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Nous rangerons au nombre des antiseptiques le savon, plus utile encore que le sublimé et les brosses à ongle, dont on devrait assurer un approvisionnement suflisant.
Les brosses seront conservées habituellement dans des flacons remplis d'alcool.
Mentionnons aussi les antiseptiques indirects, comme l'éther et l'alcool (1), qui servent surtout à dégraisser la peau, et à flamber les instruments.
Pour nettoyer et désinfecter les cuvettes et autres récipients utilisés pour les opérations, on les lavera avec quelques grammes d'alcool qu'on enflammera ensuite. Quant à la verrerie le moyen le plus pratique consiste à la lavera l'acide nitrique puis à l'eau bouillie.
Comme objets de pansement, on ne se contentera pas de la gaze iodoformée, on fournira aussi de la gaze salolée et boriquée pour les cas où l'action toxique de l'iodoforme est à redouter.
On a encore besoin pour les pansements de substances absorbantes comme la ouate hydrophile, la ouate de tourbe ou de boisjl'étoupe antiseptique, le jute, etc. Nous préférons de beaucoup la ouate hydrophile qui est plus maniable, se déchire moins, et surtout qui peut remplacer les éponges, sous forme de tampons imbibés de sublimé.
En fait de bandes, celles de toile sont préférables, elles servent aussi bien à fixer un pansement qu'à immobiliser une fracture ; les bandes de gaze ne sont pas propres à ce dernier usage.
L'idée du paquet de pansement, proposé par Es-
(d) Pour éviter qu'on ne boive l'alcool, il suflirait de le dénaturer par l'addition de chlorure do calcium.
CHIRURGIE DE GUERRE IHo
march, a élé adoptée par la plupart des armées européennes.
Nous avons eu entre les mains le dernier modèle de ce paquet fabriqué par M. Froger.
Il se compose :
1° D'un fragment d'étoupe au sublimé entouré de gaze, représentant un carré de 8 à 9 centimètres de côté et une épaisseur de 1 à 2 centimètres ;
2° D'une compresse carrée de gaze antiseptique qui, dépliée, mesure 40 centimètres de côté ;
3" D'une bande de gaze de 5 mètres ;
4° De deux épingles anglaises ;
5° D'une toile imperméable de 30 centimètres sur 13 centimètres;
0" D'une enveloppe en même tissu imperméable.
7° Une seconde enveloppe extérieure en toile. Sur les deux enveloppes on trouve écrit le mode d'emploi du pansement.
Le tout constitue un paquet mesurant 12 centimètres sur 10 de large et 3 centimètres d'épaisseur qu'on peut coudre sous la doublure de la capote.
Évidemment on ne peut faire avec ces matériaux un pansement durable et sérieux. Quelle semonce recevrait un externe faisant sur une fracture compliquée un pansement aussi microscopique ; tel qu'il est, cependant, le paquet rendra de grands services ; les malades restent souvent pendant plusieurs heures sur le champ de bataille avant d'être transportés à l'ambulance ; pendant ce temps la plaie s'infecte, et tel malade meurt de septicémie qui n'avait qu'un séton insignifiant. Grâce au paquet de I)ansement, la plaie sera protégée jusqu'au transport à l'ambulance où l'on fera par-dessus le premier pansement un large enveloppement ouaté protec-
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leur. D'ailleurs en cas de besoin il serait facile d'employer deux et trois paquets pour le pansement d'une large plaie.
Signalons un desideratum important du paquet de pansement : le plus souvent le membre est largement souillé de sang; comment enlever ce milieu de culture? On n'a pas d'eau propre ni de liquide antiseptique sous la main et l'on n'a d'autres ressources que d'essuyer le sang avec un fragment d'habit, ou de placer le pansement sans avoir enlevé ce sang qui ne manquera pas de se putréfier et d'infecter la plaie. Nous serions d'avis que les médecins chargés des pansements emportassent avec eux un Ilacon d'alcool de 2 à 300 grammes, dont ils se serviraient pour laver les alentours de la plaie ; un fragment de Fétoupe du paquet de pansement leur servirait d'éponge.
