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AU JEUDI SAINT

H’est au matin du Jeudi Saint, dans une

humble et modeste chapelle de Montréal,

chez les Petites Soeurs des Pauvres. La messe s’achève. Une fois encore, à la voix de son prêtre, Jésus est descendu sur l’autel. Comme jadis aux apôtres, à la table de la Cène, il s’est donné en nourriture à ceux qu’ill aime. Et ceux qu’il aime, ici, ce sont des pauvres, des déshérités, des faibles, des vieillards! Les “Petits Vieux” ont eu communion générale; tous ils ont reçu dans leur poitrine l’hostie sainte et dans leur cœur, il faut l’espérer, la vertu de la grâce divine.

Le célébrant ayant déposé dans le calice divin l’hostie consacrée, qui se doit réserver pour l’office du V endredi Saint, s’agenouille au pied de l’autel et fait monter vers le Dieu de l’Eucharistie des nuages d’encens! Puis il va à l’autel, prend le calice précieux et se tourne vers les assistants.

Un édifiant spectacle s’offre alors à ses yeux! Sous la direction d’une “ bonne mère ”une procession s’est formée. A l’avant, un grand vieux, qu’à sa figure toute rouge on reconnaît vite pour un fils d’Irlande, porte, à deux mainis, en grand res-

pect, la croix voilée de violet. Puis, deux à deux, viennent les “ Petits Vieux,” chantant, priant, Fair recueilli, le pas un peu lourd et souvent cahotant. Plusieurs ont en main des cierges, des lanternes qui se balancent, ou des bougies sous des globes aux vives couleurs. Les deux derniers marchent à reculons; ils sont munis chacun d’un encensoir, et un peu gauchement mais d’une façon très convaincue, ils encensent, ils encensent, ils encensent ... !

A côté du célébrant, l’air entendu, dirigeant le mouvement et veillant à tout, ,se tient le noble sacristain, un jeune vieillard qui porte le nom du prophète Elie. Avec lui tout va bien, pas un détail n’est oublié!

Un autre vieux porte un “ ombreïlino ” au-dessus du Saint-Sacrement, et enfin les bonnes “ petites sœurs ” suivent, portant des cierges et chantant avec leurs chers protégés l’hymne à Jésus Hostie: Pange lingua.

Et la procession s’en va ainsi lentement, lentement, lentement!. . . ! Ces chers “ vieux ” ne sont plus agiles, hélas! mais vrai, leur démarche comme leur chant un peu traînard impressionne vivement. Tout y respire la plus chrétienne conviction. Ah! c’est qu’ils prient bien les “Petits Vieux ! Us n’ont plus d’illusions. La vie leur a apporté plus de jours tristes et sombres que de jours ensoleillés et joyeux! Ils savent bien qu’il vaut mieux tourner ses yeux vers le ciel que de les tenir vers la terre, et ils prient comme il faut prier, humblement, avec ferveur.

Cependant, dans nos grandes et belles églises, les démonstrations se font plus solennelles, plus

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