Article extrait d'un Mémoire sur quelques points de physiologie appliqués à la connaissance de la pathologie et de la thérapeutique
D'un Mémoire sur quelques points de Physiologie appliques à la connaissance de la Pathologie et de la Thérapeutique ;
Par F. Ribes père, Médecin ordinaire de l’Hôtel royal
des Invalides.
En 1 8 1 5 j’avais terminé un Mémoire dans lequel j’exposais l’idée que je me formais de l’humorisme, de la force médicatrice de la nature, et des crises dans les maladies.
Je voulus communiquer une partie de mon travail à un confrère; mais j’ignorais qu’il fût solidiste absolu; au seul mot d’humorisme qu’il entendit prononcer , il ne voulut plus rien écouter ; il me dit : « Si vous pouvez b démontrer les maladies des humeurs comme on peut » vous démontrer les maladies des solides, mettez au » jour votre Mémoire , sans quoi je vous engage à ne » pas le faire connaître. »
Malgré les fortes raisons que j’avais en faveur de mes opinions , et quoique je fusse bien convaincu que la maladie ne consiste pas seulement dans la lésion des solides , j’avoue que je n’osai pas alors publier mon travail tel qu’il était.
Cependant , qu’aurait-on pu m’objecter P Est-ce que
la maladie ne consiste pas plutôt dans la lésion d’une fonction que dans la lésion des solides pris isolément ? D’ailleurs un organe , quel qu’il soit , est composé de solides et de fluides , et dans le tissu de nos parties les solides passent d’une manière insensible de leur état à l’état fluide , et de celui-ci à l’état solide : par conséquent nous devons convenir qu’un organe n’est un , et n’est réellement entier et parfait qu’étant composé de fluides et de solides. Enfin la fonction organique d’une partie , d’un viscère par exemple , consiste dans la transformation continuelle du solide à l’état fluide, et de celui-ci à l’état solide.
Ainsi la fonction s’exécutant en même temps par le moyen des solides et des fluides animaux, la maladie doit consister aussi dans l’altération des uns et des autres; mais l’affection peut commencer par l’une ou par l’autre de ces deux parties indistinctement.
Le cœur , les artères , les veines et les tissus de nos parties agissent sur le sang ; le poumon agit de même sur l’air , et les organes de la digestion sur les alimens. Pour que la circulation , la respiration et la digestion s’exécutent bien, il faut que le sang ne soit pas altéré, il faut que l’air soit pur et que les alimens soient de bonne qualité, autrement les fonctions seront dérangées et la maladie aura lieu.
L’air et les alimens peuvent être altérés : je ne craignais pas qu’on me fît sur ce point des objections ; mais dans la disposition où étaient certains esprits , il ne me paraissait pas facile de faire admettre l’altération du sang et des humeurs qui en émanent ou qui vont s’y rendre , surtout si je prononçais le mot humorisme ; je me déterminai alors à publier mon travail par fragmens. Ç’es&
ainsi qu’il en parut une partie dans les Mémoires de la Société Médicale d’ Emul. de Paris > dans les Bulletins de ï ancienne Société de la Faculté de Médecine s dans le Dictionnaire des Sciences Médicales , dans les Archives et la Revue Médicale .
Dans tous les fragmens publiés, indépendamment des variations infinies et des changemens que les fluides peu-* vent éprouver selon les âges , les sexes , les tempéramens , les passions , selon les saisons de l’année et l’influence que les solides exercent sur les fluides et ceux-ci sur les solides , j’ai démontré , sans prononcer le mot humorisme, que les humeurs pouvaient être altérées d’un grand nombre de manières , pouvaient déranger les fonctions et produire la maladie.
J’ai prouvé que tous les solides animaux , sains ou altérés , étaient soumis aux lois de la dissolution vitale, qu’ils venaient à chaque instant grossir la masse des fluides animaux, et en y portant leurs mauvaises qualités pouvaient les troubler ou les dégrader.
Sans admettre tout ce qui a été dit par Hippocrate, Galien , et par les médecins arabes , sur les crises, je ne puis me refuser à reconnaître leur existence et à les regarder comme le résultat des efforts de la nature médicatrice.
Entre les preuves nombreuses qui s’offrent à mes regards , sans considérer pour le moment ce qui se passe dans les divers émonctoires , je n’ai qu’à jeter les yeux sur le phlegmon : je vois que la fièvre qui accompagne cette maladie diminue lorsque la résolution s’opère ; la fièvre augmente au contraire et est accompagnée de frissons irréguliers, à mesure que l’inflammation est prête à se terminer par la suppuration , et à mesure que la sup-
puration s’établit. La fièvre cesse entièrement , presque dans un temps déterminé , et le calme reparaît quand l’abcès est formé , qu’il s’ouvre , que le pus s’écoule, que la partie se dégorge et que la cicatrisation s’opère. Ici
l’action des parties a tout fait.
C’est à cette opération de la nature , et à d autres àpeu-près analogues , que je donne le nom de crise. Je reconnais aussi dans l’issue de cette maladie la force mé- • dicatrice de la nature.
Mais en quoi consiste cette force ? où réside-t-elle ? Ce sont des questions aussi importantes que difficiles à résoudre. Cependant , voyons si nous trouverons quelque chose de satisfaisant dans ce que la physiologie nous apprend sur la manière d’être de nos parties , et sur leur
action.
Après avoir porté nos regards sur la machine humaine, et après l’avoir bien considérée , nous devons franchement avouer que nous sommes très-peu avances dans la connaissance de l’arrangement , de la nature intime et de l’action du tissu de tous les organes du corps des animaux. Nous voyons que plus de vingt siècles de recherches et d’observations nous ont appris seulement à connaître les formes des grandes masses , et ce qu’il y a de plus grossier dans le mécanisme des fonctions. Les raisonnemens et les digressions consignés dans les nombreux volumes qui remplissent nos immenses bibliothèques , sont une preuve de l’incertitude de nos connaissances à cet égard. Il est cependant vrai que les principaux effets d’un grand nombre de fonctions nous sont à-peuprès connus ; . mais nous ne savons rien sur les causes premières qui déterminent et entretiennent les mouvemens de nos organes , ni sur la cause qui anéantit leur
action. Si nous voulons jeter les yeux sur les globules organiques de nos humeurs , et sur les vaisseaux capillaires , là ou s’exécutent réellement les grandes fonctions de la vie , un voile impénétrable y cache à nos regards les opérations de la nature et nous laisse dans le doute, ou plutôt dans une ignorance complète.
Tout ce qui est matériel et qui tombe sous les sens dans les appareils , le mécanisme et les phénomènes des fonctions, laisse peu de chose à désirer. Il est certain qu’à cet égard le domaine de la physiologie est vaste , et l’on y a fait d’abondantes moissons ; mais nous ne pouvons nous empêcher de convenir que nous ne savons presque rien sur le dernier terme , sur le complément de la fonction , et c’est cependant la partie de la science de l’homme la plus importante à connaître.
Quand on se représente à l’esprit l’ensemble de l’organisme , on voit combien de difficultés doit offrir l’avancement de la physiologie , non seulement sur le point qui nous occupe , mais encore sur un grand nombre d’autres , et Ton n’est point étonné des efforts infructueux qu’ont faits les anatomistes de tous les temps pour éclairer cette science. Je ne crois cependant pas, comme l’a pensé un grand philosophe du dernier siècle , que nous ayons pénétré jusqu à la ligne qui sépare à jamais les tentatives des hommes et les secrets impénétrables de la nature. Cette opinion de V oltaire ne doit point décou-r rager. On fera certainement encore des découvertes en physiologie, et si des opinions erronées, échappées à des hommes plus ou moins recommandables , n’étaient souvent venues se joindre aux difficultés que présente la nature du sujet , la science serait poussée beaucoup plus loin. De séduisans systèmes , soutenus par des raisonne^
mens plus spécieux que solides , nous ont aussi jetés dans l'incertitude, et ont arrêté les progrès de la physiologie. Aujourd’hui encore nous sommes sur beaucoup de points dans le vague d’opinions diverses qui sont tour-àtour appuyées et détruites par des expériences et des observations contradictoires.
Il nous paraît démontré , comme nous l’avons déjà dit il y a long-temps , qu’on ne peut guère espérer avancer en physiologie , si on ne porte ses recherches sur le cerveau, à l’origine des nerfs, sur les dernières ramifications nerveuses et dans les aréoles de nos tissus , mais particulièrement sur les globules organiques de nos humeurs , sur les vaisseaux capillaires , artériels , veineux , lymphatiques et sécréteurs , sur la force qui les anime , et sur l’action diversement modifiée dont ils sont susceptibles , parce que ce sont réellement ces dernières parties qui exécutent les fonctions les plus importantes des êtres animés. C’est là que la vie commence , et l’animal paraît déjà mort que la vie existe encore quelque temps dans les globules organiques de nos humeurs et dans les vaisseaux capillaires qui sont les derniers vivans ; enfin la vie de l’homme sain et de l’homme malade est toute entière dans ces parties; c’est là que résident aussi la force et l’action médicatrice de la nature.
Celte force qui excite notre étonnement et notre admiration , fait souvent confondre l’homme réellement instruit et pénétré des vrais principes de la science, avec celui qui les ignore , qui n’a en médecine que des idées incertaines , ou qui ne possède aucune connaissance médicale. En effet , combien de fois ne voit-on pas cette force , cette action conservatrice de la nature , rétablir J’ ordre habituel des fonctions et conserver la vie , malgré
le désordre accidentellement survenu dans l’économie animale , désordre très-souvent augmenté par l’emploi de médicamens contraires ou intempestivement administrés , tandis que la conduite sage , rationnelle et savante d’un médecin instruit qui a étudié la vie chez l’homme sain et chez l’homme malade, n’a point de résultat efficace, si l’individu n’est pas suffisamment pourvu de cette force, de cette action qui constitue et entretient la vie !
