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SART

PAYS DE FOIX : Raoul Lafagette (Les Chants d'un Montagnard, les Pics et les Vallées) ; Prosper Estieu ; Albert Tournier (Des Alpes aux Pyrénées).

FRANCHE-COMTÉ : Charles Grandmougin (La Vouivre, les Contes Francs - Comtois) ; Frédé-

ric Bataille ; Maurice Morel ; Charles Beauquier, député ; Louis Pergaud ; Edouard Grenier ; Marie Dauguet ; Eichard Chevassus ; Léon Deubel (La Lumière Natale).

GASCOGNE ET AGÉNOÎS : Emmanuel Delbousquet {Le Mazareilh, VEcarteur, etc.) ; Philadelphe de Gerde ; Armand Praviel ; Marc Varenne (La Source Claire) ; Paul Maryllis ; Valmy-Baysse ; Boyer d'Agen (Le Pays Natal) ; Mlle Berthe de Puybusque (Pascalette) ;Mme Elodie Gibert (Niyrlhinn)\ Remy Couzinet (Rémo).

ILE DE FRANCE : (Yveline, Hurepoix, Pincerais, etc.) ; Pierre Lelong (Au pays des Grenouilles bleues) ; A. Douchin (de Rambouillet); Albert Mérat; M C. Poinsot (Les Minutes profondes, Littérature sociale, etc.); P. Gauthiez ; Emile Dodillon ; Ch. Forteau ; A. Eobida ; Martine ; Gabriel Husson ; Louis Denise ; Georges Denoinville ; René Delaporte ; Gaston Mathey ; Léon Deloncle, etc.

LANGUEDOC : Félicien Court ; André Magre (Poèmes de la Solitude) ; Maurice Magre (La Chanson des Hommes, La Conquête des Femmes, etc.); Jean Violis (L'Emoi, Monsieur le principal) ; François Périlhou ; Marc Lafargue ; Roger Frêne ; Henry Beauquier ; L. Dauphin ; Ernest Gaubert ; Pierre Hortala ; Paul-Hubert (Les Horizons d'Or, Au cœur ardent de la CzÏ^/Marius Labarre ; P. Lizop ; Maffre de Beaugé ; J. -Charles Brun, délégué général de la Fédération régionaliste Française ; Célestin Pontier ; Arna vielle ; Paul Redonnel ; Xavier de Ricard ; Henry Rigal (Mounette) ; Fernand Rivet (La Servitude) ; Touny-Lérys ; André Tudesq

HORIZONS DE PROVINCE

(Les Magots cV Occident) ; Joseph Loubet ; Achille Rouquet ; J.-E. de Brousse (Lo Corn de Roland, etc.) ; J. de Lahondès (La Métropole de Saint- Etienne) ; Henri Rachou ; Alexandre Coutet ; Louis Théron de Montaugé (La Terre qui chanté) ; Louis Sicre ; Max Théron ; Louis Béchet ; Léon Soulié ; Clément Rigal ; Armand Praviel ; Léopold Gros.

LIMOUSIN : Alexis Jaubert ; Marcel Tinayre (La Maison du Péché, etc.) ; Jean Nesmy; Edouard Mtchaud ; Joseph Roux ; Sernin Santy ; Pierre Verlhac et Henri Monjauze ; Eusèbé Bombal ; Fernand Vialle ; Georges Glavaud ; Johannès Plantadis ; L. de Nussac ; Dr Charbonnier ; A.- C. Lavauzelle ; Marcel Mielvaque ; Alfred Merpîllat ; Alexis Patraud ; Stanislas Surun ; Jean Rebier.

LORRAINE : Henri Poincarré, Alfred Mézières ; René d'Avril ; Emile Hinzelin ; Henri Aimé ; Gabriel Cunche ; Maurice Pottecher, directeur du Théâtre de Bussang ; Paul Briquel; Mme E. Roy ; René Perroud (Autour de mon clocher) ; Désiré Ferry; L. Marin, député ; Jacques Nayral (Le miracle de Courteville) ; Georges Garnier ; Emile Moselly ; Emile Darnaville ; Charles Vanazzi ; Clauteaux ; Paul Simonnet ; Charles Henrion ; Charles Guérin ; Léon Tonnelier ; Silvercruys ; Fernand Bal-

DEUNE ; EDGAR REYLE ; CHARLES SADOUL, etc.