Le rôle des chirurgiens à l'ambulance doit être à notre avis de faire surtout des pansements bien enveloppants pour les plaies larges ou très saignantes, et de compléter d'une manière satisfaisante l'immobilisation des membres fracturés. Quant aux opérations à faire à l'ambulance on devrait se limiter à celles qui ne peuvent attendre, comme ligature des grosses artères blessées et amputation des membres broyés ou presque détachés.
Instrumentation
Il est absolument indispensable que tous les instruments soient entièrement métalliques afin de supporter l'ébullition et le flambage. Nous avons constaté récemment avec regret que bon nombre
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des instruments des ambulances avaient encore des manches en bois; c'est une grosse lacune à combler.
Il faut aussi de grandes boîtes métalliques à couvercle mobile et sans compartiments, qui puissent servir de plateaux pendant les opérations. En temps ordinaire on y renfermera les instruments usuels.
Relativement à la stérilisation en temps de guerre, nous n'hésitons pas à préconiser pour les instruments tranchants les lavages au chloroforme, et pour les instruments non tranchants, soit l'ébullition, soit le flambage en masse qui consiste àverser quelques grammes d'alcool au fond des plateaux métalliques et à l'enflammer; on refroidit ensuite à l'eau bouillie froide.
Nous recommandons encore l'aiguille de Lamblin de préférence à celle de Reverdin; cette dernière est difficile à désinfecter k cause de ses rainures et se détraque facilement. Les aiguilles de Lamblin, droites et courbes, seront conservées dans des boîtes métalliques spéciales qui protégeront leur pointe (Voir figure 11).
Récipients. — On utilisera comme récipients les cuvettes, soupières, bols, assiettes qu'on trouvera dans les habitations. Pour les nettoyer convenablement, rien ne vaut l'acide nitrique, qu'on fait suivre d'un lavage à l'eau bouillie. On pourrait encore utiliser le flambage à l'alcool mais la chaleur fait souvent casser la faïence.
Cliîrui'giens et aides
Pour les pansements et les opérations, le chirurgien et ses aides doivent revêtir une blouse à larges
CUIRUHGIE DE GUERRE
manclies qui protège les vêtements et permet d'avoir les bras nus jusqu'au coude.
Il serait urgent d'ajouter à l'arsenal au moins trois blouses par médecin et autant pour les infirmiers de visite.
On devrait également assurer un approvisionnement convenable de savon et de brosses à ongles; ces dernières seraient conservées dans des flacons d'alcool.
Les mains des opérateurs et des aides seront désinfectées au savon et à la brosse, puis à l'éther, alcool et sublimé aqueux ; on désinfectera de la même façon la peau des malades.
A l'ambulance, on ne voit jamais que des plaies fraîches ; il n'en est pas de même à l'hôpital de campagne et dans les services de l'arrière. Ici nous croyons essentiel de recommander aux chirurgiens de ne pas se souiller les mains au contact des plaies infectées.
Le meilleur moyen serait que le chef de l'ambulance désignât un ou plusieurs médecins pour ne s'occuper que des infectés avec défense de panser les autres malades.
Matériel cliîrurgîcal
En fait d'épongés, on a le choix entre les vraies éponges, les éponges de gaze stérilisée et les tampons de ouate hydrophile imbibée de sublimé.
Nous repoussons les vraies éponges parce qu'elles coûtent très cher, parce qu'elles sont d'une préparation longue et difQcile et qu'elles ne peuvent être conservées longtemps aseptiques que dans l'eau
CHIRURGIE DE GUERRE lo»
pliéniquôe à 5 % , il en résulle un poids considérable
et très gênant.
Les tampons de ouate hydrophile, préparés immédiatement et imbibés de sublimé, sont très commodes et parfaitement suffisants pour la chirurgie des membres.
Pour les opérations sur l'abdomen, nous demanderions des éponges de gaze, préparées comme il a été dit page 85, et contenues à sec dans de grands bocaux, le tout stérilisé successivement à l'autoclave, puis à l'étuve sèche.
Nous demandons que les drains, crins, soies, soient livrés dans des tubes ou flacons remplis de liquide antiseptique et stérilisés à l'autoclave. Les flacons seront protégés par des étuis en carton, bois ou métal. Le catgut est inutile en chirurgie de guerre; on peut tout faire avec la soie.