D’après la connaissance que nous avons de notre organisation et des désordres qui peuvent y survenir, nous voyons qu’un médecin inhabile peut ne pas sauver un malade ; mais heureusement , quelle que soit son impéritie , il doit causer très-rarement la mort, tant la nature a de ressources pour surmonter et détruire les effets de la plus mauvaise médication.
Il est certain que l’on peut et qu’on doit même espérer beaucoup des forces médicatrices ; mais on aurait grand tort si l’on attendait tout de la bienfaisante nature , car elle a souvent besoin d’être aidée : ainsi , avant de se livrer entièrement à elle seule, il faut tâcher de reconnaître ce qu’elle a encore de moyens et ce qui lui reste de ressources. Pour cela il faut bien se rappeler l’état de l’organisme, la structure, le mode d’action des parties sur lesquelles l’afTeclion a son siège, et le caractère de cette affection. Après avoir bien réfléchi , on verra si l’on doit agir ou rester en expectation.
La maladie aiguë est une fonction nouvelle , développée en nous accidentellement ; elle est accompagnée de phénomènes qui lui sont propres; elle a une marche et en général une durée déterminées. Il s’agit ici de bien
connaître le mécanisme de cette fonction accidentelle f
pour distinguer ce qui lui appartient en propre , et pour apprécier le trouble ou plutôt la manière d’être des mouvemens qu’elle produit dans l’organisme ou dans l’action des principaux organes de l’économie animale ; et au milieu du désordre apparent de la fonction nouvelle, lorsque les phénomènes et le mécanisme en sont bien étudiés et bien compris , on aperçoit une tendance et un ordre admirable dans les efforts de la nature pour faire cesser la maladie et pour rétablir le rhythme ordinaire des fonctions ; on voit même que dans les affections qui entraînent à la mort , il y a une marche , un ordre , une règle qui mérite toute l’attention du physiologiste médecin. Ainsi l’on serait grandement dans l’erreur si on regardait dans tous les cas la maladie comme un état de trouble et de désordre.
La maladie, envisagée sous son véritable point de vue, montre que la nature médicatrice a posé les premières , les plus certaines et les plus solides bases de la thérapeutique.
Très-jeune encore je suivis les cours de clinique faits à l’hôpital de la Charité, par M. Corvisart. MM. Fournier et Dufay les suivaient en même temps que moi. Je sentis dès-lors la nécessité de connaître non seulement la cause, mais aussi le siège du mal ; je trouvai que les auteurs avaient localisé presque toutes les maladies , qu’elles étaient bien décrites et bien connues , mais je voyais un grand nombre d’individus chez qui toutes les fonctions étaient troublées , et à la mort du sujet on ne découvrait aucune altération appréciable pour nos sens, à laquelle on pût attribuer la cause de la cessation de la vie. Je crus alors reconnaître qu’il y avait quelque chose
de plus que les solides , qui devait être le siège primitif de la maladie et la cause de la mort , et que les fluides animaux pouvaient ne pas être exempts d’altération ; c’est ce qui me détermina à porter mes regards et mes recherches sur les humeurs.
Ce qui me frappa d’abord ce fut de voir, chez les sujets morts avec un érysipèle ou un phlegmon , que la tumeur avait presque entièrement disparu ou avait considérablement diminué ; il n’y avait presque plus de trace de rougeur , seulement il restait un peu plus de sang que pendant la vie dans les parties qui avaient été le siège de l’inflammation. Les vaisseaux qui allaient se rendre dans quelques organes essentiels à la vie étaient le plus souvent vides et quelquefois pleins , mais le tissu de ces parties n’en contenait guère plus qu’il ne fallait ; aussi la mdrt paraissait être arrivée moins par l’effet de la quantité du fluide porté dans ces organes , que par l’effet des qualités contre nature qu’il pouvait avoir acquises.
Sachant que lors de la cessation de la vie la face devient pâle , et la surface du corps d’une certaine blancheur, je pensais que le sjjng était refoulé vers l’intérieur ; mais je fus très-étonné de trouver sur le cadavre de l’homme et sur les animaux, quelque temps après la mort, que la plupart des vaisseaux étaient vides, et que toutes les parties étaient à peine humectées , tandis que pendant la vie la peau est colorée , tous les canaux sont pleins , tous les tissus sont abreuvés , imbibés , pénétrés , et de toutes parts baignés par quelque fluide ou par une vapeur humide qui s’exhale de nos humeurs.
Qu’étaient devenus les liquides animaux? Iis n’avaient pas eu le temps de s’évaporer. Si les humeurs y existaient encore sous un moindre volume et y occupaient moins de
place, qui est- ce qui les tenait en expansion pendant la vie? Était-ce une force érectile? ou bien y avait-il un gaz mêlé avec les humeurs , qui en augmentait le volume? A la vérité quand le sang coule lentement par la piqûre d’une sangsue, on voit quelquefois des bulles d’air sortir avec le sang ; cela suffit-il pour prouver qu’il y avait dans les humeurs un gaz qui les tenait en expansion? Mais comment ce gaz se serait-il échappé si promptement, et aurait-il disparu presque immédiatement après que l’homme a cessé de vivre? J’ai tâché de démontrer par l’expérience et le raisonnement , l’existence de ce gaz et l’érectilité d’un certain ordre de globules des humeurs animales.
Je reconnus bientôt qu’il y avait dans nos humeurs
des globules organiques; que ces globules formaient les solides et que ceux-ci redevenaient fluides; que les solides d’un organe malade redevenaient fluides comme les autres, et que dans cet état ils rentraient dans le torrent de la circulation. Il me parut difficile que les fonctions n’en fussent pas troublées. Je vis que s’il fallait ici une grande prudence et une grande réserve de la part du médecin dans l’emploi des moyens thérapeutiques , il ne fallait cependant pas toujours rester inactif.
La suppression subite de la suppuration d’un ulcère , suite de la carie des surfaces de l’articulation coxo-fémorale droite, qui porta le trouble dans les fonctions et détermina une mort prompte chez un individu , me fournit la première occasion d’observer du pus dans les veines. Ce fait était entièrement nouveau pour moi et pour plusieurs des confrères les plus distingués auxquels je le communiquai. Depuis, j’ai trouvé aussi dans ces vaisseaux de l’ichor qui s’écoule du cancer, et j’ai démontré la présence
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de l’huile grasse et de l’air, ou d’un gaz. Plus tard les cas de ce genre se présentèrent souvent à mon observation; mais ne pouvant d’abord les expliquer, je n’osai pas en croire mes sens. Cependant après avoir jeté les yeux sur l’économie animale, après m’être livré à bien des recherches, et avoir recueilli de nouveau un grand nombre de faits, je me déterminai, en i3iG, à publier dans le huitième volume des Mémoires de la Société Médicale d’ Emulation de Paris , un exposé sommaire de mes recherches sur différents point d’anatomie, de physiologie et de pathologie , où je fis mention de quelques altérations que le sang pouvait éprouver.
Toutefois , avant de le livrer à l’impression , n’ayant pas de précédent sur lequel il fût possible de m’appuyer, et ne voulant pas m’en rapporter à moi seul , je priai M. le docteur Gaultier de Claubry de vouloir bien entendre la lecture de mon travail; je le lus aussi à M. le docteur Émery. L’un et l’autre étaient assez de mes amis pour que je pusse croire à la sincérité de leur suffrage : je publiai alors sans hésiter un premier extrait de mon Mémoire. (Voyez Mémoires de la Société Médicale d'É~ mulation , tom. 8 pag. 6o4- )
Après avoir étudié l’économie animale dans l’état sain , après l’avoir considérée au milieu du désordre apparent des fonctions, et après l’avoir observée pendant faction de certains médicamens employés pour guérir une maladie, ou pour ramener les mouvemens des organes à leur état normal , j’ai été frappé de l’incertitude où l’on devait être souvent sur le résultat de la médication , faute d’avoir bien apprécié l’effet que des remèdes envoyés presque au hasard devaient réellement produire.
La thérapeutique dans beaucoup de points est bâtie
sur une base si mobile, que tous les systèmes qu’on a créés depuis tant de siècles l’ont souvent ébranlée jusque dans ses fondemens, et elle aurait été indubitablement renversée, si elle n’avait été fortement appuyée par l’empirisme, par les remèdes dont une longue expérience a prouvé l’efficacité. Je veux parler de ces médicamens qui agissent plus directement que d’autres sur certaines parties, qui influent sur certaines fonctions, qui modifient certaines maladies plus particulièrement que d’autres médicamens.
La médecine est riche en agens thérapeutiques; mais l’action réelle, rigoureuse, d’un grand nombre de ces agens, n’est pas encore assez bien démontrée; elle demande à être étudiée de nouveau et d’une manière un peu différente de celle qui a été généralement suivie jusqu’ici. On est vraiment étonné de voir que depuis les premiers siècles du monde on s’occupe de thérapeutique, et que cette science soit si peu avancée, lorsque toutes les autres parties de la médecine ont fait tant de progrès.
Je laisse à d’autres plus capables que moi le soin d’asseoir la thérapeutique sur des bases solides, inébranlables, qui la mettent à l’abri des systèmes, qui sont d’autant plus dangereux qu’ordinairement ils sont créés par des hommes d’esprit et de génie , habiles à soutenir leur ouvrage et à faire prévaloir leur opinion ; mais , l’auteur descendu dans la tombe, le système perd insensiblement son crédit et ne sert plus qu’à encombrer l’histoire de la science.
Pour mon propre compte, j’ai pensé qu’afin de bien apprécier la valeur des connaissances acquises par les hommes de l’art sur l’effet des agens thérapeutiques , il fallait premièrement chercher à connaître les moyens
employés par la nature pour l’entretien de la vie et de la santé, ainsi que pour la cure des maladies.
