTHUR

Oh l oui, mais je ne l'ai pas crue.

LORD UELVIL.

Vous avez eu tort, sir Arthur, car j'ai déjà répondu à Marie, qui m'a compris, elle, que je n'oublierais jamais ce que je dois à mon rang et à ma naissance.

ARTHOR, vivement.

Il fallait aussi vous en souvenir, mylord, quand vous avez séduit ma mère.

LORD MELVIL

Arthur, songez-vous à qui vous parlez?

ARTHUR

A qui je parle... ohl oui, je parle à lord Melvil, d'une des plus nobles familles d'Angleterre, à lord Melvil, le riche et puissant pair du royaume, à lord Melvil qui, parce que sa naissance et sa fortune lui donnent tous les droits, se croit au-dessus de tous les devoirs.

LORD MELVIL, à part.

Entendre de telles paroles sortir de sa bouche l

ARTHUR

Oh I je sais que c'est un jeu pour un grand seigneur de léguer à celle qui l'a tant aimé la honte en partage.

LORD UELTIL.

Arthur I

ARTHUR

De lui ravir son enfant, son dernier bien, et de lui dire, quand elle implore comme une grâce une caresse de son enfant : « Laissez-le-moi ou je l'abandonne, lui aussi; gardez-vous de lui sourirQ, pas un mot qui fasse soupçonner votre secret; car, pour lui comme pour vous, le mépris ou l'outrage. »

LORD MELVIL

Taisez-vous, Arthur, je vous l'ordonne.

ARTHUR

Ohl je parlerai, mylord-, Arthur relève sa tête que vous aviez voulu courber: vous le placez entre sa mère et vous, vous opulent et titré, elle pauvre et flétrie, son choix est fait, il travaillera pour elle; vos bienfaits, il les oublie, vos secours, il les refuse; il vous doit cette épaulette qu'il espérait illustrer, il l'arrache, mylord, et la foule devant vous sous ses pieds, pour ne plus rien vous devoir.

LORD MELVIL

Ahl c'en est trop... Sortez, monsieur, sortez à l'instant même.

Il tomLe dans un fauteuil,

ARTHUR, au fond.

C'en est donc fait I je l'aimais bien, pourtant l

LORD MELVIL, le regardant- Il pJeure.

Il me chasse, moi et ma mère. (Revenant.) Ohl maàs non, vous ne le ferez pas, Mylord, ayez pitié de ma mère.

LORD UELVII..

Arthur l

ARTHUR

Vous êtes bon, vous ne m'avez jamais vu pleurer sans me consoler ; mon père, j'ai eu tort, toutà-l'heure, je le sens , je vous ai affligé... Oh I ne m'en veuillez pas, je vous en demande pardon. {Lord Melvil semble ému; Arthur passe uti bras autour de son cou.) Nous vous chérirons tous les deux, nous redoublerons de soins, d'amour ; cette noble carrière dans laquelle vous étiez si fier de me voir entrer, je la parcourrai sous vos yeux, guidé par vos conseils, enflammé par vos exemples... {Lord Melvil a peine à cacher son émotion.) Vous êtes attendri, vous me cachez vos larmes... Ma mère, ma mère, il va enfin vous ouvrir ses bras I

n le serre de nouveau contre son cœur ; lord Melvil parait en proie à une lutte violente, enfin par un monvement brusque il repousse Arthur.

LORD MELVIL, d'une voix ferme.

Jamais t

ARTHUR, après une pauie.

Plus de prières, et adieu, mylord.

Il va p«ur sortir; en ce moment la porte du fond t ouvre.

LORD MELVIL, à part. Ellet

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