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Asie centrale

La configuration de l'Asie centrale ou Haute-Asie , et la grande dépression de la partie N.-O. (le Kaptchak, le Kharesm, les bassins de la Caspienne et de l'Aral , le Touran des orientaux), exercent une influence puissante sur le climat et la succession des phénomènes météorologiques. Le tableau géologique d'un continent est par conséquent intimement lié à la Climatologie et à la Géographie des végétaux. Je consignerai dans ce troisième volume quelques fragments des mémoires que j'ai lus dans les séances de l'Institut pendant le cours des mois de mai et de juin de l'année i83i. Je tacherai de rectifier les résultats partiels surtout ces éléments numériques qui font la base

principale des considérations de la climatologie comparée et auxquels de nouvelles recherches ont permis de donner un plus haut degré de précision.

On a reconnu que dans l'état actuel de nos connaissances , la forme des terres , la configuration du sol considérée dans son étendue horizontale ou selon l'inégalité de courbure de sa surface , la position relative des masses opaques (continentales) et des masses diaphanes et liquides (pélasgiques), la direction des grands systèmes de montagnes et la prépondérance relative de certains vents, déterminée parles pouvoirs calorifiques (absorbants etémissifs) de l'enveloppe du globe, sont les causes les plus générales de la différence des climats. De grandes vues géographiques peuvent seules guider dans les recherches sur les températures de l'Asie. En voyant augmenter rapidement la rigueur des hivers , à mesure que sur un même parallèle de l'Europe occidentale on se dirige vers l'est, on a expliqué longtemps1 ce phéno-

1 Voyez les opinions de Gmelin , de Strahlenberg et de tyairan , dans les Mcm. de VAcad. 176a, p. ?55.

mène par un exhaussement progressif du sol en vastes plateaux; on a attribué à une seule cause frigorifique et à une cause faussement supposée existante dans une immense étendue , ce qui appartient à plusieurs causes à la fois, surtout à l'élargissement uniforme de l'ancien continent vers Test , à l'éloignement des côtes, c'est-à-dire d'un bassin de mer, réservoir d'une chaleur peu variable, placé à l'ouest ; aux vents occidentaux , qui sont des vents de terre pour l'est de l'Europe et pour toute l'Asie et qui dominent au nord du tropique. Des mesures barométriques précises ont entièrement changé les idées qu'on s'était formées de l'exhaussement du sol dans cette partie du monde. Le seuil, ou point culminant, entre la Mer Noire et le Golfe de Finlande , atteint dans le Waldaï , d'après les mesures barométriques de M » de Helmersen et du comte de Kayserling , à peine 170 ou 180 toises de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan. Les sources du fleuve Volga, un peu à l'occident de l'Ozero Seliger1, n'ont pas i4o toises d'élévation ab-

• Ce n'est pas de ce lac , duquel découle le Seleskha* îDwka Rcka, mais d'un terrain plus occidental près

solue, d'après un nivellement par stations de MM. Hess et Helmersen1. On donnait jadis * , et l'abbé Chappe se vantait d'une certitude de a toises , à la ville de Moscou , au niveau de la rivière Moscowa, la hauteur de 269 toises; mais ce point, placé entre le Haut-Wolga et le bassin de i'Oka, par conséquent sur la pente méridionale du continent qui s'abaisse depuis le seuil ou la ligne défaites du Waldaï vers la Mer Noire et la Caspienne , atteint à peine 60 toises d'élévation absolue. Kazan , près du cours moyen du Volga , n'a peut-être pas io toises au-dessus du niveau de l'Océan ( non

du village Volgina Verkhovie , que naît le majestueux Volga. Il passe d'abord les lacs Verkhi et Stersch , et se réunit plus tard aux eaux du Seliskharowka Reka, ( Le Munamagi , au sud de Dorpat , n'a que 166 t.) «

1 Notes manuscrites de ce savant qui , conjointement avec son ami, M. Hofmann (le géologue du dernier Voyage autour du monde entrepris par le capitaine Kotzebue) , m'a accompagné dans l'Oural méridional , comme de Slatoust à Oldenbourg et à la mine de sel gemme (Uezkaya Sachtchita) , dans la steppe des Kirgbiz.