On voit que la nature dans l’état sain exécute les fonctions animales et organiques sans le secours du médecin , et que, le plus souvent, lorsqu’elles sont dérangées, elle les rétablit sans le secours de l’art. Il importe ici de chercher à savoir, s’il est possible , comment la nature agit pour ramener l’ordre , afin de la seconder lorsqu’elle a besoin d’être aidée. Si on peut parvenir à la bien comprendre, on pourra venir à son secours par une foule de moyens. Je crois qu’on peut trouver danç la circulation des fluides animaux, et dans les organes qui exécutent cette fonction, quelques-uns des moyens que la nature employé pour entretenir la vie et rétablir la santé, et non pas seulement dans cette circulation par laquelle le sang est poussé par le cœur dans les artères et rapporté au cœur par les veines pour en repartir de nouveau. Si dans la route que le sang parcourt ainsi , nous trouvons des choses très-remarquables, ce n’est cependant pas dans ce trajet que les grandes opérations de la vie organique s’exécutent; c’est en dehors de celte circulation qu’elles ont lieu.
On peut établir que le lieu commun des sensations est dans le cerveau , et que nos organes sécréteurs et excréteurs, vivifiés par le sang et animés par les nerfs , sont en quelque sorte greffés autour du cercle circulatoire formé par le cœur , les artères et les veines.
Je considère dans son ensemble la circulation de la
masse entière des fluides animaux , allant du conduit alimentaire, des pores de la peau et des cellules bronchiques du poumon , dans toutes les parties du corps , par l’intermédiaire du cœur, des artères et des veines , puis
revenant de toutes les parties du corps dans les voies alimentaires , à la surface de la peau , à 1 intérieur du poumon et dans les organes urinaires. Ainsi nous voyons que le cercle circulatoire sanguin est le centre autour duquel vont se réunir les systèmes inhalant et exhalant.
En effet, une partie du fluide absorbé par les villosités intestinales est conduite dans le foie , dans la veine cave inférieure et le cœur, par la veine porte ventrale et hépatique; une autre partie de ce fluide absorbé par les pores de l’intestin , par les pores de la peau et les pores pulmonaires , est portée , au moyen du canal thorachique et de la grande veine lymphatique droite, dans les deux veines sous-clavières , puis dans la veine cave supérieure, de là dans l’oreillette et le ventricule droit ; ensuite ce fluide va traverser le poumon pour arriver au ventricule gauche du cœur , qui le porte au moyen des artères dans toutes les parties du corps , d’où il revient au cœur au moyen des veines et des vaisseaux lymphatiques. Dans ce mouvement circulaire le sang laisse une partie de ses matériaux pour les sécrétions et les excrétions. Les humeurs , résultat de ces matériaux , sont reportées dans
le conduit alimentaire, à la peau, au poumon, aux reins
et à la vessie.
Les fluides qui sont le produit de la digestion, et tous çeux qui sont pris par les absorbans en général , après avoir traversé le cœur et le poumon , sont confondus avec le sang, qu’ils concourent à former. Le sang une fois composé et arrivé à l’extrémité des artères , une partie passe dans les veines , et l’autre partie est destinée à la réparation des pertes faites par nos organes. Cette portion du sans; sortie des voies de la circulation , et qui a
passé dans les organes parenchymateux et dans les aréoles de nos tissus , y est soumise à une certaine élaboration qui rend le sang propre à la nutrition des solides et à la formation accidentelle de certains tissus; le reste est repris et porté au dehors par la voie des excrétions.
Le travail de la nutrition, celui de la formation des parties nouvelles , est une des opérations de la nature la plus obscure pour nos sens ; le mécanisme en est presque impossible à saisir. Nous connaissons les faits à cet égard , mais nous ignorons la manière rigoureuse dont cette opération s’exécute. Cependant si nous pouvions juger de ce qui se passe dans la réparation des pertes que nos organes éprouvent à chaque instant de la vie, par ce que nous observons lors deij la formation de quelques parties accidentelles , la question serait moins difficile à résoudre. Nous voyons , en lefîet, les membranes accidentelles se former au moyen de l’humeur lymphatique épanchée dans une des cavités splanchniques : il ne faut pour cela qu’une légère, inflammation ; quelquefois môme cette inflammation est| inappréciable , et, avec une promptitude étonnante, une* partie de cette humeur s’organise , devient fibrineuse et lamelleuse; des vaisseaux s’y forment et sont pleins de s^ng; ils ont un sentiment et un mouvement qui leur est^propre, avant d’avoir reçu des nerfs , d’avoir des relations avec le cerveau , même avant que ces parties se soient continuées avec les parois des cavités dans lesquelles elles se forment. Ainsi les parties de nouvelle formation ne doivent leur naissance qu’à elles-mêmes. Serait-ce de la même manière que seraient réparées les pertes qùe nos parties éprouvent? Nous avons manifesté notre opinion sur ce point dans plusieurs articles déjà publiés pans le Dic~
tionnaire des Sciences médicales , dans la Revue médicale et dans les Archives de médecine .
Ce qu’il y a de certain , c’est que les pertes que font nos organes sont réparées , tant que nous sommes dans l’état de santé, jusqu’à cinquante, cinquante-cinq ans. Après cette époque notre corps fait des pertes continuelles que la nutrition ne répare qu’en partie. Alors toute la machine décroît , se dégrade insensiblement jusqu’à la décrépitude et la mort. Pendant 1 existence de l’animal , toutes les sécrétions s’opèrent sans interruption ; l’exhalation et l’absorption se succèdent : jamais , dans l’état sain, la nutrition, quoique diminuant à mesure que l’âge avance, ne reste inactive. Le double mouvement d’assimilation et de désassimilation ne cesse qu avec la vie. Dans ce mouvement , les matières qui ne peuvent plus servir, et celles qui sont le résultat de la décomposition de nos organes, devenues étrangères, sont reprises par les vaisseaux absorbans veineux et lymphatiques , pour être transmises au dehors, sans quoi il surviendrait un désordre quelconque dans l’organisme.
Sans parler ici du grand mystère de la génération , si l’on veut étudier les opérations et les principaux phénomènes de l’organisme chez l’animal tout formé , il faut porter particulièrement son attention sur 1 absorption , la nutrition , la sécrétion , l’excrétion et l’exhalation. Ces grands actes de la vie qui sont le complément de la digestion , de la circulation et de la respiration , sont exécutés par les vaisseaux capillaires, qui ont une organisation, une sensibilité , une irritabilité et un mouvement qui les rendent propres à remplir la fonction à laquelle ils sont destinés.
Mais qui leur donne cette force , cette action , et qui
en dirige les raouvemens? sont-ce les nerfs qui les animent? et les nerfs ont-ils reçu du cerveau dont ils sont
les agens le pouvoir d’animer les vaisseaux ? Mais d’où le
cerveau a-t-il reçu cette faculté? est-ce de lui-même et
de son organisation particulière? Rappelons-nous le mécanisme de la formation des membranes accidentelles : nous voyons d’abord des globules de nos humeurs s’organiser , ensuite des fibres , des lames et des vaisseaux se développer dans ces membranes, sans que le cerveau y prenne aucune part, et toutes ces parties ont une force et un mouvement indépendans des nerfs. Ainsi , pourquoi une partie de l’action de nos organes ne serait-elle pas indépendante de l’influence du cerveau et des nerfs ? pourquoi le cerveau lui -même ne recevrait-il pas sa force , son action et toutes ses facultés organiques , du sang vivifié et animé dans le poumon par fair, aliment de la vie ? Mais ce n’est pas ici le lieu d’examiner toutes ces questions.
Les matières nutritives les plus saines absorbées dans le canal intestinal, si elles sont mal élaborées, comme cela peut arriver , lorsqu’on a pris une trop grande quantité d’alimens , ou lorsque la sensibilité et l’irritabilité des vaisseaux aborbanssont interverties, quoique la cause première qui a dérangé l’action de ces vaisseaux ait agi localement ; ces matières n’étant pas rejetées , iront porter au loin leurs eftets, et changeront pour un temps le mode d’action des parties ou même de l’organisme entier.
Il en est de même lorsque les vaisseaux prennent des matières excrémentitielles, l’urine, l’humeur de la transpiration insensible et de la sueur , la bile , le sang épanché et corrompu , et l’ichor cancéreux.
La même chose arrive encore, lors de la disparition de certaines tumeurs. Les matières qui les forment sont absorbées et rapportées dans le torrent de la circulation. Les exostoses, les hyperostoses, le phlegmon, l’érysipèle, les dépôts purulens, suite des tumeurs abcédées , sont dans certains cas entièrement absorbés. Il en est de même de la matière de toutes les inflammations et de tous les engorgemens , lorsqu’ils prennent la voie de la résolution; ainsi les parties dures * les parties moLesr saines ou malades , quel que soit leur état , peuvent être absorbées comme les fluides animaux. Les élémens organiques de nos solides , comme les élémens inorganiques „ sont les uns et les autres également absorbés, soit pour être reportés dans les voies de la digestion , afin d’y subir une élaboration nouvelle, soit pour être rejetés par les divers émonctoires , ou déposés dans quelque point du corps où ils peuvent donner lieu à mille accidens.
Les matières non corrompues étant prises par les vaisseaux absorbans veineux, ou par les lymphatiques, éprouvent sur- le- champ un mouvement par l’action même des bouches des vaisseaux qui les absorbent. Ce mouvement les convertit , comme l’a dit M. le professeur Àde- Son, en une matière analogue au fluide qui circule dans ces vaisseaux. Mais les matières corrompues éprouventelles ce changement en rentrant dans le torrent de la circulation? Le pus et l’ichor cancéreux que j’ai trouvés dans les veines prouvent le contraire.