LYONNAIS ET FOREZ : Mme Jean Bach- Sisley ; Petrus Durel ; E. Vingtrinier (Le Lyon de nos pères) ; Auguste Bleton ; Antonin Lugnier ; Léon Clédat ; Antoine Sabatier ; José de Bérys ; Gabriel Sarrazin ; J.-F. Gonon ; J.

Fournier-Lefort ; Daniel Sivet ; G. de Fusty ; Eenê Gonnard ; Louis Raymond ; Joanny Bricaud ; David Cigàlier ; L.-R. Barnouin ; Frédéric Gunther ; Louis Sigaud ; Paul Mariéto^ ;. Antoine Duport.

NIVERNAIS ET BOURBONNAIS : Achille Millien, Directeur de la Revue du Nivernais {Aux champs et au Foyer, La Moisson ,etc) ; L'abbé Félix Chaventon ; L.-M. Poussereau (Histoire de Decizes et de ses environs, etc.) ; Emile Guillaumin (La Vie d'un simple. Rose et sa «Parisienne», etc.) ; Joseph Serre ; M. Langlois ; L. Grégoire, etc.

NORMANDIE : Henri Beauclair ; Boissière; Beuve ; Léon Berthaut ; Eené Le Cœur, Henry Romanichel ; Lucie Delarue-Mardrus {Horizons, la Dame de Proue, etc.) ; Ch. -Th. Féret (La Normandie exaltée, Du Bidet ait Pégase, etc.) ; Paul Harel ; L. Haugmard ; Le Sieutre ; % Edward Montier ; Gaston de Raismes ; Achille Paysant ; G. Thouret (Mon Ame) ; Guy de Lourcade (La Bride sur le cou) ; Léo de Ker ville (de Fécamp) ;*Jean Revel ; Georges Tis ; Daniel

DE VENANCOURT ; ROBERT DE LA VlLLEHERVÉ,

Dr de la Province ; Octave Encoignard ; Paul Labbé {Le Sentier Fleuri) ; Jules Gentil ; Jacques Hébertot ; Gustave Leroy ; Alexandre Adam ; F. Schalck de la Faverie ; Ch. Letrésor ;.F. A. Yard ; J. Vautier ; Jean Bertot ; Edmond Groult ; J. Soudan de Pierrefitte ; Léon Moine ; Jean Poujade ; Louis Jules Hilly ; Gaston Verdier ; ^Maurice Dedessuslamarre ; Roger Allard ; André Gohé ; Valéry Pouillat ; Albert René ; Jules Heuzey ; Etienne Souchon ; de Vorti ; Colette Yver, etc.

PÈRÎGORD : Henri Cellerier ; Maurice Vitrac, historien ; Cubélier de Beynac ; M. Féaux ; Jean Alfred de Tarde (Hors la vie) ; Georges Margat ; A. René Berton-Gadaud ; Robert Benoit (Les Bigoudis) ; Camille Chabaneau (Grammaire limousine, Biographies des Troubadour 's, etc.); René Lavaud ; A. Dujarric-Descombes ; Louis Simon ; Georges Bussière ; J. Daniel ; Emile Labroue ; G. de Gandillac ; L. Baillet.

PICARDIE : Philéas Lebesgue (Aux fenêtres de France, V Au-delà des Grammaires, etc ) ; G. -H. Quignon ; Paul Maison ; Ernest Prarond (La Ligue à Abbeville, A la chute du jour, etc.) ; Paul Eudel ; Marius Touron ; Antonie Bout (Pages de la Vie Idéale) ; Fernand Poidevin ; Henri Delis le (Pour la Cité, Heures, etc.) ; Hector Crinon ; Edouard David (T-cho Doère) ; Fernand Halley ; Gaston Chantrieux ; Mlle Suzanne Caille ; Vayson (d; Abbeville) ; Maurice Thiéry ; Adrien Huguet ; Paul Nagour ; Henri Caron ; Jules Roy ; V. Brandicourt ; Alcius Ledieu ; Maurice Garet ; Lcuis Seurvat ; Ernest Dumont ; A. Belval-Delahaye.

POITOU ET VENDÉE : Auguste Gaud {Ca boche de fer, les Chants d'un rustre, etc.) ; Auguste Barrau (Fleurs d'enfer) ; E. Bocquier ; Martineau ; le docteur Pierre Corneille ; Marcel Béliard (Mystica) ; Marcel Batilliat (La Vendéeaux-genêts , etc.) ; Raoul Mortier ; Angel Verdeau ; A. F. Hennequin ; (La Viole d'Ebène); René Yallette ; Francis Eon; Jehan de la Chesnaye ; Francis Lello ; F. de Beautranchet ; André Chiron, etc.

