‹ Arwed, ou, Les représaillesChapitre 18 sur 29 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Miss ANNA, ARWED.

ANNA

Il dort! et clans qnel moment!... Je voudrais lui parler; niaifc je n'ose troubler son repos.

ai p. du Rêve du Soldat.

Laissons-lui goûter en silence Le calme trompeur du sommeil ; Peut-être il rêve l'espérance. . .

Le malheur l'attend au réveil.

Grâce à quelque riant mensonge , 11 se croit heureux. . . mais , hélas ! 11 ne peut plus l'être qu'en songe.

Taisons-nous, ne l'éveillons pas!

ARWED , s* éveillant , et se levant.

Miss Anna. . . quoi ! c'est vous ! vous daignez visiter un pauvre prisonnier?

ANNA

Vous dormiez ?

ARWBD.

Oui! d'un sommeil profond; je m'essayais. . . Que voisje? vous êtes émue !

Même air.

Ah! combien vos pleurs ont de charmes !

J'en conçois l'espoir le plus doux !

Si j'osais expliquer vos larmes ,

Je me croirais aimé de vous.

Vos yeux, ennemis du mensonge,

Semblent me l'avouer , hélas !

Mais si ce bonheur n'est qu'un songe,

Par pitié, ne m'éveillez pas!

ANNA

Vous ne songez donc pas à votre position?

ARWED.

Je suis près de vous , permettez - moi d'oublier tout le reste; votre présence est une consolation à laquelle je n'osais prétendre.

ANNA

Vous me jugez mal , et vous en avez le droit ; c'est moi qui ai cause votre malheur , et je ne sais comment expier mes torts envers vous.

ARWED.

Vous des torts ! c'est impossible ! . . . dites plutôt que j'ai toujours eu celui de vous déplaire.

Vous l'avez cru du moins , et c'était une erreur ! . . . mais je dois la faire cesser, c'est le seul moyen de réparer ma faute.

ARWED.

Que dites-vous!

ANNA

Oui, Arwed , je me méprenais sur votre noble caractère. En vous cachant ma tendresse , je croyais la combattre; je vous refusais ma main, et déjà mon cœur était à vous.

ARWED.

Vous m'aimez ?. . . Je suis aimé de vous !... Ah! laissezm'en douter, pour me le répéter encore.

ANNA

Je ne suis point venue seulement pour vous faire uri aveu tardif et inutile ... Il n'est qu'un moyen de vous soustraire au péril qui vous menace : unissez - vous à notre cause, et cette main que je vous refusais, c'est moi qui vous l'offre maintenant.

ARWED.

Que me proposez-vous?. . . Hier encore j'eusse été trop heureux; maintenant cela ne m'est plus permis.

Ain noweau de Dochefils. ( premier acte. )

Moi , l'époux de celle que j'aime !

De ce bonheur je connais tout le prix ; Mais l'accepter dans ce moment suprême , C'est m'attirer la honte et le mépris.

Oui , malgré l'amour le plus tendre ,

Mon cœur renonce à de si doux liens» . . Pour un soldat , vous devez le comprendre , L'honneur est le premier des biens.

ANNA

Vous me refasez ?

ARWED.

Il le faut!... mais je ne vous remercie pas moins de m'avoir procuré un dernier plaisir ; vous voyez que pour un condamné, je ne suis déjà pas si à plaindre. En vérité on calomnie tout, jusqu'à la mort, qui a pourtant son mérite; c'est à elle que je dois l'aveu que vous venez de me faire. . . Il ne manque à ses procédés qu'une seule chose , c'est de m'en laisser jouir.

ANNA

Votre refus m'accable ; .. . je l'approuve, et il me désespère. Faut-il donc nous séparer pour toujours?

ARWED.

Craignez de me rendre la vie trop chère; songez que j'ai besoin de tout mon courage.

ANNA

Ne comptez pas sur le mien; la seule chose qui me soutienne, c'est que malgré vos dangers , je conserve encore de l'espoir.

ARWED.

Eh bien I cet espoir me rassure , et je veux m'y livrer; j'ai toujours eu confiance aux pressentimensdes femmes... d'ailleurs j'aime mieux vos espérances que les miennes , qui m'ont si souvent trompé. . . ( Regardant dans la coulisse. ) J'aperçois Job ; il ra'amème une personne à laquelle j'ai affaire , permettez que je vous quitte.. .

ANNA

Ali ! si j'en avais le pouvoir, vous ne me quitteriez plus. ( A part. ) Il me semble déjà que cet adieu doit être le dernier.

( Pendant la ritournelle , Arwed -va parler bas à Job , qui parait en scène. )

air des adieux de Weber.

Malgré moi , votre absence Redouble ma frayeur !

ARWED.

Quoi ! déjà l'espérance A quitté votre cœur ?

Ah.' l'amour nous présage Un avenir plus doux!

ANNA

Mon âme est sans courage Quand je suis Join de vous.

Oui , pour vous ma tendresse Redoute Je danger , Qu'hélas ! dans ma faiblesse^ Je ne puis partager.

ENSEMBLE

ANNA

Malgré moi, votre absence Redouble ma frayeur !

Et déjà l'espérance Abandonne mon cœur !

ARWED.

Ab ! malgré mon absence!

Calmez votre frayeur !

Qu'une douce espérance Rassure votre cœur ! Adieu !

ANNA

Adieu !

Plus d'espoir De le revoir!

( Àrwed rentre dans sa chambre à gauche. )

Page 1