» Chappe, Voyage en Sibérie , t. II , p. 485 et 5oa. Jçurn. de Phys. t. XXXIX, p. 4<>.

— 9 — ' au-dessus du niveau de la Mer Caspienne), en supposant, avec M. Ara go -, la hauteur barométrique moyenne1 océanique réduite à zéro de température , de 76omoi,85.

Le peu de hauteur à laquelle ont été soulevées les masses continentales dans Test de l'Europe, est très-digne d'attention si Ton considère ce phénomène sous le point de vue du relief moyen des continents, en faisant abstraction du phénomène partiel et plus récent des chaînes de montagnes et des intumescences locales que présente quelquefois le sol des plaines dans le voisinage des chaînes. Moscou et Kazan , où MM. PerewostschikofF, Simonoffet Lobatchewsky ont fait un si grand nombre d'excellentes observations barométriques, et avec des instruments comparés entre eux et aux baromètres de Fortin à l'Observatoire de Paris , sont placés au milieu de vastes terrains couverts de formations tertiaires , secondaires et houillères , à la grande distance de 1 15 et 160 lieues * (de 20 au degré

1 Voyez ma Rel. hisi. t. III , p. 3i4 et 356. » Plus que toute la largeur de la France ou de l'Allemagne. Il y a 200 lieues de Kazan à la Mer Glaciale,

— io —

équatorial) de la Mer Caspienne, de celle d'Azof et du Golfe de Finlande. Une convexité de la superficie également faible se retrouve dans la partie centrale de la Pologne où, d'après M. Eichwald1, la ferme de Belin, près de Pinsk , n'est élevée que de 68 toises , et le plateau d'Osmana de 1 fyj toises , ce qui correspond presque aux faibles hauteurs de Moscou et du sommet du Waldaï. Déjà Strabon (livre VII, p. 3o6 Cas.) observe « 'que tout le continent boréal, depuis la Germanie jusqu'aux bords de la Caspienne , est une vaste plaine. »

Les plaines baltiques et sarmates de l'est de l'Europe sont séparées des plaines sibériennes du N.-O. de l'Asie par la chaîne de l'Oural qui , des 54° aux 67° de latitude , de l'Iremel et Grand-Taganaï au Kondjacowski- Kamen et au parallèle d'Obdorsk , offre des sommets de 548 à 84o toises de hauteur , et qui est comparable, dans sa ligne de faîtes,

1 Voyez Naturhistorische Skizzevon Lilhauen, VoUiyfùen und Podolicn , i83o, p. 106, 255. En Volhynie, le partage d'eau est dans le plaleau d'Awratync,où naît le 3ug(l. c. p. 72). Smolensk a i3a t.

aux chaînes peu élevées des Vosges, du Jura, des Gates et de la Cordillère aurifère et plat** nifère de Villarica, au Brésil. L'Oural fixe notre attention par son étendue et la constance de sa direction depuis l'Oust-ourt, dans l'isthme des Troukhmènes, entre la Caspienne et l'Aral , jusqu'au-delà du cercle polaire, où, à l'est de l'Obi, M. Adolphe Erman en a me-* mesuré quelques cimes de plus de 780 toises d'élévation au-dessus du niveau de la Mer Glaciale. J)ans la partie centrale, par les 56° 49\ un peu à l'ouest de la ville de Iekatherinbourg , cette ceinture (Poyas) ou muraille rocheuse dans laquelle prédominent les formations de diorite (grùnstein), de serpentine et de schiste talqueux, étroitement liées , présente des cols dont la hauteur absolue excède à peine les hauteurs des villes de Genève et de Ratisbonne.

