SCÈNE PREMIÈRE
ARWED , assis dons un fauteuil , près de la table , et pré1 à s'endormir*, POLWARTH, assis également de Vautre côté de la table', JOB , écoutant leur conversation*
ÂRWED.
Comment, Polwarth , tu crois qu'il y a encore de l'espérance?
POLWARTH
Beaucoup, mon ami, beaucoup! Les soldats se sont un peu appaisés ; ils voulaient d'abord te fusiller tout de suite, sauf à te juger plus tard; mais le général leur a fait entendre raison. . . et au lieu d'un cachot bien noir où ils voulaient te renfermer, en attendant des nouvelles du colonel Rivers , il t'a donné pour prison cette partie de son hôtel, où. tes amis, du moins, peuvent venir te voir tout à leur aise.
Oh oui . c'est un bon enfant , le général; s'ils étaient tous comme lui!. . .
POLWARTH
On est convenu, de part et d'autre, d'envoyer Butler auprès de Washington, pour tâcher d'arranger l'affaire du colonel Rivers; si Ton obtient sa grâce, plus d'affreuses représailles à craindre pour toi. Voilà où en sont les événemens.
JOB
C'est Job qui a fait prisonnier le colonel Hivers !
POLWARTH
Nous savons cela; tu re'pètes toujours la même chose... Tient-il à ces idées, ce gaillard-là!
JOB
Dam'! quand on n'en a pas beaucoup.
ARWED.
Je ne sais pas trop si Washington pourra consentir?. •
POLWARTH
Hum! j'en doute aussi. . . c'est un homme qui doit être dur et sévère; d'abord on dit qu'il est très-sobre. . . je me défie toujours de ces gens là.
job , à part.
Gros piffre!
Qu'est-ce que tu dis , Mohican?
JOB
Job n'a rien dit. ( A part. ) Gros pouf!
ARWEJ).
Ma foi, mes amis , ma situation est bien philosophique; hier soir encore, j'étais au bal, heureux et plein de confiance dans l'avenir . . . Tout - à - coup on vient m'arrêter , juste au moment où je m'amusais le plus,
POLWARTH
Je m'en souviens.
ARWED.
Quand je disais que le plaisir avait des entr'actes !... oui, je le disais , et pourtant j'étais loin de m'attendre. . . On a beau faire , les caprices de la fortune nous surprennent toujours.
air du Château perdu.
Oui , chaque jour , les jeux et la folie D'un doux esjjoir nous bercent en riant.
Grâce à Terreur dont ils charment la vie, On ne croit plus le bonheur inconstant. Mais vainement la mémoire infidèle , Sur le passé cherche à nous étourdir ; Bientôt, hélas! le présent nous rappelé Que les chagrins sont auprès du plaisir.
( Ils se lèvent. )
POLWARTH
Je conviens que ta position donne à réfléchir.
Aussi, je veux y penser sérieusement.. . Tiens, en déjeûnant ensemble tout-à-l'heure.
POLWARTH
Comment? tu veux?. . .
ARWED.
Sans doute. . . un petit repas d'amis.
POLWARTH
Au fait , tu as raison j je vais m'en occuper... Mais qu'astu donc?
ARWED,
Je ne sais. . . la danse , le punch , les émotions fortes... tout cela porte à la tête; et puis quand on passe la nuit. . . A propos, je me souviens que mon cousin Domfort, qui compose à lui seul toute ma famille, doit être un peu inquiet sur mon sort. . . Job , tu iras me le chercher.
JOB
Ça suffit, Colonel.
ARWED.
Je suis bien aise de le voir avant de lui laisser ma fortune. . . Une figure d'héritier, c'est toujours drôle.
POLWARTH
Il est de fait que les parens ne valent pas les amis. . . il n'y a rien de tels que les amis. . . Quant à moi , je ue veux plus te quitter, je te consolerai, ou plutôt c'est toi qui me consoleras; car, tu me croiras si tu veux, il y a près de viugt-quatre heures que je n'ai pris aucune nourriture, et pourtant me voilà, ce qui preuve qu'on ne meurt pas de chagrin; mais avec toi, c'est à la vie et à la mort. . . Tou»
che là, mon ami, touche là;... eh bien! tu ne re'ponds pas. . .
( // le regarde de plus près.)
JOB
Dieu me pardonne , je crois qu'il dort.
POLWARTH
C'est ma foi vrai !. . . Il se sera endormi en m'e'coutant.
JOB
Vous avez bien fait de l'ennuyer ; c'est très-adroit.
POLWARTH
Comment, de l'ennuyer?
JOB
Dam'! vous aviez l'air d'y mettre de l'intention.