PROVENGE : Jean Aicard (Miette et Noré, Roi de Camargue, Maurin des Maures, etc.J ; Fré-

déric Mistral (Mlreio, Lis Isclo d'or, Calendauy etc.) ; Joachim Gasquet (les Chants séculaires) ; Emile Ripert ; Jean Renouard (Provence) ; Paul, Souchon ; Fernand de Rocher (Au temps des Cigales, les Particulés) ; Charles Méré (Races de Soleil etc.) ; Augustin Angles (de Nice) ; Pierre Vierge ; La felibresse Artaleto ; Marquise de Castellane ; Roger Brunel ; J. Charles-Roux (le Costume en Provence etc.) ; Frédéric Charpin; Antide Boyer, député ; Gabriel Boissy ; l'Abbé J.Aurouze (Histoire critique de la Renaissance méridionale au XIXe siècle) ; Emile Sicard ; Paul

BARLATIER ; HlPPOLYTE BOUT DE CHARLEMONT ;

F. Lagarde de Cardelus ; Raymond Février ; Mme Repelin ; Paul Graziani ; Valère Bernard, (Long la mar latino, etc.); Paule Lysaine ; Francis de Miomandre ; Edmond Jaloux, (Le Démon de la vie).

QUERCY : Antonin Perbosc ; de Beaurepaire- Froment, Francis Maratuech.

ROUERGUE : François Fabié (La Bonne Terre, les Voix rustiques, le Clocher etc.) - Charles de Pomairols (La Vie meilleure, la nature et l'âme etc.) ; Emmanuel Auréjac (Senteurs agrestes etc.) ; François Mas (Mignardises) ; Pierre Vaysse ; Eugène Viala.

ROUSSILLON : Frédéric Saisset ; Henry Muchart (Les Balcons sur la mer) : Antoine Orliac (La Lyre des ombres, Ponscarme, etc.) ; Jean Amade ; Pierre Camo ; Paul Alavaill.

SOLOGNE ET BLÉSOIS : J.-M. Simon; Alfred Charron ; Désiré Luzet ; Hubert-Fillay (P Usure, La Fin d'Elzéar Molibas, etc.) ; Gérard de Lacaze-Duthiers (l'Unité de l Art, la Découverte de la vie) ; Emmanuel Morin (Tours à travers les âges, etc.)

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TOURAÎNE : Jacques Rougé (Le Plateau de Bossée,etc.) ; Louis Chollet ; Horace Hennion ; Louis Mirault (Fleurs de Touralne) ; France Darget ; Henri Guerlin ; Robert d'Avrillé ; Mme Trochon ; Mme Denyse Touchard ; A. de Courteix ; Mlle Marie- Anne Cochet, (Idéale Semence.)

VELAY : Louis de Romeuf (JJ Ame du Puy etc.) ; Ulysse Rouchon (La Chaise-Bieu, La Bible dit Puy dite de Théodulfe, etc.) ; Edouard Gazanion.

VIVARAIS : Henri Vaschalde ; Jean Volane (Fusains, En Vivarais,etc.) ; André Maz ; Albert Grimaud (La Race et le Terroir) ; Emile Ginet (Poésies d'un ouvrier etc.) ; Henri Bomel [Poèmes Ardéchois, Fleurs Vivar aises) ; François du Lignon (France et Vivarais, Premier vol.)

Si Ton veut bien tenir compte de ce que : i° Je ne cite que des décentralisateurs avérés ; 2° J'écarte les innombrables auteurs qui firent dans leurs œuvres du régionalisme par occasion ; 30 Je n'ai envisagé ni Li Corse ni l'Algérie, ni les autres colonies françaises où se développe une intellectualité essentiellement régionaliste (les noms abondent : Robert Randau, Autour des feux dans la Brousse Jes Crépuscules aux cabarets, etc. Sadia-Lévy ; Dujardin, bibliothécaire de la ville d'Alger ; Auguste Brunet ; Charles Barbet ; Léo Loups ; Mme Louise Lhermitte, etc.), on voudra bien convenir, je pense, que notre armée régionaliste présente

des cadres sérieux. La décentralisation littéraire n'est plus une chimère comme il y a quinze ans. Ses partisans diffèrent pour les détails, mais ils sont d'accord sur les principes.