Des bruyères du Brabant septentrional on peut se diriger de l'ouest à l'est, même à travers les passages de l'Oural, jusqu'aux steppes asia-t tiques qui entourent la pente occidentale des Monts Altaï , et à la Dzoungarie chinoise , sur une étendue de 8o° en longitude, sans franchir une hauteur de 12 ou i3oo pieds. Je caracté-

risc ici la configuration du sol européen et asiatique dans une zone centrale (de l'intérieur de l'ancien continent) , zone dont les extrémités, Breda et Semipolatinsk ou le poste chinois de Khonimailakhou, sont placés entre 5i° 35' et 48° 43' de latitude , distance qu'en différents voyages j'ai eu occasion de parcourir, muni de baromètres, et qui est presque triple du cours de T Amazone à travers les plaines de l'Amérique méridionale. Si l'on supposait une route des landes du Brabant aux steppes de l'Asie , par de hautes latitudes, au-delà des 6o° et 65°, on trouverait des plaines continues sur une longueur qui égale presque la demi-circonférence du globe.

Ce n'est donc pas l'exhaussement du sol qui cause l'inflexion des lignes isothermes à sommet concave, le décroissement de température moyenne de l'année, lorsque des parties centrales de l'Europe on suit un même parallèle vers l'est. Frappé du peu d'élévation du terrain autour de Tobolsk , éloigné de plus de 180 lieues de la Mer Glaciale, l'abbé Chappe s'opposa le premier , avec force , dès l'année 1 768 , à la croyance po-

pulaire de cet exhaussement1. Malgré le peu de précision1 numérique qu'offrent ses profils en forme de paysage , te savant i dont j'ai pu répéter les observations au Mexique et en Sibérie , a eu le mérite incontestable d'avoir reconnu en général que , jusqu'aux 66° de longitude et entre By° et 58° de latitude, le froid hivernal du nord de l'Asie n'a pas pour première cause la hauteur du sol.

Depuis un très-petit nombre d'années , des mesures barométriques ont été faites avec soin aux frontières de la Dzoungarie chinoise et sur le Haut-Irtyche, dans les plaines

1 Voyage ** Sibérie, 1. 1, p. z et ioo ; t. II , p. 467 et 599.

• Chappe a modifié les résultats d'observations barométriques d'un petit nombre de jours par de Vagues hypothèses sur le cours des rivières , qui , d'après lui , ont ou quatre pieds sept pouces ou un pied sept pouces de pente sur une longueur de 2,000 toises. Des moyennes des nombres limites probables sont données comme résultats de mesures directes. Cest ainsi que le lac Dzaisang a, d'après Chappe, 4*3 toises de hauteur absolue9 parce que sa hauteur doit être ou 626 ou 201 toises! (L. c. t. I , p. to3 et io5; t. Il, p. 534 et 594.)

qui communiquent avec celles du Lac Dzaisang, entre les parallèles de 4 8° et 5o° et par une longitude de i6° plus orientale que Tobolsk. La moyenne des observations1 que nous avons recueillies en différentes saisons, MM . Le debour, Bunge, Hansteen, Gustave Rose et moi, donnent à ce terrain et à une grande partie de la steppe des Kirgkiz, à peine une hauteur de i3o à 160 toises au-dessus du niveau de l'Océan. Nous attendons avec impatience les rectifications de ces résultats par la publication des intéressants travaux astronomiques, barométriques et magnétiques de M. FedoroW.

La position des différents systèmes de montagnes ( soit en chaînes continues , soit en groupes isolés ou sporadiques), et le rapport de ces systèmes aux plaines plus ou moins élevées, exercent une grande influence sur la distribution des températures et leur mélange effectué par des courants atmosphériques. Il serait d'un vif intérêt pour la climatologie de

1 Ledebour und Bunge, Reise nach dcm Allai , t. I , p. 4<>i-4i o. Hansteen dans Schumacher, Aslron. Nachrichteriy i83o, n. i83, p. 294.

