‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 90 sur 126 · CONS · texte numérisé non relu

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Or, il est incontestable que, pour inaugurer à Paris ce nouveau type d'Exposition, la spécialité dans laquelle peut et doit s'affirmer encore la supériorité traditionnelle de la France, c'est l’Art décoratif dans toutes ses applications, c’est l’ennoblissement du cadre et des accessoires dela vieindividuelle ou collectivemoderne,

C’est donc une Exposition internationale des Arts décoratifs modernes dont nous venons demander au Parlement de décider l'organisation à Paris en 1915.

Pourquoi cette spécification : Arts décoratifs modernes ? Pourquoi cette date : 1915 ?

Nous voulons les justifier.

Quelque admiration profonde et légitime que méritent les Arls décoratifs français du dix-seplième et du dix-huitième siècle, quelque gloire que notre pays en ait tirée, il serait absurde et injuste de prétendre que les formules diverses fournies par eux sont l'expression définitive répondant dans le présent et même dans l'avenir à tous les besoins artistiques de la vie. Dans les Beaux-Arts proprement dits, dans la peinture, la sculpture, la musique, ne voyons-nous pas apparaitre constamment, dans une entrainante évolution qui est à l'honneur de l'Art francais, des artistes dont l'œuvre vient à son heure pour répondre à des aspirations sans cesse évoluant elles-mêmes ? Les Arts ne vivent pas de plagiat et de copie, et ce n’est pas méconnaitre et oublier les gloires des siècles passés que d’applaudir à des œuvres neuves ; notre admiration pour Rodin, pour d'Indy, pour Besnard, n’est pas une injure pour Houdon, pour Beethoven ou pour Watteau.

Pourquoi en serait-il autrement en Art appliqué à l'Industrie ? Ne voyons-nous pas tout ce qu'il y a d'incohérent à vouloir enfermer l'existence individuelle ou sociale moderne, si transformée par l'évolution de la science, dans un cadre créé pour un grand seigneur du dix-huitième siècle ? Ne sentons-nous pas tout ce qu'il y a de dangereux et d'injuste dans l'espèce de suspicion jetée sur tout ce que notre pays renferme d'artistes décorateurs et d'ouvriers d'art, lorsque nous laissons affirmer que l'Art ancien seul existe, qu'il n’y a pas d'Art moderne, que la source de la puissance créatrice est tarie et qu'il nous faut vivre désormais de pastiches et de copies ?

Une telle injustice serait imméritée. L'heure est venue d'en faire la démonstration, et toute une gnération nouvelle d'artistes attend avec impatience que vous lui fournissiez l’occasion de faire ses preuves aux yeux de toute l'Europe.

Prenons garde, d’ailleurs, qu'en attendant trop longtemps, nous laissions les autres nations s'emparer de ce qui fut si longtemps notre monopole artistique. Nous avons déjà laissé à l'Italie l'honneur d'avoir organisé en 1902 la première Exposition internationale des Ar:s décoratifs mo lernes, bannissant les imitations d'anciens styles et les productions déaunées de caractère artistique. A la suite de l'Italie, tous les autres pays ont organisé de grandes Expositions nationales d’Art décoratif moderne ; à Munich, à Stuttgard, à Stockholm, à Copenhague, à Vienne, avec méthode et continuité, les diverses nations ont montré les résultats menaçants de leurs efforts de création. L’Angleterre, l'Allemagne, l'Autriche, la Hollande, la Belgique, les pays scandinaves ont leurs styles modernes, et dès à présent sont outillés pour leur production à bon marché ; ils nous envahissent, atteignent notre clientèle, importent même chez nous des quantités considérables de produits de leur Art décoratif nouveau, et ils prennent sur notre propre marché le monopole de l'Art moderne.

Il faut réagir énergiquement et sans perdre une heure, et c’est la raison pour laquelle nous insistons auprès du Parlement, pour que cette manifestation dont nous attendons le salut de notre Art décoratif moderne et de nos industries d'Art, ne soit pas retardée au delà de 1915.

Toutes les sociétés s’occupant exclusivement d'Art décoratif, ainsi que nos trois grands Salons annuels, se sont émues de cette grave situation.

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