Le régionalisme littéraire prépare les autres : universitaire, artistique, judiciaire, etc.. et plus tard, beaucoup plus tard, politique. Les énergies provinciales se réveillent. Jetons un coup d'oeil sur l'avenir qui s'élabore, car les transformations s'opèrent avec calme et méthode, sans hâte intempestive. On conservera, bien entendu, le centre nécessaire, chargé d'ordonner. Répartir n'est pas disperser- Pour le passé, l'éloquent député Louis Martin écrivait naguère : « La Révolution eut sincèrement le désir de donner aux pouvoirs municipaux et départementaux la force et la stabilité qui leur étaient nécessaires. Elle essaya d'affranchir les communes et de grouper, en des conseils cantonaux, les intérêts des localités voisines. Son œuvre à peine ébauchée fut corrigée par Bonaparte dans un sens essentiellement rétrograde. Il s'agissait, selon l'expression de Mme de Staël, d'étouffer très artistement la liberté. L'on y réussit, non sans peine; mais l'on réussit pour longtemps. Les institutions de Bonaparte sont demeurées. Ce que le Consulat donna à la France, nous le possédons encore aujourd'hui, c'est-à-dire : dans l'ordre administratif, une centralisation à outrance qui étouffe toute vie locale ; dans l'ordre

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judiciaire, le pouvoir maître de la magistrature à qui il donne l'investiture et l'avancement ; enfin le nombre des fonctionnaires incessamment augmenté, sans autre raison, semble-t-il, que d'intéresser plus de citoyens, (en les faisant participer aux largesses du budget), à la prospérité du régime. » ,

Reprenons la tradition de la Constituante et de la Convention, ces grandes assemblées libératrices.. La France souffre parce que la vie provinciale, sous toutes ses formes, s'est entièrement réfugiée sur quelques points... congestifs. Etablissons, lentement mais sans arrêt, la décentralisation littéraire. Elle n'existe pas encore — ou si peu ! — au point de vue matériel. La décentralisation univertaire suivra. Ainsi du reste, de proche en proche, sans à-coups et sans troubles. La France sera plus puissante lorsque, décentralisée, elle aura rétabli l'équilibre entre ses organes intérieurs. L'œuvre est grande. Le courage des régionaiistes sera aussi grand qu'elle.

Georges de Ribaucourt

L'agonie d'un artiste est plus triste qu'aucune autre agonie. Avec l'homme qui disparaît meurt toute la beauté qu'il rêvait de créer. Quand cette agonie est, en plus, celle du meilleur des amis, on imagine que la douleur devient indicible. Je connaissais Georges de Ribaucourt depuis sa petite enfance. On concevra que j'évite d'insister ici sur ses qualités personnelles pour ne jeter qu'un regard rapide et voilé de larmes sur sa carrière, si courte et pourtant si féconde. Il y a, au théâtre, des mots incomparables qui, par leur délicatesse même, ne passent pas la rampe. Il y a, dans la vie, des situations et des souvenirs, précieux comme des trésors, et qui, par leur intimité même, ne sauraient intéresser le grand public.

Georges de Ribaucourt appartient à la foule par son œuvre. Son être intime n'appartient qu'à ceux qui le connurent intégralement et l'aimèrent sans intérêt et sans arrière-pensée. Peut-être ces mélancoliques privilégiés ne sont-ils pas trois. Par quelle suite de crises d'âme le sculpteur -du monument à Jean Lorrain passa t-il, pour consumer ainsi, en quelques années, un organisme destiné à résister longtemps à la souffrance et à la mort ? Je

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ne veux le rappeler au bord de cette tombe encore ouverte que parce que ces angoisses ne furent pas étrangères à l'œuvre synthétique et délicate de ce jeune et grand artiste. L'enlumineur Marcel Lenoir n'a-t-il pas dit : « Rien n'a d'importance dans la vie ; sauf la douleur — qui est utile ». Georges de Ribaucourt vérifia l'exactitude de cette parole plus que nul autre.