connaître d'une manière approximative Varea du pays montueux et des plaines de l'Asie; mais ces évaluations sont encore peu discutées ei très-défectueuses. J'ai trouvé pour l'Amérique méridionale , sur laquelle je possède des données suffisamment précises, le rapport de la région montueuse à celle des plaines , comme 1 : 4 î et , dans cette vaste partie du Nouveau Continent, l'arête principale, la Cordillère des Andes, soulevée comme sur une crevasse de peu de largeur, occupe, malgré son étendue de 1280 lieues marines, à peine un area aussi grand que celui des groupes ou massifs peu élevés de la Parime et du Brésil '. Dans l'Amérique du sud, comme en Afiie et en Europe, la ligne de fiâtes la plus haute (celle des Andes , de l'Himalaya et des Alpes), loin d'être centrale, est la plus rapprochée de côtes opposées à celles vers lesquelles se prolongent les plaines les plus étendues \

Les basses régions du nord de l'Ancien Continent , de l'Escaut au Ienisseï , régions

* Voyez ma ReL hist. t. III , p. a 43* *L*c. p. a3st, ?34.

dont la hauteur moyenne n'excède pas 40 à 5o toises, communiquent au sud des 5i° •£ de latitude, dans le parallèle d'Orenbourg et de Saratow, avec la grande concavité ou dépression àz l'ouest de l'Asie autour de l'Aral et de la Caspienne ; phénomène de dépression qui se trouverait répété sur plusieu^ points de l'intérieur des continents, si, du fond des bassins que la nature a creusés dans les roches cristallines ou de formations secondaires, on pouvait ôter les recouvrements tertiaires ou les dépôts d'attérissenient qui constituent la surface actuelle du globe. A l'ouest de l'Oural, les plaines de la Russie méridionale inclinent , dans l'ancien Kaptchak, vers le gouffre de la Caspienne, et en désignent le longdulaik , entre Oural sk et Gourief comme le long du Volga, entre Sarepta et Astrakhan, la limite septentrionale. L'arête de YObchicheï Syrt, confusément figurée sur nos cartes, n'interrompt cette communication entre le bassin de la Caspienne et les plaines de Simbirsk, que sur une petite longueur. Elle se détache (en chaînon) de l'Oural Bachkire au sud du Mont Iremel, là où près de Belorezk la Belaja (affluent du Kama) brise la chaîne. A l'est de l'Oural , ou plutôt de son chaînon le plus

oriental , appelé Monts d'Ilmen , Djambou KaragaïetKara Edir Tau, les grandes steppes sibériennes du Tobol et de l'Ischim inclinent aussi dans une direction sud (comme la vaste steppe des Kirghiz , le long des fleuves Tourgay et Sarasou , dans une direction E.-O.) vers le pay$-craiere de l'Aral et du Sihoun. Cette dépression du terrain , effet de la rupture et de l'affaissement d'une voûte (dépression probablement antérieure au soulèvement des différents systèmes de montagnes, et coïncidant avec l'intumescence des grands plateaux), se prolonge entre les 3» et 65° de longitude, des plaines belges, sarmateset sibériennes jusqu'au pied de l'Hindou-Kho et du groupe de montagnes du Haut-Oxuspar les 35° et 36° de latitude, tandis que plus à l'es! , ces plaines se trouvent limitées , déjà au sud du parallèle de 53°, par l'Altaï et le Tan gnou. La concavité de la Caspienne, de l'Aral et du Maveralnahar, n'est cependant de longtemps pas assez considérable pour influer, à cause de sa dépression seule, d'une manière sensible sur l'élévation de la température moyenne et des chaleurs d'été; c'est son enclavement particulier qui lui donne, au sud de l'Aral et du désert deKizil-Coum,un III. 2

climat qui ne ressemble pas à celui des régions voisines. Diversifié de forme , par~ tagé en plusieurs petits bassins, entre les rives de l'Iaxarte et l'Oxus , le fond de cet affaissement continental, qui est resté à sec , offre, depuis l'époque des plus anciennes migrations des peuples, un caractère d'individualité politique très-remarquable. C'est là même, et sur le bord sud-est de l'affaissement, que se sont conservées indépendantes , je pourrais dire stéréotypes , à travers les siècles (comme jadis en Allemagne, à la fin du moyen-âge) , un grand nombre de petites sociétés , connues sous le nom des états de Khiva, de Bokhara et Samarkand, de Kokand et Tachkend.