Il est des matières absorbées qui doivent rester dans Sa circulation , et qui n’ont quà repasser par le poumon pour être revivifiées et y reprendre les qualités nouvelles dont elles ont besoin pour aller de nouveau concourir à la formation et à la réparation de nos parties?
telles sont nos humeurs séreuses, lymphatiques, synoviales , la graisse , etc.
Il en est d’autres qui ne peuvent plus servir et qui doivent être rejetées: elles ne pourraient rentrer dans la circulation sans produire le trouble et le désordre dans l’économie animale. La transpiration pulmonaire , l’insensible transpiration , la sueur et l’urine, sont de ce nombre.
Nous trouvons un autre ordre de matières , qui , après avoir été sécrétées par des organes parenchymateux, ou exhalées par la membrane muqueuse intestinale , ont besoin d’une élaboration nouvelle par les organes de la digestion pour rentrer après cela dans la circulation générale; telles sont les matières sécrétées par les glandes lacrymales et salivaires, par le pancréas, le foie, les follicules muqueux de Brunner et de Peyer , et par tous les pores exhalans qui sont répandus en très-grand nombre dans les voies alimentaires. Après avoir éprouvé une élaboration nouvelle par les forces digestives de l’estomac et du conduit intestinal , elles rentrent en partie dans la circulation par le moyen des absorbans. Mais une grande partie de ces matières reste dans les intestins, y forme le chyme, les fécès , et est ensuite rejetée et portée audehors.
Les excrémens ne sont donc pas seulement formés par le résidu de la digestion des alimens que nous prenons chaque jour; ils sont aussi le produit des matières reportées de toutes les parties du corps avec la salive : la bile, le suc pancréatique, gastrique et intestinal, et même quelquefois les alimens , ne sont pour rien dans la formation des fécès.
En effet , un individu , au bout de six semaines de
maladie, suite d’un flux dyssentérique , après avoir fait une diète rigoureuse et avoir pris de la manne et du catholicon , qui avaient donné lieu à plusieurs évacuations , eut le troisième jour de cette purgation une garde-robe très-abondante; cependant le malade n’avait pris journellement , pendant le temps de son indisposition, que des boissons en petite quantité , qui consistaient en bouillon de poulet, eau de riz et orangeade.
Une jeune personne , âgée de vingt-un ans , fut affectée pendant deux mois d’un dévoiement presque lientérique; elle rendait toutes les boissons comine elle les prenait . elle était depuis trois semaines à la diète la plus sévère. Le dévoiement cessa : il y avait plusieurs jours qu’elle n’avait point eu de garde-robe , et au moment ou 1 on se proposait de lui donner un lavement , elle alla naturellement à la selle, et rendit des matières molles comme en bonne santé. Gn en fut tellement étonné qu’on ne put pas croire qu’elle n’eût pas pris de nourriture. La femme de garde qui était près d’elle , accusée de lui avoir donné des alimens, fut renvoyée. Mais deux jours après cette demoiselle eut une nouvelle garde-robe comme la première. On ne sut alors sur qui faire tomber les soupçons. Toutes les précautions furent tellement prises par la famille, qui avait le plus grand intérêt à la conservation de cette jeune personne , qu’il était impossible qu’elle pût se procurer la moindre nourriture solide. Cependant , quoique la malade ne prît exactement qu un peu de bouillon et quelques boissons en très-petite quantité, elle eut encore une garde-robe de même nature et aussi copieuse que les deux premières. Alors, les parens et les médecins se perdirent en conjectures , et cherchèrent à expliquer comment ces matières pouvaient s’être arrêtées
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si long-temps dans le canal intestinal pendant que la malade avait eu le dévoiement. Tous restèrent d’ailleurs convaincus que ces matières étaient le résidu d’alimens pris avant la maladie, et qu’elles avaient séjourné jusqu’à ce moment dans quelque recoin de ce canal.
Pour moi, je pense que, dans ces cas , on était dans l’erreur : je vais tâcher de le prouver.
Les matières qui s’amassent dans le canal intestinal chez une personne qui n’a pas pris d’alimens depuis un certain temps , et qui sont seulement le résidu des parties animales qui après avoir rempli une fonction quelconque doivent être rejetées , ces matières sont-elles portées dans le canal intestinal par les artères ou les veines , ou par ces deux ordres de vaisseaux à-la-fois , ou bien par d’autres conduits ? Voici comment je crois que cette fonction s’opère.
Les artères cœliaque , mésentérique supérieure et mésentérique inférieure , ont à-peu-près une capacité égale à la moitié du calibre de l’artère aorte pectorale; ces artères réunies sont presque aussi grosses que la portion inférieure de l’aorte abdominale : elles doivent donc porter beaucoup de sang dans le pancréas, le foie, la rate, l’estomac , l’épiploon, le mésentère, et dans tout le canal intestinal. Les glandes lacrymales et salivaires sont pourvues aussi d’artères qui viennent d’une autre source. Une partie du sang que tous ces organes reçoivent est reprise par les veines; mais il en reste une trèsgrande quantité qui va servir à la sécrétion de l’humeur des larmes , de la salive , de la bile , du suc pancréatique , gastrique , du mucus nasal et intestinal.
Les fluides sécrétés par ces organes arrivent liquides dans les voies de la digestion, s’y mêlent avec les ali-
mens quand on en a pris ; mais si le canal intestinal est vide , ces liquides s’épaississent bientôt par l’absorption de la partie la plus fluide, et prennent la consistance qui leur est propre par une élaboration particulière que leur font subir les voies digestives , et les fécès sont formées comme lorsque l’individu a pris des alimens.
La quantité de l’humeur des larmes, de la salive, du suc pancréatique , de la bile, du fluide muqueux, que fournissent les glandes qui sécrètent ces humeurs dans un temps donné, est immense; elle est encore augmentée par l’humeur continuellement exhalée de toute la surface interne du canal intestinal.
Cette sécrétion a lieu soit pendant la digestion , soit hors le temps de la digestion. Dans ce dernier cas , ces humeurs n’ayant pas de fonction appréciable à remplir dans les voies alimentaires , une partie est absorbée après avoir subi une sorte de digestion nouvelle; l’autre reste , et est convertie en gros excrémens par l’action du tube intestinal et particulièrement du gros intestin.
Ainsi , les matières excrémenlitielîes formées par le débris ou le résidu de nos parties sont premièrement dans la masse des humeurs , et circulent mêlées avec le sang : de là une grande partie est transmise au-dehors par la transpiration cutanée et pulmonaire ; une autre partie n’est rejetée qu’après avoir été déposée et avoir séjourné quelque temps dans le gros intestin et dans la vessie.
Les matières qui ne doivent et qui ne peuvent plus servir à la réparation de nos parties , soit qu’elles soient encore dans les voies de la circulation et mêlées avec le sang, soit qu’elles soient sorties du cercle circulatoire, ces matières ont besoin d’être expulsées et régulièrement portées au-dehors dans un temps donné , de même que
les excrémens contenus dans les intestins , de même que l’urine contenue dans la vessie; sans quoi il faut s’attendre aux accidens les plus graves et à toutes les maladies.
Lorsqu’un individu éprouve quelque changement dans les évacuations naturelles ou accidentelles , cet état doit être apprécié par le médecin. Si les évacuations sont fréquentes et copieuses, le malade s’affaiblira par les pertes qu’il fera ; ou bien si les matières restent dans les intestins ou la vessie, ces organes seront irrités et causeront des accidens. Si, enfin, les matières excrémentitielles restent dans le torrent de la circulation, mille désordres peuvent survenir , à moins que bientôt une crise ne les porte au-dehors.
Les pertes causées pendant une abstinence de vingtcinq à trente jours se font remarquer par la diminution de volume et de pesanteur du corps. Il en est de même pendant une maladie et à mesure des progrès de l’âge.
Les personnes qui sont dans l’obésité ou dans un état apoplectique par suite d’un trop grand embonpoint , ne connaissent pas tous les avantages de l’abstinence des alimens pour diminuer cet état et l’influence du ventre sur le cerveau et sur les facultés intellectuelles. Cependant une abstinence trop long temps prolongée conduit à la consomption, qu’on voit aussi arriver par la perte de la salive, par l’abondance des crachats et des sueurs , par la durée trop longue du dévoiement, etc.
L’usage modéré des alimens ou d’alimens peu nourrissans , et surtout la privation totale de nourriture , forcent les vaisseaux absorbans à puiser dans le résidu des matières qui doivent être rejetées , soit que ces matières saines , malades ou dépravées , soient encore dans
les aréoles de nos tissus , ou qu’elles soient déposées dans le canal intestinal ou dans quelque autre réservoir ; car il reste encore dans les matières excrémentitielles de l’homme des substances nutritives.
Ainsi , l’animal privé d’alimens peut vivre pendant quelque temps par le moyen des sucs absorbés dans les matières et les humeurs récrémentitielles et même dans les excrémentitielles , mais seulement après qu’ils ont reçu une élaboration nouvelle par les organes de la digestion et par le poumon. L’existence peut être prolongée par le moyen de ces sucs , et l’individu peut rendre des matières fécales comme s’il usait d’alimens; mais cela ne peut pas durer long-temps, parce que les matières susceptibles de servir à la nutrition doivent être bientôt épuisées : et si cet état se prolonge , on voit non seulement la membrane muqueuse de la bouche , de l’estomac et de l’intestin se dissoudre et être absorbée , mais encore la substance des os eux-mêmes , comme on l’observe chez les personnes qui sont arrivées au dernier degré de phthisie et de consomption.
Les matières intestinales, l’urine, la transpiration cutanée et pulmonaire dont les humeurs se sont débarrassées par l’action des vaisseaux , par les pores exhalans , et qui sont régulièrement excrétées et portées au-dehors , font que la vie et la santé s’entretiennent. Le trouble dans l’une ou dans plusieurs de ces excrétions produit la maladie.