En 1902, il ne s'attachait qu'à la techniquepure de son art. L'émotion n'effleurait pas encore ses œuvres solides, délicates, parfaites — trop parfaites. Sa main, ses yeux, n'étaient que les esclaves obéissants et habiles d'une intelligence et d'un cœur ignorant encore de la passion, du désespoir, de la vraie souffrance. Mais il était déjà classé (par le bon maître Gustave Geffroy, par le peintre Eugène Le Roux et par le sculpteur Hector Lemaire entre autres) comme une personnalité caractéristique parmi les artistes qui prenaient parti, malgré leur ardeur et leur audace, contre le sno • bisme, le mercantilisme et le paradoxe faciles qui déshonoraient l'art contemporain. Hetzel et Hachette publiaient ses illustrations. L'orfèvre Fouquet accaparait ses bijoux, le Salon des Artistes Français le récompensait et Sarah Bernhardt lui commandait les célèbres joyaux qu'elle porte dans ses rôles de Théodora et de Francesca da Rimini. Or, malgré ses succès constants, Georges de Ribaucourt répétait souvent, le regard fixe (il le

répéta d'ailleurs jusqu'à ses derniers jours) : « Je me cherche encore » . Servi par une facilité de travail, par une souplesse, par une variété de facture et par une imagination hardie qu'on ne retrouvera plus, dessinateur, architecte, joaillier, sculpteur, décorateur, ornemaniste, peintre, pastelliste, exquis toujours, puissant parfois, il mena, d'instinct, comme une vaste enquête sur l'harmonie des teintes, des lignes, des formes, de la matière, et, d'instinct aussi, il n'évolua que de proche en proche, de certitude en certitude. La ligne. Le style. Je l'entends encore lorsqu'il parlait de son esthétique, soit dans l'appartement qu'il occupait à ses débuts rue du Printemps, soit dans son atelier du boulevard des Batignolles, et surtout dans celui du Faubourg Saint-Honoré, qu'il aimait tant ! Je l'entends encore, lui qui parlait peu, par réserve et par timidiré, résumer et discuter quand nous étions en tête-à-tête. Sa causerie correcte, souvent ailée, un peu hésitante parfois, par désir d'être précise, m'intéressait et me charmait.

Feu le modetn-style, alors dans toute sa baroque splendeur, le modern-style issu du japonisme de Bing, n'eut jamais ses sympathies. Qu'était-ce en effet que ce fouillis, quelconque le plus souvent, de serpents aux vertèbres martyrisées, à angles vifs ? Qu'étaient ces ensembles, sans composition, de ficelles emmêlées et détendues qui se convul-

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saient autour des meubles, escaladaient les sièges, enlaçaient les vases, et ces paquets de macaroni détrempé glissant le long des glaces ou attachés aux plafonds ? Tout cela était de l'exotisme suspect. Tout cela était d'une beauté incertaine. Pourquoi ? De Ribaucourt le sentait bien. Mais parce que l'art français doit émerger des profondeurs du passé français et parce qu'il ne peur se modifier durablement que par une évolution, comme toute innovation littéraire, politique, sociale même. Le chêne des vieux druides sera mort lorsqu'il ne. produira plus que du lichen.

Or, cette conviction n'empêchait pas de Ribaucourt d'admettre la possibilité et la nécessité même d'un style nouveau. Mais, à son sens, ce style ne pouvait se perpétuer que s'il partait d'un principe architectural et non d'un principe ornemental. En effet, l'architecture est un rudiment et non un complément. Innover en architecture, c'est innover en toutes choses. II déclarait n'être pas indifférent à l'effort de Guimard, qui fit saillir l'ornement de la matière. « Mais il ne fera pas école... » ajoutait-il. A six années de distance, nous pouvons déjà voir que les faits lui donnent raison.

Il fit mieux que prévoir un style nouveau. Il le

créa, — et s'il ne l'a pas imposé dans d'autres

applications que la joaillerie, la bijouterie et le

décor, c'est que la mort ne lui en a pas laissé le

temps. Dans l'art du bijou, dès 1902, il était à la

mode — et je puis bien dire à présent que Lalique lui doit plusieurs de ses créations les meilleures. Il estimait que le bijou doit, avant toute chose, être simple, facile à porter, bien adapté à sa fonction et discrètement multicolore.. C'est pourquoi interprétant chrysanthèmes et marguerites, lauriers et pins, lucanes et scarabées,, les déformant dans le sens le plus décoratif,, Georges de Ribaucourt fit, à lui seul, le succès des orfèvres Robinet Arthus Bertrand, pour ne citer que les principaux. Il inventa une coiffure féminine qui fut primée et adoptée par Y Association des joailliers, une coiffure qui est mieux qu'une jolie trouvaille, puisque cette sorte de diadème fut conçue pour s'accommoder le plus parfaitement possible à la disposition moderne de la chevelure au moyen de deux adorables ailes, montées sur fil-couteau et qui, flexibles, se rabattent sur l'azur ambré des tempes. — Dans l'ameublement, c'est la faune entomologique et fabuleuse qui l'inspira et aussi, et surtout, un végétal pour lequel il éprouvait une admiration particulière : le pin. Je ne songe pas à décrire ici les chandeliers, les. coffrets, les écritoires, les liseuses, les mille objets, qui portent le sceau de sa grâce : on peut d'ailleurs admirer au pavillon de Marsan la belle lampe qu'il exposa au Salon de 1903 et dont le Musée des. Arts Décoratifs a voulu enrichir ses collections.. Elle est en vieil argent, cette lampe, car de Ribau-