A l'est du méridien du Bolor , entre l'Altaï et la chaîne de l'Himalaya , il n'existe pas un plateau central de la Tatarie , grand comme la Nouvelle-Hollande. La continuité et l'antique civilisation de ce plateau, proclamées par les géographes et les historiens du dernier siècle , doivent être également révoquées en doute. On peut concevoir, dans le langage de la Géologie scientifique , d'après une certaine échelle de hauteur, différents ordres de pla-

teawc \ Nous les avons énumérés plus haut * depuis les petits plateaux (T Auvergne et de Bavière jusqu'aux plaines qui entourent le lac de Titicaca de l'Amérique méridionale. L'illustre Pallas s donnait au désert de Gobi l'élévation moyenne de la ville de Quito ( 1492 toises); telle peut être sans doute la hauteur de quel* que intumescence locale du Tubet , entre les chaînes du Kouen-lun jet de l'Himalaya ; mais la hauteur moyenne du Gobi , entre le Lac Baikal et le grand mur de la Chine , n'est , d'après les mesures précises de MM. Fuss et Bunge, que de 660 toises. Dans le langage vulgaire, le mot de plateau {table-land) ne s'applique qu'à des intumescences du sol qui agis* sent sensiblemeut sur l'âpreté du climat , par conséquent, hors des tropiques, à des hauteurs au-dessus de trois à quatre cents toises, et lorsque Strahlenberg a dit que les plaines de la Si* bérie au-delà de l'Oural, qu'il nomme les Monts Riphés, sont « comparées aux plaines d'Europe

1 Voyez ma Rel. hist. t. III , p. 208 , note 7 ; Ritter , Asicny t. V, p. 34o.

•T. I,p.io.

5 Acta Acad* Peirop. 1777, P. 1 , p. 38.

ce que serait une table comparée au plancher sur lequel elle est placée, » il n'avait certainement pas soupçonné que les plaines centrales de la Dzoungarie chinoise n'avaient pas la hauteur du Lac de Constance ou de la ville de Munich. Les plaines dans lesquelles je me suis trouvé, en 182g , au nord du Lac Dzaïsang , communiquent, autour des monts Tarbagataï, avec les plaines de la province d'Ili , avec les Lacs Alaktougoul et Balcachi et les rives du Tschoui. Dans le bassin entre le Thian-chan (les Monts Célestes ) et le Kouen-lun (chaîne septentrionale du Tubet) , bassin qui est fermé à l'ouest par la chaîne transversale du Bolor , la comparaison des latitudes et decertaines cultures, manifeste partout le peu d'élévation des plateaux sur de grandes étendues. A Kachghar, Khoten , Aksou et Koutché , dans le parallèle de la Sardaigne, on cultive le coton ; dans les plaines de Khoten , sous une latitude qui n'est pas plus méridionale que la Sicile, on jouit d'un climat extrêmement doux et on élève un nombre prodigieux de vers à soie. Plus au nord , à Iarkand, Hami , Kharachar et Koutché , la culture du raisin et des grenades est célèbre depuis la plus haute antiquité. La déclivité

qu'affecte ie terrain dans le bassin de Khotenr fermé à l'ouest, se trouve (ce qui est assez remarquable), en contre-pente de la déclivité du bassin ouvert à l'ouest de la province d'Ili ou du Thian-chan-Pelou. Même à l'est du Tangout, le haut plateau (ou désert pierreux) du Gobi méridional , paraît offrir un sillon et une dépression considérables ; car, d'après M. Klaproth , d'anciennes traditions chinoises rapportent que le Tarim, qui se perd aujourd'hui dans le Lac Lop, traversait jadis ce lac, et mêlait ses eaux à celles de la Rivière Jaune, phénomène qui prouve la formation récente d'une arête de partage par des attérissements propressifs et qui se lie à d'autres phénomènes S1 hydrographie comparée que j'ai exposés dans la Relation historique de mon voyage aux régions équinoxiales du Nouveau-Continent '.

