MOYENS
Producteurs : L'Exposition sera faite grâce à l'entente de l'artiste, de l'industriel et de l'artisan. C'est cette entente qu'il faut réaliser, et les efforts solidaires de ces trois groupes qu'il faut provoquer. Lesamateurs d'art aussi doivent ètre sollicités. Beaucoup, nous n’en doutons pas, seraient disposés, en raison du but patriotique de cette Exposition, à faire des commandes spéciales. On pourrait, en outre, trouver une utile main-d'œuvre chez les élèves des écoles d’Art décoratif et des écoles professionnelles (130) (techniques diverses), des lycées (42) et des collèges (44) de jeunes filles, des écoles primaires publiques et supérieures, des écoles normales d’institutrices (broderie, dentelles, perles), des écoles indigènes (Algérie et Colonies).
Enfin à Paris ou dans nos provinces françaises que d'artisans intelligents, que d'ouvrières habiles, que de fabricants actifs et animés de très bonne volonté, nous pourrions intéresser à cette œuvre de renouveau artistique. C’est d'abord le recensement de nos forces qu'il convient de faire. Au fond des campagnes, il y a des ressources ignorées. Ce sont des potiers à huir, près Perpignan, dans tous les environs de Quimper, à Rohan, près Lorient, à Cussac (Charente-Inférieure), à Treigny-en-Puisaye (Yonne) et cent autres dans le Var, le Berry; des verriers dans le Gard, le Var; des vanniers dans la Meuse; des brodeuses dans les Vosges et mille autres petits centres industriels paysans dont il faut appeler le concours.
Propagande : C'est d'abord par des conférences qu'on éveillera le zèle de tous ces producteurs et qu'on préparera le public à aimer l'Art décoratif, à comprendre la nécessité d’un Art moderne, par là à faire le succès de cette Exposition.
Ces conférences doivent être faites à Paris dans tous les milieux, dans les Universités populaires comme dans les grandes Sociétés, dans les syndicats ouvriers comme dans les syndicats patronaux, dans les grands centres, à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, Roubaix, Nancy, dans les petites villes, jusque dans les campagnes.
Pour soutenir tout ce mouvement, pour le réaliser, nous avons des Sociétés artistiques à Paris.
Ce sont, sans que cette liste marque une hiérarchie entre elles dans leur valeur, par ordre d'ancienneté : a) Sociétés s’occupant exclusivement d’Art détoralif :
49 L'Union Centrale des Arts décoratifs;
20 La Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie ;
3° La Société des Artistes décorateurs ;:
trois Sociélés qui ort pris l'initiative du présent Rapport;
4° L'Union provinciale des Arts décoratifs, qui par ses Congrès travaille à faire la synthèse des efforts des artistes et artisans de province.
Par ordre d'ancienneté : b) Sociétés comprenant une section d'Art décoratif:
1° Société des Artistes français (une sous-section d'Art décoratif) ;
2° Société Nationale des Beaux-Arts, le premier Salon qui dès 1891 ait donné un mouvement important à l'Art décoratif moderne, en lui créant une section spéciale;
30 Société du Sulon d'Automne, qui par ses dernières expositions a provoqué un essor nouveau de l'Art décoratif et a contribué, en présentant les œuvres des arlistes munichois, à éveiller l'attention publique sur la nécessité d'une renaissance française;
a) Sociétés de Propagande :
Société nationale de L'Art à l'École, pour ne citer que la plus importante.
Dans les départements :
Des Sociétés artistiques, académies, Sociétés d'encouragement aux Arts, qui trouveraient dans cette propagande une fin utile à leur activité souvent inemployée.
Direction artistique : Elle serait confiée à la Commission de réception.
Cette Commission n’agirait pas seulement au moment de la réception définitive des œuvres en 1945, le jour de l’ouverture de l'Exposition.
C'est dès maintenant qu'elle devrait fonclionner, en dirigeant les travaux préparés pour cette Exposition. Nous ne devons pas nous dissimuler qu'en France, si nous possédons des artisans, des fabricants, des artistes qui sont habiles, d'une habileté trop grande parfois même, dans leurs métiers, car ils visent au tour de force, nous avons quelque peu perdu les traditions de goût qui ont fait la fortune des styles anciens, du gothique au Louis XVI.