Chez un individu malade, dont les déjections sent suspendues, les matières qui reviennent de toutes les parties du corps sont , comme nous l’avons dit, continuellement portées malgré cela dans le canal intestinal; ffiais elles sont bientôt résorbées en grande partie K ot
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elles rentrent dans la circulation , après toutefois avoir été élaborées de nouveau par les organes de la digestion et vivifiées par l’air et le poumon. Une très-petite partie de ces matières est convertie en gros excrémens. Si elle n’est pas évacuée étant encore liquide, elle reste dans le gros intestin, prend de la consistance , et la constipation a lieu.
Toutes les matières nutritives entrent par les voies de la digestion , par les poumons , les pores de la peau. Les débris de nos parties sortent par les mêmes voies , ainsi que parles voies urinaires. Les matières prises servent à l’accroissement de nos parties et h l’entretien de la vie jusqu’à une certaine époque ; plus tard le décroissement et la cessation de la vie ont lieu par les pertes continuelles que notre machine ne cesse d’éprouver. Tant que le mouvement du dehors au dedans et du dedans au dehors s’exécute bien régulièrement , la santé se conserve. Le contraire arrive lorsque ce mouvement est dérangé. C’est dans ce double mouvement des matières animales que consistent la vie et la santé , et presque toute la physiologie.
Combien de troubles ne doit-il pas résulter de la cessation de l’absorption de l’air dans le poumon , lors d’une pneumonie, et de l’absorption des matières alimentaires dans le cas de gastro-entérite ! Mais il doit en arriver bien plus encore de la cessation de l’excrétion des matières qui ne peuvent plus servir à la réparation de nos parties. Ces matières n’étant pas rejetées doivent revenir sans cesse dans la circulation , et en y restant doivent troubler de plus en plus l’action des organes sains : si par leur présence, qui donne, complique et aggrave la maladie „ elles ne causent pas la mort, elles sont rejetées et for-
ment par leur expulsion ce qu’on nomme crise. Cette opération a lieu d’une manière sensible ou insensible par l’effet de la force médicatrice de la nature.
Que les matières de la crise soient le résultat d’une mauvaise digestion des alimens , d’un trouble dans la nutrition , causé par l’exaltation de la sensibilité ou de l’irritabilité des solides , qu’elles soient le produit du débris ordinaire de nos parties , qu’elles aient pénétré avec l’air que nous avalons avec les alimens, ou avec celui que nous respirons , qu’elles aient été absorbées par les pores de la peau ou introduites par une entamure faite aux tégumens , ou enfin qu’elles proviennent de la désorganisation que nos parlies peuvent avoir éprouvée , ces matières seront continuellement des causes d’irritation et d’inflammation, si elles ne sont pas séparées et rejetées ou portées au dehors par Faction des parties ou par les conduits excréteurs : cette expulsion , je le répète , a lieu par les forces vitales ou médicatrices de la nature.
Si le sujet est heureusement constitué, plusieurs de ces causes peuvent avoir pénétré dans nos parties , circulé avec nos humeurs, et enfin être rejetées sans avoir fait aucune impression sur les fluides ni sur les solidês , et sans avoir causé aucune indisposition. C’est sans doute ainsi que sont préservés des effets de la contagion un grand nombre d’individus qui vivent au milieu des épidémies les plus meurtrières : ils ont respiré les miasmes contagieux ; ils en ont avalé et absorbé sans en avoir éprouvé la moindre incommodité; d’autres en ont été malades , et la nature s’est débarrassée de ces miasmes par des crises.
Mais lorsque la nature ne peut pas rejeter par les couloirs naturels les matières devenues étrangères, elle les
réunit dans un point ou sur une partie , ce qui peut donner lieu aux maladies de tous les organes, à toutes les fièvres , aux exanthèmes , à la petite-vérole , à la rougeole , à la fièvre scarlatine, à la miliaire, à l’érysipèle , au phleg’ mon, au furoncle, à l’antrhax, à la pustule maligne, aux bubons, aux dépôts terreux, aux tumeurs lymphatiques et stéatomateuses , aux tubercules du poumon , du mésentère , etc. , etc.
D’autres fois la nature donne lieu aux abcès. Dans ce dernier cas le pus est porté au-dehors par une ouverture faite naturellement ou opérée par l’art. Mais quelquefois le pus que contient le dépôt est repris par les vaisseaux absorbans et est porté dans une autre partie , ou bien est transmis au-dehors par les couloirs naturels.
Ainsi la cause de la maladie se porte de l’intérieur vers un point du corps, et ensuite de ce point elle réagit sur d’autres parties ou sur l’organisme en général.
D’après ce qui vient d’être dit , on ne peut guère s’empêcher de reconnaître une fièvre qui existera depuis l’instant où la cause capable de la produire aura pénétré dans nos humeurs , jusqu’à ce qu’elle soit rejetée par les divers émonctoires , ou qu’elle se soit fixée sur un organe et ait déterminé une affection locale. Dans ce cas la fièvre prendra un caractère nouveau , et l’on peut alors admettre autant de fièvres qu’il y a d’organes affectés. L’intensité de la fièvre sera toujours en raison de l’importance des organes malades.
Ainsi on voit combien de maux doivent résulter du trouble, de l’irritation ou de l’inflammation des vésicules du poumon. Il en est de même de la membrane muqueuse de l’estomac et du canal intestinal : une simple irritation , l’inflammation la plus légère de ces parties peut
être la cause des maux les plus graves , et , comme l’a dit le professeur Broussais , une gastrite , ou une gastro-entérite , peut déterminer sinon toutes les maladies , du moins un très- grand nombre d’affections , et même la mort.
G est donc dans l’irritation et l’inflammation des villosités de l’estomac , de l’intestin , des pores et des follicules muqueux du canal alimentaire et de la membrane qui le tapisse , dans l’irritation des vésicules du poumon et des pores de la peau , et dans le trouble des humeurs , que sont les causes prochaines immédiates de presque toutes les maladies : les autres causes ne sont presque qu’ accessoires et éloignées.
Que l’on examine bien l’organe malade , quel qu’il soit , et l’on verra que la cause de l’affection part presque toujours d’un des points que nous venons d’indiquer, ou des voies urinaires. Mais la cause de la maladie peut passer lentement , ou rapidement et comme l’éclair, d’un organe à un autre, tant que le tissu n’en est pas altéré.
Dans tous les cas , on doit d’abord s’assurer si la maladie peut guérir d’elle-même, ou s’il faut aider la nature. Alors la saignée, moyen empirique puissant, la diète, moyen plus puissant encore , et les remèdes spécifiques doivent être mis en usage : mais , dans certains cas , les évacuans légers et même les forts purgatifs ne doivent pas être négligés.
Si les anciens étaient moins avancés que nous sur les détails de l’anatomie descriptive , ils n’en connaissait pas moins les lois de l’organisme et les rapports des viscères de l’abdomen avec les divers états du cerveau et de ses facultés. Ils savaient que la mélancolie, que les affections tristes que nous éprouvons, ou seulement la sombre teinte répandue sur nous par l’embarras des or-
ganes gastriques , disparaissaient par le moyen des purgatifs , qui en vidant les intestins faisaient place aux matières excrémentitielles circulant mêlées avec le sang, et devant aussi être transmises au-dehors en repassant par les voies alimentaires.
Saint Paul disait « que les Cretois étaient toujours » menteurs, de méchantes bêles et des ventres pares- » seux. Le médecin Uéquet entendait par ventre pares- » seux que les Crétois allaient rarement h la selle , et » qu’ainsi la matière fécale refluant dans leur sang les » rendait de mauvaise humeur et en faisait de méchantes » bêtes. Il est très-vrai qu’un homme qui n’a pu venir à » bout de pousser sa selle sera plus sujet à la colère qu’un » autre ; sa bile ne coule pas, elle est recuite; son sang » est aduste.
t Quand vous avez le matin une grâce à demander à » un ministre ou à un premier commis de ministre , in- » formez-vous adroitement s’il a le ventre libre ; il faut » toujours prendre mollia fandi tempora.
» Personne n’ignore que notre caractère et notre tour » d’esprit dépendent absolument de la garde-robe. Il y a » une grande analogie entre les intestins et nos passions , » notre manière de penser , notre conduite. » V oyez V oltaire , tome 26 , page 596 , édition de Détervilte.
Il est certain que les facultés intellectuelles sont quelquefois dérangées, lors du trouble des organes de la digestion, à-peu-près comme par la gêne qu’éprouve le cerveau dans ses mouvemens lorsqu’il est comprimé par les os du crâne , soit que leur épaisseur soit augmentée , ou que les sutures de ces os soient effacées. Examinons l’organe encéphalique dans ces deux états.
Ce que rapporte Marsollier dans la vie du cardinal
Ximenès vient appuyer un des points de la proposition* Après avoir fait un grand éloge de cet homme extraor dinaire , l’historien dit que « l’éclat de tant de qualités » brillantes fut un peu terni par quelques défauts. Ce » prélat fut fier, dur, opiniâtre, ambitieux, et d’une » mélancolie si profonde , qu’il était presque toujours in- » supportable dans la société et assez souvent à charge à » lui-même : cette tristesse pouvait venir de la conformation » de son crâne , composé cl9 un seul os sans sutures . »
Celte opinion est confirmée par l’observation et le raisonnement : en effet, les articulations des os du crâne sont regardées comme immobiles ; mais je crois qu’on se trompe; car si je les examine peu de temps après la naissance , je vois ces os , par une légère pression , chevaucher les uns sur les autres et présenter une mobilité très-apparente. Plus tard , et même jusqu’à la vingtième année , quoiqu’ils soient profondément engrenés , on peut encore, en les observant sur le cadavre, et sur une tête récemment décharnée , leur imprimer des mouvemens; et cela a même lieu jusqu’à l’époque la plus reculée de la vie , tant que les sutures ne sont pas effacées. Cette mobilité des os du crâne , quoique très-obscure, est non seulement nécessaire , mais encore extrêmement importante , pour que l’action , le jeu et les mouvemens du cerveau ne soient pas gênés. Tant que les os du crâne conservent leur mobilité , le cerveau continue de jouir de toute son énergie et de toutes ses facultés , si d’autres causes ne viennent troubler l’action de cet organe.
