ALBERT
Chorou avait une ûine pleine de ({uiétiule; il finit par supprimer le tableau et ses attestations, qui lui en apprenaient sur ses pensionnaires beaucoup plus (|u"il n'eût désiré en savoir.
A partir de ce moment, tout alla de mal en pi*.
En 1824, un arrêté de la maison du roi, organisa Y École de Déclamation spéciale.
Les aspirants devaient être autorisés par leurs parents à embrasser la profession du théâtre et être examinés préalablement par le professeur d'histoire qui devait les faire lire, écrire, et ne pas procéder à cet examen s'il reconnaissait aux élèves quelques disgrâces corporelles. [Ai^rêté du 29 décembre 1824.)
Avis à ceux qui se sont avisés, il y a quelque temps, d'accuser nos professeurs de déclamation de légèreté coupable.
Que ceux qui n'ont jamais été à la recherche de pareilles disgrâces leur jette la première pierre.
Il s'ensuivit une intimité dont l'art eut à souffrir.
En 1849, Alexandre Dumas écrivait à Scribe : « Le Conservatoire fait des comédiens « impossibles. Qu'on me donne n'importe qui, (( un garde national licencié en Février, un «boutiquier retiré, j'en ferai un acteur; « mais je n'ai jamais pu en former un avec « un élève du Conservatoire. »
Ce qui n'empêcha pas, en 1858, sur l'ordre de l'empereur, dont l'entourage entretenait une pépinière de danseuses , d'élever une statue au fondateur de l'institution, sise au-
jdurd'hui faubourg Poissonnière, à Bernard Sarrette.
L'exécution en fut confiée à Poitevin, It^ sculpteur.
M. Ed. Moussais, commissaire impérial, fut chargé du discours.
Après la cérémonie, une députation de vieilles femmes déposa au pied de la statue une couronne où se trouvaient inscrits ces mots :
A BERNARiy SARRETTE Les mères reconnaissantes.
Un pleur humecta l'œil de Baroche.
Le Conservatoire n'a guère progressé depuis.
Les pensions ont été supprimées et laissées au.\ frais des citoyens.
C'est le seul changement sérieux qui ait été apporté à cette administration que l'Europe nous envie.
PHYSIOLOGIE DE l'ÉLÈVE DU CONSERVATOIRE.
L'homme est grand, bien cambré, quand il aspire aux premiers rôles.
Naissance obscure; il a vu Mélingue et s'est dit : « J'aurai mon ancêtre. «
Alors il a eu l'œil chez le tailleur, le chapelier, le cordonnier, dont il a bourré les poches de loges pour la Tour-d'Auvergne et les théâtres de la banlieue.
Quand il est né sous une étoile heureuse, un jour vient où une jeune camarade ou une vieille marquise brigue ses bonnes grâces pour solde de tout compte.
Alors il peut attendre.
.Cependant il est déjà prétentieux : « Talma et moi ! « s'il est chez Monrose. « Samspn et moi ! » s'il étudie avec Régnier. « Toutes les femmes sont à lui ! » s'il a Dressant pour professeur.
Lauréat, Delaunay n'est plus qu'un radoteur et Got un épileptique. Il enfoncera tout ce monde-là, pourvu que le public se décide à revenir au bon goût.
Il a pris la carrière du tiiéàtre, uniquement u parce qu'on manque de comédiens et que l'art se meurt ».
Il a la ferme intention de la quitter lorsqu'il aura eu l'occasion de montrer au public comment on joue le Misanthrope , ce que c'est que Tartuffe, et aussitôt que, si les affaires dOrient lui en laissent le loisir, le czar se sera chargé de sa fortune.
La femme !.. Ce n'est pas d'aujourd'hui ([ue nos petites élèves ont été appréciées, courtisées et physiologiées, mais il en est d'elles comme d'une foule d'excellentes choses qui s'en vont. La véritable est une jeune fille (le seize ans qui craint de se piquer les doigts, est amoureuse de Dunuiino et aspire aux ovations de la foule. C'était une culottière, une modiste, une brunisseuse, une chamarreuse, une ouvrière en chambre, elle ^eut l'tre à elle-même, se mettre à part et se uonnner « actrice ».
Quand un physiologiste vient à les palper, la première chose qu'il rencontre est invariablement la bosse de la coquetterie. Si le sujet a un « tempérament » qui lui permette de jouer plus tard les rôles à nerfs, c'est la bosse de l'amant. Tout le monde sait ça, et tout le
monde l'en blâme. On a tort, c'est la faute (le personne, c'est la faute du destin. Et si le beau jeune homme qui lui donnait hier la réplique à la classe l'a abandonnée, tout ce qu'elle pourra se permettre, ce sera de se mettre à sa fenêtre, de lever ses beaux yeux mélancoliques vers le ciel, et de faire des reproches à ce cruel destin — qui s'en moque pas mal — vu l'habitude.
L'élève du Conservatoire a pour elle sa mère et des chapeaux neufs. Sa mère est un guide et un maintien, le chapeau neuf un moyen ou une protestation. Elle est généralement brouillée avec le père — brouillée momentanément.
Nous avons vu les colères de Napoléon Duhamel, mais nous avons aussi assisté à ses manifestations enthousiastes.
J'ai dit que la petite élève s'en allait ! Elle est partie! .Elle a disparu du jour où on a pu entrer au Conservatoire après avoir débuté.
Aujourd'hui, la plupart sont actrices, entretenues et mères, arrivées en un mot, avant d'avoir franchi le seuil de M. Monrose.
On vient avec des toilettes de cinq cents francs jouer les Agnès, et quand elles ont été traînées suppliantes aux pieds de Rodrigue, elles montent dans un coupé et vont au bois.
— Mauvais exemple, mon lion monsieur, me disait un jour M"" Duhamel, mauvais exemple! Une enfant a son amour-propre, et ses parents aussi. Faut l'aire comme les autres et tous en souffrent !
Et vous, madame Duhamel ?