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court aimait les métaux sombres, solides, graves, comme les teintes fanées, les étoffes anciennes, les ors éteints. Comment passer sous silence sa grande statue : h Rêveuse, acquise par la Comédie Française, la Rêveuse que le Tout-Paris applaudissait naguère dans la TZJvale de Kistemaëckers et Delard ? Et ses portraits, le principal surtout, celui de Mlle G. À., qui fut tant admiré aux galeries Chaîne et Simonson ! Cette œuvre représente un moment du talent de Georges de Ribaucourt, un moment tragique, lorsqu'après la grande crise de cœur et d'âme qui fut la joie et le malheur de son existence, il se retrouva seul, si seul, malgré la sollicitude d'une famille admirable de courage et malgré celle de quelques amis sans doute moins adroits qu'affectueux, seul, si seul, en proie à la maladie qu'il ne soigna pas, en proie surtout à des idées lugubres dans lesquelles il se complut. Il y a des souvenirs qui sont si cruels et pourtant si doux, si mortellement doux !...

Il faut avoir vu ses dernières œuvres, ces recherches maladives et tourmentées, au fusain, au pastel, à l'huile, ces Haisers fabuleux de douceur et de mélancolie, ces visages de princesses irréelles aux gestes maniérés et las, ces masques d'enfants inquiètes ou de gouges avides, on ne sait, aux yeux implorants, violents, béants, humides, comme ceux des bêtes mal tuées. Et dans ces œuvres dernières qui conservent la trace de sa dé-

tresse, de son désespoir, du grand désarroi dont il cherchait à peine à s'é /ader, dans ces pastels qu'il exécuta d'une main tremblante déjà aux approches de la Mort, aux trop rares instants où il pouvait commettre l'héroïsme de rester debout devant un chevalet, — la technique, la science du métier n'a jamais défailli. Tout cela est inachevé. Tout cela fait pressentir et regretter l'artiste exceptionnel que Georges de Ribaucourt allait devenir. L'une de ses grandes joies fut d'être chargé de l'exécution du monument à Jean Lorrain. Son âme douloureuse comprenait mieux, d'avoir souffert, le nihilisme orgueilleux de l'auteur du Crime de Riches et la magie du style de l'écrivain sitôt parti devait séduire plus que tout autre ce manieur de métaux rares et de pierreries. Le buste de Jean Lorrain (seule partie à peu près achevée du monument) est une synthèse émouvante et puissante. J'aurais voulu levoir,ce buste, éterniser devant les flots de la Manche, le souvenir d'un écrivain tel que nous ne reverrons jamais un tempérament qui puisse être comparé à celuilà. Hélas!...

Une exposition rétrospective montrera à la foule, je l'espère, avant longtemps, l'œuvre totale de Georges de Ribaucourt.

... Tout cela c'est déjà du passé... L'autre matin, nous avons conduit Georges de Ribaucourt vers le cimetière de Neuilly, sous les fleurs et sous

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la pluie. Jean Lorrain partit vers sa dernière demeure par un temps semblable. Ces coïncidences influent trop sur notre pauvre intelligence. Ces coïncidences, ce cérémonial, ces circonstances que nous nous ingénions à évoquer, à rapprocher par un besoin mauvais d'exacerber notre douleur, ne sont rien. Les morts ne meurent jamais dans le souvenir de ceux qui les aimèrent. On vient, on souffre, on part.... Et c'est fini. Cesr très simple. Une faut plaindre que ceux qui restent. Enterrer un ami c'est, quelquefois, enterrer le meilleur de soi-même. La Mort ne nous rend pas tout ce que nous nous sommes mutuellement donné. Il n'y a rien à faire. Il faut se raidir, rassembler ce que la tombe vous laisse de courage et de force, et puis vivre, vivre, et surtout se souvenir... se souvenir...

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