Mais après que les sutures sont effacées, et que les os du crâne sont soudés entr’eux, ils acquièrent quelquefois une grande épaisseur , se resserrent , diminuent la cavité encéphalique , la rétrécissent de manière qu’elle
( Si )
ne peut plus se dilater ou s’agrandir , compriment le cerveau , gênent son action , donnent lieu à la tristesse, à la mélancolie, à l’épilepsie, à l’idiotisme, etc. , et rendent souvent colère et emporté. Très-fréquemment, du moins , on ne peut assigner d’autre cause à ces étals ou à ces maladies.
Diverses causes peuvent léser l’action du cerveau chez les vieillards; mais jamais je n’ai vu que les facultés intellectuelles s’étaient conservées intactes dans ceux chez qui les sutures étaient complètement effacées à la surface externe du crâne, comme aussi on est sûr de toujours trouver les sutures co^onales et écailleuses, et souvent la sagittale et la lambdoïde, encore conservées dans les vieillards chez qui les opérations de l’entendement n’avaient pas été altérées. Tant que les os du crâne ne sont pas entièrement soudés entr’eux , ils exécutent un degré de mouvement suffisant pour ne pas gêner l’action du cerveau ni troubler les facultés de l’âme.
Cependant cette règle, quoique générale, offre des exceptions. J’ai vu des vieillards chez qui les os du crâne étaient soudés , les sutures entièrement effacées , et les individus étaient parvenus à un âge avancé sans que leurs facultés intellectuelles eussent été troublées d’une manière sensible : mais on voyait dans les changemens qui s’étaient opérés dans la substance des os du crâne combien la nature est ingénieuse à réparer ses écarts.
En effet , dans certains cas , très-rares à la vérité , des phénomènes bien différens de ceux que nous avons exposés s’observent aux os du crâne. On voit la substance diploïque se dissoudre, les deux lames compactes se rapprocher, mais rester séparées un temps plus ou moins long , jusqu’à ce que le diploé ait entièrement disparu.
Alors les sutures s’effacent , les deux tables de cette boîte osseuse se réunissent et ne forment plus qu’une lame mince. Dans ce cas la calotte du crâne offre peu de résistance; elle cède facilement à la pression, et la cavité semble augmentée de toute la diminution que les os du crâne ont éprouvée dans leur épaisseur ; dans ce cas aussi l’organe encéphalique se trouve, relativement aux os du crâne , à-peu-près dans la même condition que le cerveau des enfans (1). Il éprouve très-peu de résistance de la part des parois de la cavité qui le contient , et ses fonctions ne sont presque point dérangées , si d’autres causes ne viennent les troubler.
Saint Ignace de Loyola nous fournit un exemple de l’influence de l’altération des voies biliaires sur le cerveau. Entré chez les Dominicains de Manrèse en Catalogne, il y tomba dans une noire mélancolie , et étant un jour dans sa cellule , il eut la pensée de se jeter par la fenêtre pour finir ses maux. A sa mort, arrivée dans un âge avancé , son corps fut ouvert par RéalcL-Columbo » l’un des restaurateurs de l’anatomie. Il trouva des calculs biliaires qui étaient arrêtés dans la veine porte.
L’inflammation , l’adhérence , la perforation d’un point des parties correspondantes des conduits de la bile et de la veine porte , avaient sans doute permis à l’ouverture qui était résultée de l’usure de ces parties de livrer passage à ces calculs , et d’occasioner leur introduction dans le confluent de la veine porte. Il me semble que ce phénomène ne peut guère s’expliquer autrement.
(i) Quelquefois le crâne se ramollit, devient cartilagineux dans certains points , et en quelque sorte comme lors de l’existence des fontanelles. Il se perfore même çà et là , et les ouvertures qui en résultent sont bouchées par des expansions membraneuses,
Il est probable que les accidens qu’avait éprouvés le fondateur de l’Institution de la Société des Jésuites , dépendaient des efforts que la nature avait faits pour débarrasser les voies biliaires et pour rétablir le cours naturel de la bile. *
D’après ce que nous venons de voir , si les médecins des premiers temps étaient dans l’erreur sur l’existence de l’atrabile , s’ils ont cru que cet être imaginaire était sécrété par les capsules surrénales , par le pancréas ou tout autre organe situé dans les hypochondres , nous reconnaissons aussi combien leurs observations étaient exactes sur les rapports qui existent entre les dérangemens des fonctions des principaux organes de la digestion et la cause de certains troubles des facultés intellectuelles. On observe souvent des cas d’épilepsie, de convulsions et de tétanos , produits par la présence des vers dans les intestins , etc.
Ainsi, lorsque le cerveau est agité, et qu’il y a un peu de trouble dans l’action des principaux organes de la vie, on ne saurait apporter trop d’attention à l’état de l’estomac, du conduit intestinal; et d’après les fonctions de ces parties , il y a lieu d’être étonné de l’éloignement qu’on a eu pour l’usage des légers purgatifs et de l’abandon qu’on en a fait, quand on peut au contraire retirer de leur emploi d’immenses avantages.
Oui , il est des circonstances où non seulement les purgatifs légers doivent être employés , mais même les forts purgatifs si les premiers ne suffisent pas. Les occasions où leur emploi est nécessaire sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense aujourd’hui. Voici comment je me suis convaincu de leur nécessité.
J’ai été souvent consulté par des personnes qui éprou-
valent fies vertiges , des élourdissemens , qui à chaque instant craignaient de tomber, et se croyaient avec raison menacées d’une attaque d’apoplexie. Chez quelques su jets cet état était accompagné d’une grande lenteur dans les mouvemens du pouls; chez d’autres, quoiqu’il n’y eût pas de fièvre, le pouls était fréquent , petit, irrégulier; les mouvemens du cœur étaient très-tumultueux; ils se faisaient sentir sur une grande surface , de manière à faire croire à l’existence d’une dilatation anévrysmale des parois des cavités de cet organe.
Chez ces sujets la respiration était plus ou moins gênée , mais chez quelques-uns elle était tellement difficile que quelquefois ils se croyaient près de suffoquer. Ils ne pouvaient supporter aucune pression ni sur le ventre ni sur la poitrine. Les vêtemens les plus légers s’opposaient à l’entrée de l’air dans le poumon. Tous ces symptômes augmentaient pendant le travail de la digestion , et cette fonction était souvent troublée ou rendue plus ou moins difficile selon l’espèce d’alimens que ces personnes avaient pris : alors le ventre se ballonnait considérablement ; les malades éprouvaient un sentiment pénible et quelquefois douloureux en haut de l’abdomen , dans la région de l’estomac. Tous ces individus étaient très-constipés , avaient des borborygmes et des flatuosités. Ils se trouvaient soulagés lorsqu’ils rendaient quelques vents, mais ce bien élait de peu de durée lorsqu’il n’était pas suivi d’une selle.
Si après huit à dix inspirations incomplètes , ces personnes en faisaient une bonne , leur malaise diminuait un peu ; mais les inspirations suivantes étaient de nouveau difficiles. Lorsque les malades passaient dans un lieu où l’air était pur et frais , ils s-e sentaient soulagés; bientôt ils
retombaient flans les mêmes souffrances jusqu’à ce que la digestion fût terminée. Alors quoiqu’étant toujours dans un état de malaise , ils étaient cependant moins souffrans.
J’ai vu des malades qui après avoir pris une cuillerée de liquide éprouvaient des douleurs , des crampes d’estomac, des coliques violentes qui se terminaient par des vomissemens , et ces accidens devenaient si fréquens qu’ils ont fait craindre chez quelques personnes qu’elles fussent affectées d’un rétrécissement ou d’un squirrhe au pyl ore. En général la plupart de ces individus dorment peu , et le sommeil ne leur vient qu’après qu’ils ont été fatigués par la difficulté de respirer. Quelquefois ils se réveillent en sursaut , parce qu’ils se sentent près de suffoquer , et ils ne finissent par dormir d’un sommeil tranquille, qu’après avoir été pendant plusieurs heures dans un état très-pénible.
D’autres atteints par les mêmes causes se plaignent continuellement; ils disent souffrir par tout le corps; ils accusent des douleurs tantôt dans une partie , tantôt dans une autre , quoique tous les organes paraissent sains et que toutes les fonctions s’exécutent bien , excepté l’émission des matières fécales , qui est rare et difficile. Ces personnes sont tristes, mélancoliques ; elles sont à charge à elles-mêmes et font le désespoir de leur famille et de ceux qui sont obligés de vivre avec elles. On dit que ces individus sont des malades imaginaires, des hypochondriaques ; on ne veut plus les écouter et on cesse de les plaindre. Souvent ces malheureux , dégoûtés de la vie, ne pouvant plus la supporter, finissent par avoir l’esprit troublé et par se donner la mort.
J’ai vu cette maladie dans les étals que je viens d’indiquer aussi souvent chez les femmes que chez les hom-
mes; les jeunes gens n’en sont pas exempts : mais les hommes fatigués par l’étude , par les méditations et les travaux de l’esprit , y sont particulièrement sujets.