11 faudrait plusieurs types de soies : grosse soie plate pour pédicules abdominaux, — soie plate moyenne, — soie fine solide, — soie n" 0 et 00. Chaque flacon ne doit contenir qu'une bobine de soie ; sans cela on risque de souiller plusieurs bobines, quand on n'en a besoin que d'une. De même les crins seront enfermés dans des tubes, par 10 ou l.'i, afin qu'un même tube ne serve pas pour plusieurs opérations.
Les sondes et bougies en gomme devraient être également conservées à l'état aseptique dans de grands tubes portés à 1-40° dans l'étuve sèche pendant 3/i d'heure ou 1 heure.
CUIUURGIE DE GUEHRK
De la conduite à tenir en cas de guerre pour certains traumatismes
Nous considérerons seulement quelques cas parliculiers, plus spécialement délicats à soigner.
Fracture de jambe
En cas de fracture de jamle^ il est bien difficile d'appliquer convenablement un appareil de ScuUet sur le champ de bataille ; on n'a ni eau propre ni liquide antiseptique pour mouiller les bandelettes et il est difficile, le malade étant à terre, de poser un appareil bien correct.
Le point important sera de faire un pansement assez large en utilisant plusieurs paquets de pansements qu'on trouvera facilement sùr les soldats indemnes. On appliquera par-dessus quelques attelles pour immobiliser.
Lorsque le malade est arrivé à l'ambulance, on peut faire deux choses :
1° Traiter le cas rationnellement, c'est-à-dire endormir le malade, savonner, raser le membre, inciser la peau, enlever les esquilles et les corps étrangers, laver la plaie, drainer les parties anfractueuses, et faire au besoin la suture osseuse. Cette prati(jue demande des soins minutieux, un temps considérable, et on n'a guère le loisir d'agir ainsi; il csl préférable de se rabattre sur la pratique suivante :
2° Sans endormir le malade, on enlèvera le premier pansement et on fera la toilette anlisei)li(jue
CUIRURGIl!; DE GUEKRE
des alentours de la plaie (savonnage, brossage, éther, alcool, sublimé).
La plaie proprement dite sera inspectée et on appliquera un large pansement antiseptique.
Le membre sera immobilisé sur une attelle de Bœckel ou, faute de mieux, dans un appareil de Scultet ou avec des attelles.
Dans cette seconde hypothèse, le malade est évacué sur l'hôpital de campagne où l'on procède au traitement rationnel de la fracture : incision et désinfection du foyer sous chloroforme. Pour plus de renseignements, nous renvoyons au traitement des fractures compliquées, page 139.
Fracture de cuisse
Sur le champ de bataille, il est à peu près impossible de réduire et d'immobiliser convenablement une fracture de cuisse. On se contentera donc d'un pansement antiseptique provisoire sur les plaies cutanées.
A l'ambulance on refera le pansement d'une manière plus antiseptique, et l'on s'ingéniera à immobiliser les fragments.
Le procédé le meilleur, qui permettrait le transport du malade dans de bonnes conditions, serait de placer le malade dans une gouttière de Bonnet et de faire des tractions continues au moyen d'un tube de caoutchouc fixé à la jambe par un étrier de diachylon. On pourrait encore appliquer sous chloroforme une gouttière plâtrée.
On peut aussi coucher le malade sur une porte bien rembourrée et lui appliquer l'extension continue au
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caoutchouc dont nous parlions plus haut; la contreextension s'exei'çant par le poids du corps.
Plaies pénétrantes <le l'abdomen
Il est impossible de faire à l'ambulance la laparotomie pour les plaies d'intestin.
Peut-être cependant pourrait-on faire une fois par hasard une laparotomie dans des conditions à peu près satisfaisantes. Disons donc que d'une manière générale on renoncera à la laparotomie antiseptique aux ambulances.
La conduite à tenir en présence des plaies de l'abdomen doit être la suivante : appliquer sur le champ de bataille le paquet de pansement sur la plaie et bander fortement le ventre avec une ceinture de flanelle ; prescrire l'immobilité et défendre de boire.
A l'ambulance, laver antiseptiquement la peau de l'abdomen, appliquer sur le ventre une couche de ouate et un bandage de corps, faire boire au malade de 20 à 30 gouttes de laudanum et le transporter au plus vite avec le moins de secousses possible à l'hôpital de campagne où on procédera à la laparotomie antiseptique. (Voir pour plus de détails le traitement des plaies de l'abdomen, page 178.)