Les élèves des écoles, les arlisans de Paris ou de province présentent dans les Expositions des travaux parfailement exécutés mais dont la composition est souvent de l’imagination la moins élégante. l'aut-il en accuser les styles Louis-Philippe et Napoléon Ill, qui ont abimé les yeux francais?
La tâche de cette Commission de réception (commission esthétique, jury supérieur) serait :
1° D’accepter les projets et maquettes de toutes architectures ou œuvres deslinées à cetle Exposition; È
2° De mettre en rapport, à la demande, les artistes et les industriels éditeurs, d'aider à la formation d'équipes d'artistes, d'indusiriels, d'artisans, travaillant en vue des ensembles ;
3° De provoquer la création d'œuvres, afin de réaliser, dans son ensemble et ses détails, le programme de cette Exposition;
4° De conseilier, de diriger tous les artistes, industriels, artisans, ouvriers d'art qui réclameraient ses avis.
Il serait indispensable de confier à cette Commission des pouvoirs absolus.
Organisation administrative. — L'Exposition serait organisée par un Comité supérieur et les Commissions déléguées, sous le contrôle de l'Etat (Instruction Publique, Sous-Secrétariat d'Etat des Beaux-Arts, Commerce, Travail) et de la Ville de Paris, représentés par un Commissaire général.
Comité supérieur : Le Comité supérieur serait composé par tiers :
1° d'artistes, architectes et décorateurs de toutes techniques;
2° d'industriels, fabricants, éditeurs, entrepreneurs de travaux, auxquels devraient être adjoints quelques iagénieurs, des ouvriers et contremailres de fabrication ;
3° d'écrivains, auteurs de livres traitant de l’Art décoratif, fonctionnaires et personnalités s'étant occupés de questions d'Art décoratif moderne.
Ce Comité devrait être nombreux, afin d’intéresser à l'Exposition le plus grand nombre de compétences et de bonnes volontés.
Le Comité supérieur étudierait toutes les questions de principe.
Seraient nommées dans le sein de ce Comité supérieur :
1° Une commussion exécutive : Elle serait chargée de la réalisation pratique de l'Exposition, dans tous ses détails administratifs et financiers;
2° Une commission de réception (Voir ci-dessus, partie artistique);
30 Une commission d'installation (4).
Organisation financière. — Budget : Les frais de l'Exposition pourraient ètre assurés par les versements des exposants, pour leur emplacement, et par des subventions avec affectations spéciales, du Parlement, de la Ville de Paris, des municipalités.
Les bénéfices, s’il en existait, pourraient êlre en partie attribués à des Sociétés ou œuvres s'intéressant à l'Art décoratif et en partie ristournés aux exposants,
Il serait créé un syndicat de garantie.
Emplacement : L'emplacement devrait étre distribué pour les études de plan, au moins trois ans, et pour les travaux, au moins deux ans avant l'ouverture de l'Exposition. Cette Exposition aurait une durée de six mois, de mai à octobre inclus: les démolitions exigeraient également six mois : l'occupation serait donc de trois ans.
Le Grand-Palais et ses entours ne pourraient être occupés aussi longtemps. *etirer à la jouissance du public, pendant trois ans, l’Esplanade des Invalides semble également impossible.
Restent les fortifications dont la démolition est projetée, soit de la porte Maillot à la porte Dauphine, soit de la porte Maillot à la porte Champerret.
La question devrait être résolue rapidement. Les travaux de démolitions seraient en effet assez longs, si leur adjudication est mise à bas prix, car il faudra laisser aux démolisseurs tous délais pour vendre les matériaux sur place. D'autre part, les talus ne sauraient suffire à combler les fossés; des apports de décharge seraient nécessaires. È
On peut envisager comme emplacements possibles et, dirons-nous, prélérables, le champ d'entrainement de Bagatelle ou celui d'Issy-les-Moulinéaux, suit l'espace des fortifications compris entre la Muette et la porte du Point-du-Jour, soit même le parc de Saint-Cloud.
Signalerons-nous que nous avons de vastes hippodromes à Longchamp, Auteuil, Vincennes, Saint-Cloud, Champigny, Maisons-Laffitte, Enghien, Saint-Ouen, pour faire courir des chevaux, et qu’il serait profondément attristant de ne pouvoir trouver un emplacement pour montrer les productions de nos Arts et de nos Industries françaises !