Après avoir employé sans succès chez tous ces malades les saignées , les sangsues , les ventouses , les vésicatoires , les bains chauds et froids , les antispasmodiques , les caïmans , les narcotiques , tels que les éthers , l’oxide de zinc, de bismuth, le casloréum , l’assa-fœtida , le musc, l’opium sous toutes les formes, etc. ; après m’être assuré qu'ils n’avaient dans l’abdomen ni au thorax aucune altération appréciable pour mes sens , et après avoir vu qu’ils étaient seulement constipés, qu’ils se trouvaient soulagés quand ils rendaient quelques vents, et que le soulagement qu’ils éprouvaient durait pendant quelques jours lorsqu’ils avaient une selle, alors réfléchissant sur le désordre qui devait résulter de l’interruption trop long-temps prolongée d’une des plus grandes fonctions de la vie , je n’ai plus douté de la cause de tous ces accidens.
En effet, comme nous l’avons déjà dit, quatre voies sont établies par la nature pour l’émission des débris du résidu de nos parties qui ne peut plus servir à la réparation des pertes faites par nos organes dans l’exercice de leurs fonctions. Ces voies sont les pores pulmonaires , les pores cutanés, les voies urinaires, mais particulièrement le canal alimentaire. Une de ces voies interrompue peut être jusqu’à un certain point remplacée par les trois autres; mais la sortie régulière des matières excrémentitielles par le canal alimentaire ne peut être suppléée par aucune autre voie. Ces quatre émonctoires ont de l’analogie, mais ils agissent cependant d’une manière un peu différente. L’humeur de la transpiration pulmonaire et de la transpiration cutanée est rejetée et ne peut rentrer
dans la circulation sans causer des accidens. L’urine déposée dans la vessie peut être absorbée : si l’absorption est en petite quantité les fonctions en seront à peine dérangées ; mais lorsqu’il y a rétention prolongée de ce liquide dans la vessie, les plus grands désordres peuvent survenir non seulement par la distension et les crevasses que cet organe peut éprouver , mais encore par l’absorption de l’urine et par son séjour dans les voies de la circulation. Tout ce qui peut arriver dans ces divers cas est à-peu-près connu; mais ce qui ne l’est pas de tous les médecins , ce sont les accidens produits par la stagnation des matières stercorales dans les intestins.
Lorsque par leur séjour prolongé dans le gros intestin les matières ont pris de la consistance, se sont durcies, l’expulsion par les seules forces de la nature en devient difficile et souvent impossible. Cependant l’animal peut encore jusqu’à un certain point digérer avec l’estomac et la portion grêle de l’intestin; mais tout le canal alimentaire ne participant pas également à l’exécution de la fonction, la digestion sera imparfaite, non seulement parce que le cours du chyme sera interrompu, mais encore parce que la portion libre du canal, sympathiquement irritée par le trouble de la portion remplie par les matières fécales, donnera lieu à un commencement de désordre dans l’organisme. Combien ce désordre ne sera-t-ii pas augmenté, lorsque des aîimens pris, la salive, la bile, le suc pancréatique, le mucus intestinal sécrêtés , et le fluide exhalé par les pores de la portion libre de l’intestin viendront accroître la masse des matières contenues dans ce canal ! Ces matières mal élaborées ou mal digérées, fourniront un chyle qui ne pourra rentrer dans la circulation sans y porter le trouble, et le résidu
de ces matières formant les fécès , ne trouvant pas assez de place dans le gros intestin, ne pourra point y entrer, ou n’y pénétrera qu’avec effort , causera des douleurs de coliques , et plus tard des crampes d’estomac. Le malade ne pourra plus supporter aucun aliment, et rejètera même par le vomissement la plus petite quantité de boissons. J’ai vu des personnes ne prendre qu’avec la plus grande répugnance une cuillerée à café de lait d’ânesse, par la crainte de la douleur et du vomissement. Tous ces effets sont encore locaux; mais que ne doit-il pas arriver du séjour continuel des matières excrémentitielîes formées du débris du résidu de nos parties coulant mêlées avec le sang dans le cercle circulatoire , et passant de là dans nos organes pour en réparer les pertes nouvelles ! Les effets de ces désordres sont incalculables. Ceux que j’ai indiqués en sont réellement la suite , et tous disparaissent ordinairement par le rétablissement de la déjection périodique et régulière des matières slercorales, à moins que le trouble de cette fonction ne soit ancien et n’ait déjà donné lieu à l’altération du tissu de quelque organe.
Parmi les cas qui se sont présentés dans le cours de ma pratique j’ai recueilli dix-sept observations, et sur
quinze le traitement que j’ai employé a eu un plein suc-
cès. Je passe poi^r le moment ces observations sous silence. J’en indiquerai seulement une ici , parce que la malade a été vue par deux confrères très connus par leurs écrits , et par les places qu’ils ont gagnées dans des concours honorables.
Je fus appelé, il y a environ quatre ans, rue Neuve des- Bons Enfans, n°. 19, pour voir une dame de ma connaissance qui éprouvait des douleurs dans l’abdomen et
de fortes coliques. Les souffrances de celle personne étaient tellement violentes qu’on fut obligé, le médecin de la maison étant indisposé, de réclamer sur-le-champ les secours de deux médecins du voisinage. A mon arri * vée je trouvai près de la malade MM. Mar tin- Solon et Piorry. La médication employée par ces deux confrères avait déjà calmé les douleurs. D’après les détails qu’on me donna de la maladie , je crus que cette crise était l’effet d’un accès de colique hépatique.
Au bout de quelques semaines je rencontrai M. Biel , officier de santé, médecin ordinaire de cette personne; je lui en demandai des nouvelles; il me dit que depuis dix-huit ans que cette dame était malade, il n’avait pas discontinué de lui donner des soins, mais sans succès; qu’il jugeait qu’elle avait une maladie organique de l’estomac , qui était au-dessus des re^ources de la médecine, et qu’on ne pouvait recourir qu’à l’emploi des moyens palliatifs, afin de rendre autant que possible son mal et toutes ses souffrances supportables. /
Quatre ou cinq mois après je fus rappelé près de cette personne. Elle me dit que M. Biel son médecin venait de mourir et qu’elle désirait que je lui donnasse mes soins. Les fortes instances qui me furent faites me forcèrent malgré moi à me charger de cette malade, que je trouvai dans un état extrême de faiblesse et d’amaigrissement. Elle avait la bouche mauvaise et la langue blanche. Tout l’abdomen était le siège des plus vives douleurs, et l’estomac ne pouvait plus rien supporter. Une cuillerée de lait ou d’eau de poulet était sur-le-champ rejetée par le vomissement et avec des douleurs intolérables. 11 y avait dix jours qu’elle n’était allée à la garde-robe, et elle me dit qu'une constipation opiniâtre était son état habituel»
Le pouls était petit , serré et de la plus grande vitesse. La malade eut en ma présence une faiblesse qui dura quelques instans ; je lui fis prendre une cuillerée d’une potion élhérée qui excita presque aussitôt un effort de vomissement, par lequel furent entraînées plusieurs gorgées de bile noire, épaisse, comme celle qui a longtemps séjourné dans la vésicule biliaire. Bientôt après elle parut plus calme, ce qui me permit d’explorer l’abdomen et de m assurer de son état.
Cette personne était tellement maigre que la paroi antérieure de l’abdomen touchait presque la colonne vertébrale , et malgré la sensibilité et la douleur des parties, je pus facilement reconnaître que le foie , la rate et l’estomac étaient sains. Cependant une tumeur dure, résistante , que je sentis un peu au-dessus du tiers moyen de la portion montante du colon , me fit craindre que le pylore, devenu squirrheux, ne fût descendu jusquelà , en entraînant l’extrémité droite de l’estomac avec lui. Je poursuivis mes recherches , et je trouvai dans le flanc gauche et sur le trajet de la portion descendante du colon , trois autres tumeurs dures et du môme volume à-peu-près que la première. Cet état de l’abdomen s’étant déjà présenté chez plusieurs malades, je ne doutai pas que toutes ces tumeurs ne fussent produites par la présence de matières stercoraîes épaissies, durcies, et arrêtées dans le trajet du gros intestin. En conséquence je n’hésitai pas sur la première médication à mettre en usage.
Je commençai par faire donner à la malade un lavement avec une forte eau de savon, afin d’exciter seulement la partie inférieure du canal intestinal. Ce lavement fut gans résultat. Immédiatement après je lui fis prendre une
cuillerée à café d’un mélange fait avec quinze grains de calomélas et une once de miel. Elfe reprit la même dose de ce mélange tous les quarts-d’heure jusqu’à la fin; cinq heures après elle eut besoin d’aller à la selle; elle rendit quelques matières extrêmement durcies , accompagnées de beaucoup de fluide muqueux ; elle se trouva un peu soulagée , mais très-affaiblie : elle prit quelques cuillerées de bouillon, qui passa avec un peu de peine, mais qu’elle ne rendit pas.
Le lendemain deux pilules d’aloès de cinq grains chacune furent prises à une heure d’intervalle ; vers midi elles furent suivies d’une garde-robe abondante, composée de matières dures , marronnées , et de matières liquides. Quoiqu’alïaiblie par ces évacuations , la malade se trouva mieux, et éprouva le besoin de prendre quelque boisson qui la soutînt un peu , ce que , depuis longtemps, il ne lui était pas arrivé de désirer. Je lui conseillai de boire une cuillerée de bouillon de poulet toutes les heures, ou bien du lait coupé. Elle eut d’abord une grande hésitation à suivre ce régime par la crainte de voir revenir les accidens; mais comme ces liquides passaient sans lui causer de douleur , elle en continua l’usage : elle ne tarda pas à sentir le besoin de prendre une nourriture plus substantielle ; alors je la mis à l’usage de potages de fécules, de soupes , de confitures, de fruits cuits , etc.