Il résulte de l'ensemble de ces considérations sur la configuration du sol de l'Asie, que la partie centrale renfermée entre les parallèles de 3o° et 5o°, et entre les méridiens du Bolor ou de Kachmir et du Lac Baikal ou de

1 T. II, p. 75et5a5.

la grande sinuosité du Fleuve Jaune , est un terrain à niveau très- varié, assez bas vers le N.O. mais offrant plus à Test de vastes étendues de pays dont l'élévation est probablement celle de plateaux d'un ordre inférieur et analogues aux plateaux de la Bavière, de l'Espagne ou du Mysore. On a lieu de soupçonner que des intumescences du sol comparables aux hautes plaines de Quito et de Titicaca (i5oo-2000 t.), ne se trouvent principalement qu'entre la bifurcation de la chaîne de l'Hindou-Kho, dont les deux branches sont connues sous les noms d'Himalaya et de Kouen-lun , par conséquent dans le pays de Ladak,du Tubet et de Katchi, dans le grand nœud de montagnes autour du Khoukhou-Noor et dans le Gobi au nord-est de Flnchan.

Nous venons de voir que l'Asie centrale, divisée en bassins par des chaînes de montagnes de différentes directions et de différents âges , offre au développement de la vie organique et à l'établissement des sociétés humaines , de chasseurs (sibériens), de pasteurs (kirghiz et kalmoucs) , de peuples agricoles ( chinois ) et de peuples-moines (tubétains), une diversité de plaines et de terrasses, des hauts-fonds dans

l'océan aérien qui modifient d'une manière prodigieuse les températures et les climats. Une triste uniformité règne dans les steppes, depuis les rives du Sihoun (Iaxarte) et la petite chaîne de l'Alatau jusqu'à la Mer Glaciale; mais au* delà du Ienisseï, à Test du méridien deSayansk, et surtout au-delà du Lac Baikal , la Sibérie même prend un caractère montueux et agréablement pittoresque.

La première base de la climatologie est donc la connaissance précise des inégalités de la surface d'un continent. Sans cette connaissance hypsométrique , on attribuerait à l'élévation du sol ce qui est l'effet d'autres causes qui influent, dans les basses régions (dans une surface qui a une même courbure avec la surface de l'Océan), sur l'inflexion des lignes isothermes. Lorsqu'on avance du nord-est de l'Europe vers l'Asie, au-delà des 46° ou 5o°de latitude, on trouve à lafois une diminution dans la température moyenne de l'année, et une distribution plus inégale de cette température entre les différentes saisons , distribution qui est due à la forme continentale de l'Asie (forme à grandes masses peu sinueuses) et à la position particulière de ce continent par rapport à l'é-

quateur, aux glaces polaires el à l'influence des vents occidentaux. C'est sous l'influence des circonstances dont je viens de faire mention , que l'Europe et l'Asie offrent les contrastes suivants :

L'Europe, à configuration sinueuse, interrompue par des golfes et des bras de mers , étranglée d'espace en espace , articulée * pour ainsi dire, forme la partie occidentale de l'Ancien Continent : elle n'est qu'un prolongement péninsulaire de l'Asie , comme la Bretagne à

1 • Incipiendum est ab Europa cujus et forma multiplex (ttoW^jaûiv) est et ipsa virorum virtute praeditorum ac civium feracissima. Tota enim habitationi apta est , demta exigua partione quae ob frigus incoli non potes t , con termina Hamaxicis ad Tanain , Mœotidem et Borysthenem incolentibus. » Strab. lib. II, p. 126 Cas. Eralosthène et Polybe ont énuméré les premiers ces articulations et prolongements péninsulaires qui caractérisent l'Europe , et qui ont exercé une influence si bienfaisante sur les progrès de la culture.C'est donc chez les anciens que les géographes modernes ont puisé les premières idées sur Y influence des formes continentales. Strabon(lib. II, p. 92 et 108) n'a pas nié les faits, mais il conteste avec humeur la simplicité des trois ou six prolongements péninsulaires désignés par ses devanciers. Il trouve la forme d'Europe encore plus compliquée , beaucoup plus articulée qu'eux.