Nous ne doutons pas, d'ailleurs, que le Gouvernement et la Ville de Paris n'étudieut ia question qui nous préoccupe avec la bienveillance la plus attentive. Elle ne concerne pas seulement l'Exposition projetée, mais encore toutes les Expesitions spéciales ou universelles que la France peut organiser dans l’avenir.
Conclusions : Comme on a pu le voir par la lecture de ce rapport, c’est la France entière que cette Exposition intéresse. Paris d’abord, et très immédiatement sa prospérité. Aussi, le Conseil municipal doit-il lui apporter son attention Ja plus zélée. Toutes nos provinces ensuite, tous nos grands centres de production, de Lille à Marseille, de Nancy à Bordeaux, Lyon, Toulouse, Roubaix...
Par la multiplicité des intérêts qu’elle enveloppe, nombreux sont les départements ministériels auxquels elle vient se rattacher. Le Ministère de l'Instruction Publique et le sous-secrétariat des Beaux-Arts, ie Ministère du Commerce, le
(1) Les sections étrangères auraient leur organisation administrative propre, fonctionnant sous le contrôle de l'autorilé francaise.
nn COUR
Ministère du Travail doivent la patronner directement. Les Ministères des Travaux publics et des Colonies y participent. Le Ministère des Affaires Etrangères est appelé à inviter les nations. Le Ministère des linances ne peut en être désintéressé. Le Gouvernement tout entier lui donnera donc ses préoccupations attentives.
C'est pourquoi nous ne doutons pas que cette Exposition ne soit organisée avec le même enthousiasme unanime dont a été saluée l’annonce de son projet.
Elle viendra à son heure, et son plus grand succès aura été de réaliser l'unité de l'Art et de la vie, en développant un Art issu de la vie comme son expression immédiate, et qui, par un retour fécond, fera la vie plus harmonieuse, plus belle, meilleure à être vécue.
Vœæux : Les Associations soussignées,
Préoccupées du développement de nos Arts décoratifs, titre d’une gloire séculaire pour la France,
Après avoir constaté que les condilions économiques actuelles rendent nécessaires pour nos Industries d'Art, source considérable de richesse nationale, l'établissement de modèles nouveaux et leur diffusion,
Estiment indispensable, pour stimuler les efforts des artistes, des industriels et des ouvriers d'Art, une manifestation internaticnale,
Spécialisée à tous les Arts décoratifs, appliqués à l’architecture, au mobilier et à la parure,
Réservée à des œuvres d'une inspiration nouvelle, à l'exclusion de tout pastiche ou copie du passé.
Et, en constquence, émettent le vœu que le Parlement et le Gouvernement, s'inspirant de ces considérations, décident l’organisation et l'ouverture à Paris, en 1915, d'une Exposition internationale des Arts décoratifs modernes.
Société des Artistes décorateurs.
Sociélé des Artistes Français.
Société d'Encowr'agement à L'Art et à l'Industrie. Société nationale des Beaux-Arts.
Société du Sulon d'Automne.
Union centrale des Arts décoratifs.
Union provinciule des Arts décoratifs.
Ont signé comme membres des bureaux ou délégués des Sociétés ci-dessus énumérées, et sans que le nombre de représentants de chaque Société soit proportionnel à son importance:
MM. Félix Augerr, membre dela Délégation de la Société nationale des Beaux-Arts. Henri-G. BERGER, trésorier adjoint de l'Union centrale des Arts décoratifs. Georges Bon, trésorier de l'Union centrale des Arls décoratifs.
Louis Bonnier, secrétaire-rapporteur de la Société des Artistes français, délégué de cette Société, directeur des Travaux de la Ville de Paris.
André Bourrxer, secrétaire de l'Union centrale des Arts décoratifs.
- Ferdinand Buisson, député, vice-président de la Société nationale de l'Art à
l'Ecole.
Van Brock, vice-président de la Société d'Encouragement à l'Art et à l’Industrie et de la Société de l’Art à l'Ecole.
François Carnor, député, président de l'Union centrale des Arts décoratifs.
Caupanr, secrétaire général de l’Union provinciale des Arts décoratifs.
Cocys4, sénateur, président d'honneur de l'Union provinciale des Arts décoralifs, président de la Société francaise de l’Art à l'Ecole.