Le besoin d’aller à la garde-robe ne se faisant pas sentir, je purgeai la malade tous les trois jourg avec de légers laxatifs : elle prit alternativement de la manne , de l’eau de Sedlitz , du sulfate de magnésie , de la crème de tartre, des pilules d’aloès; mais elle usa surtout de la rhubarbe, que je donne souvent dans ce cas, préparée
de la manière suivante : Je fais infuser à froid , pendant vingt-quatre heures, dans une pinte d’eau, demi-once de rhubarbe en poudre , et après avoir filtré la liqueur , j’ajoute deux onces de sirop de gomme ou de guimauve, et une once deau de fleurs d’oranger, Deux ou trois tasses de cette infusion prises le matin à jeun , purgent légèrement sans fatiguer les voies alimentaires.
Au bout de deux mois de traitement, la malade fut mise au même régime que les personnes de sa famille. Quoiqu’un peu faible encore , elle avait repris une grande partie de son embonpoint et surtout de sa gaîté, qu’elle avait perdue depuis dix huit ans.
Je l'engageai à se tenir le ventre libre et à ne laisser jamais passer le troisième jour sans avoir une garde-robe. Je lui établis au côté droit de la poitrine un cautère, entré la septième et la huitième côte. Cette dame a repris sa force et toutes ses anciennes habitudes ; depuis lors elle n’a point été indisposée , et elle se porte trèsbien aujourd’hui.
La plupart des phénomènes que j’ai énumérés plus haut s’observent quelquefois chez certains sujets , quoique leurs intestins soient vides ou contiennent très-peu de matières ,* alors les accidens sont produits par la suppression des excrétions et par le séjour des matières excrémenlilielîes restées dans le cercle circulatoire , mêlées avec le sang, et qui n’ont pu être séparées de la masse des humeurs et portées au dehors par les voies gastriques.
Deux individus atteints de la plus profonde tristesse et de la plus noire mélancolie , moururent après de longues souffrances : ils avaient éprouvé des douleurs dans le ventre, des vomissemens fréquens; ils avaient eu des garde-robes de matières muqueuses , rarement de ma-
Itères stercorales ; la plupart du temps ils n’allaient pas à la selle et n’en éprouvaient pas le besoin , tant parce qu’ils ne prenaient pas d’alimens , leur estomac ne pouvant presque rien supporter, que parce que les matières excrémentitielles n’étaient pas reportées dans les voies digestives.
A l’ouverture de leur corps nous avons trouvé le foie sain , mais peu développé , la vésicule biliaire très-petite, comme atrophiée , ne contenant point de bile ; le pancréas avait à peine la moitié de sa grandeur ordinaire ; la raie, bien plus volumineuse que dans l’état normal, offrait beaucoup de densité; l’estomac, rétréci, de forme allongée , avait ses parois épaissies. L’intestin , extrêmement distendu par des gaz , avait sa tunique interne amincie , on la distinguait à peine ; mais la chose la plus remarquable , c’est que, depuis l’estomac jusqu’au rectum , tout le canal intestinal, rempli par des gaz, ne contenait aucun liquide , et les matières solides qui se trouvaient dans une anfractuosité de la portion montante du colon , auraient pu être à peine évaluées au poids d’une demi-once.
Chez ces deux malades on n’avait employé que les antiphlogistiques , les antispasmodiques et les caïmans. Je ne sais pas jusqu’à quel point on aurait pu faire usage de légers purgatifs , et s’ils auraient eu du succès pour rétablir l’action des voies digestives.
Les indispositions que je viens d’indiquer ne sont pas les seules dans lesquelles l’emploi des purgatifs est nécessaire : je ne parle pas pour le moment de toutes celles qui pourraient en demander l’usage ; mais si l’on examine bien l’effet de l’action des pores absorbans , et ce qui se passe dans tous les couloirs de l’économie ani-
male, on conçoit que les remèdes spécifiques , que surtout les émissions sanguines faites avec mesure, que le régime alimentaire bien dirigé et les purgatifs convenablement employés peuvent rétablir la santé , prolonger la vie, et pourraient même , non pas changer la constitution animale, mais beaucoup la modifier.
Pour terminer , je répète ici avec Bicbat et la plupart des physiologistes de notre époque , ce que les anciens avaient dit avant nous.
Un double mouvement s’exécute dans l’organisme : l’un compose sans cesse, l’autre décompose l’animal. Telle est en effet sa manière d’exister , que ce qu’il était à une époque il cesse de l'être à une autre. Son organisation reste toujours la même , mais les élémens en varient à chaque instant. Les molécules nutritives sont en effet tour-à-tour absorbées et rejetées.
L’organisme est accommodé à cette circulation continuelle de la matière : un ordre de fonctions assimile à l’animal les substances qui doivent le nourrir; un autre lui enlève ces substances devenues hétérogènes à son organisation après en avoir fait quelque temps partie.
L’ordre d’assimilation résulte de la digestion , de la circulation , de la respiration et de la nutrition. Toute molécule étrangère au corps reçoit, avant d’en devenir l’élément , l’influence de ces quatre fonctions. Quand elle a ensuite concouru quelque temps à former nos organes , elle en est enlevée par l'absorption , et transmise dans le torrent circulatoire où elle est charriée de nouveau , et d’où elle sort par l’exhalation pulmonaire ou cutanée, et par les diverses sécrétions.
L’absorption, la circulation, l’exhalation, la sécrétion forment l’ordre de désassimilations. Il suit de 1k que
ïe système satiguin est un système moyen où circulent confondues les molécules qui doivent être assimilées , et celles qui ayant déjà servi à l’assimilation sont destinées h être rejetées; en sorte que le sang est composé de deux parties , l’une qui vient des alimens et des matières récrémentitielles , et où la nutrition puise ses matériaux; l’autre excrémentitielle , qui est comme le débris, le résidu de tous les organes, et qui fournit aux sécrétions et aux exhalations extérieures.
Lorsque l’assimilation cesse en partie , comme on le voit , par les progrès de l’àge et dans les maladies , la désassimilation s’exerçant %u même degré , il survient l’affaiblissement , la maigreur , le marasme et la mort. Ainsi l’animal se consume dans une alternative d’assimilation et de désassimilation et d’excrétion.
C’était sur ce mouvement des fluides et des solides animaux que les anciens avaient établi leur opinion sur ce qu’ils nommaient les années climatériques , par lesquelles ils désignaient certaines époques de la vie qu’ils regardaient comme critiques.
Quoi qu’il en soit de leur manière de voir à cet égard , la vie de l’homme a une durée à-peu-près déterminée, et elle n’est abrégée que par des causes accidentelles. Tout en lui se fait selon certaines règles. On peut savoir combien de temps mettent les os de quelques animaux à se renouveler , presque aussi facilement qu’on peut connaître la marche que suit le renouvellement des poils et des ongles. Nous éprouvons des variations dans notre constitution à des époques assez bien connues pour pouvoir être prévues et indiquées d'avance. La première et la seconde dentition , la menstruation , la grossesse et l’accouchement ont lieu en des temps et à des époques
peu variables. Chez une personne en santé , sobre , bien constituée , on peut jusqu’à un certain point déterminer le temps que dure le iravail de la digestion. Les artères donnent de quatre à cinq pulsations pendant le double mouvement d’inspiration et d’expiration ; dans les rapports de ces mouvemens , il n’y a de cbangemens que lorsque les fonctions sont troublées par une cause quelconque , etc. , etc. > etc.
On peut en dire autant des maladies aiguës. La durée de là petite-vérole, de la vaccine, de la rougeole , delà scarlatine est , à peu de chose près , assez bien déterminée. Le phlegmon, l’éry#ipèîe, la pleurésie, la pneumonie sont dans le même cas. On observe la même chose dans toutes les inflammations des viscères de l’abdomen.
Si le rhumatisme aigu guérit rarement avant le quatorzième jour , il est très-rare de lui voir dépasser le ^vingt-huitième, à moins qu’on n’ait employé une mauvaise médication.
L’action et les mouvemens de nos organes peuvent être différons dans l’état de santé et dans l’état de maladie , mais dans ces deux manières d’être, dans chacun de ces états , les mouvemens sont réguliers; et s’il survient quelque changement dans l'ordre établi par la nature sur la marche des fonctions et des maladies, cela est dû à quelque cause accidentelle qu’il n’est pas toujours possible d’apprécier.
Lorsqu’une inflammation s’est terminée par une résolution régulière dans les six ou sept premiers jours , la partie qui en est le siège reprend son premier état; mais lorsque l’inflammation ne disparaît qu’après cette époque , il arrive souvent que la partie qui en est atteinte est changée de nature ou transformée en une autre sub-
stance qui offre un aspect ou un tissu nouveau. Les substances de cette espèce sont du ressort de l’anatomie pathologique.
Mais que nous considérions l’hcftnme sain ou l’homme malade, il faut toujours nous rappeler que nos organes sécréteurs et excréteurs vivifiés par le sang , et en quelque sorte greffés autour du cercle circulatoire formé par le cœur, les artères et les veines, sont entièrement sous la dépendance d’une force intérieure qui à notre insu en détermine l’action , en dirige les mouvemens au moyen des nerfs qui animent le tissu de nos parties.
D’après ce que je viens d’exposer dans ce Mémoire, on voit que je regarde le solidisme et l’humorisme comme deux choses inséparables ; que j’ai la conviction que des crises dans les maladies ont réellement lieu et tiennent à l’essence de l’organisation et de l’organisme. Enfin je crois que la force médicatrice de la nature est produite par la même cause qui entretient l’existence de l’homme.
Mais quelle est cette cause P en quoi consiste-t-elle? il est probabTe que long-temps encore les efforts des meilleurs esprits qui chercheront 5 la découvrir iront échouer contre les obstacles nombreux qui empêchent d’arriver jusqu’à la connaissance du principe qui constitue la vie, et d’où dépend ce qu’on nomme la force médicatrice de la nature.
( Extr. de la Revue Médicale et Journal de Clinique, Mai 1829. )