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LES MODELES

Les modèles femmes ont une certaine pudeur. (P. 107.)

féeries, où leurs formes finissent toujours par être appréciées des amateurs de l’orchestre.

Les juives ont eu et ont encore le monopole delà pose. Leur beauté originelle et un certain dédain du qu en dira-t-on les prédisposent tout naturellement à l’état de modèle. Malheureusement, la bicherie fait concurrence à la peinture, et l’artiste n’est jamais sûr de garder jusqu’à la fin de son tableau la Vénus de louage qui lui a servi à le commmencer.

Les modèles femmes ont une certaine pudeur. Quand elles ne sont plus sur la table, pendant les repos, elles se hâtent de passer le vêtement indispensable pour ne pas rester nues devant l’artiste. Ce n’est guère sans doute.

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mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Par exemple, elles sont impitoyables pour les visiteurs bourgeois; à aucun prix elles ne veulent se montrer aux gens qui ne sont pas de la partie. Elles sentent chez eux une curiosité érotique qu’il leur déplaît de satisfaire.

Il y en a qui ne posent que la tête avec un bout d’épaule; ce sont les sensitives de la pose. Le plus grand nombre pose Y ensemble.

Pour celui qui n’est pas rompu à la vie d’atelier, il y a quelque chose de pénible dans la façon dont le modèle de femme vient offrir ses services.

Cette exhibition sent le marché d’esclaves à plein Orient.

On a frappé à la porte de l’atelier.

Une jeune fille, mise décemment, se présente.

— Qu’y a-t-il pour votre service, mademoiselle ?

— Monsieur, je viens vous demander si vous avez besoin d’un modèle.

— Ah ! très-bien. Entrez donc.

La politesse de l’artiste est tombée immédiatement au-dessous de zéro.

— Vous ne posez que la tête .

— Je pose tout, monsieur.

— Voyons!

Et la jeune fille, décemment mise, ôte ses gants, son chapeau... et le reste.

Elle monte sur la table du modèle, donne tous les mouvements demandés par le peintre.

— Hanchez un peu... Levez les

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bras... Arrondissez-les... Bien.. Vous ne développez pas assez le torse. . . V ous vous appelez ?

— Rachel.

— Etes- vous exacte ?

— Oh! oui, monsieur.

— Voyons le dos... Il laisse à désirer... il a des maigreurs.

— Dame! je n’ai que dix-sept ans,, et à la maison on mange si mal.

— Êtes-vous seule chez vous ?

— Nom, monsieur; j’ai trois sœurs.

— Posent-elles?

— Elles ont commencé par poser; aujourd’hui...

— Aujourd’hui?

— Elles ne posent plus.

— Montrez les mains... Superbes!

Vous me convenez; mais si je commence une étude d’après vous,, vous ne me lâcherez pas?

— Oh! monsieur, pour qui me prenez-vous ?

— C’est que je tiens beaucoup à ne pas rester en plan.

— Monsieur, ma sœur Judith n’a consenti à se laisser enlever par un comte allemand qu’après avoir fini de poser pour M. Gérôme.

— Voilà qui me décide. Rhabillezvous. Vous viendrez demain à dix heures.

En descendant l’escalier de l’artiste, la belle Rachel reçoit le coup de chapeau d’un monsieur respectable qui rentre avec sa fille.

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— La charmante personne! Quel air décent! Trouves-tu, Caroline?

— Oui, papa.

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