hivers très-doux et à étés peu ardents est un prolongement péninsulaire du reste de la France. L'Europe reçoit, comme vents prédominants, les vents d'ouest, qui sont pour les parties occidentales et centrales des vents de mer, des courants qui ont été en contact avec une masse d'eau dont la température, à la surface , même au mois de janvier , ne s'abaisse pas (par les 45° et 5o° de latitude) au-dessous de io°, 7 et 90 cent. L'Europe jouit de l'influence bienfaisante d'une large zone tropicale terrestre ( celle de l'Afrique et de l'Arabie ) , placée entre lesméridiens de Lisbonne et de Kasan, s'échauffant, par l'absorption des rayons solaires , bien autrement à sa surface qu'une zone tropicale océanique, et déversant, par reflet des courants ascendants, des masses d'air chaud sur les pays plus rapprochés du pôle nord. L'Europe , considérée , dans sa configuration générale, comme un prolongement péninsulaire occidental de l'Asie, a d'autres avantages qui n'ont pas été suffisamment appréciés jusqu'ici. Tels sont le moindre et inégal développement continental vers le nord , la forme oblique , la direction du sud-ouest au nord-est. La partie continentale de l'Europe ,

presque dans tout le premier tiers occidental de sa longueur, ne s'élève pas au-delà du parallèle de 5a*. Un autre tiers plus central, agrandi par la Scandinavie, est traversé par le cercle polaire. Dans le tiers le plus oriental, à Pest du méridien de Saint-Pétersbourg , où le continent élargi prend tout le caractère d'un climat asiatique , le cercle polaire ne fait que raser la cote septentrionale ; mais cette cote est baignée par une zone de la Mer Glaciale, dont la température hivernale est bien différente de celle qu'offre cette même mer à l'ouest du cap Nord. La direction de la grande vallée océanique qui sépare l'Europe et l'Amérique , et l'existence de ce fleure d'eau chaude ( Gulfstream ) qui la traverse d'abord du S.S.O. au N.N.E. , et puis de IX). à TE., et qui longe les cotes de la Norvège , influent puissamment sur les limites des glaces polaires, sur les contours de cette ceinture d'eau congelée et solide qui ouvre un vaste golfe aux eaux liquides entre le Groenland oriental , File des Ours et l'extrémité septentrionale de la péninsule Scandinave. L'Europe jouit de l'avantage de se trouver placée vis-à-vis de ce golfe , d'être pur conséquent séparée de ki

ceinture de glaces polaires par une mer libre. En hiver cette ceinture avance jusqu'au parai* lèle de 7 5° entre la Nouvelle-Zemble, l'embouchure de la Lena et le détroit des Ossements , près de l'Archipel de la Nouvelle-Sibérie ; en été elle se retire, dans le méridien du Cap Nord, et plus à l'ouest, entre le Spitzberg et le Groenland oriental , vers le nord jusqu'aux 8o° et 8i° de latitude. Il y a plus encore : la limite hivernale des glaces polaires , c'est-àdire la ligne sur laquelle les glaces se rapprochent le plus en hiver de l'Europe continentale , n'enveloppe pas même l'Ile des Ours , et , dans la saison la plus froide de l'année , on peut naviguer librement du Cap Nord au promontoire austral du Spitzberg , à travers une mer dont la température est élevée par des courans d'eau du sud- ouest. Les glaces polaires diminuent partout où elles trouvent une libre issue vers le cercle polaire , comme c'est le cas dans la baie de Baffin , et entre l'Islande et le Spitzberg1. Le capitaine Sabine

1 Voyez mon mémoire sur les causes principales de la différence de température à la surface du globe ( en allemand ) dans les Mém. de VAcad. de Berlin pour 1827, P- 3m,3i2. •

a trouvé , par les 65° et 700 de latitude , la température moyenne de l'Océan Atlantique , à sa surface , de 5°, 5 cent, quand par ces mêmes latitudes , sur le continent européen , les températures moyennes de Tannée sont déjà de plusieurs degrés au-dessous de zéro \ Il serait superflu de rappeler ici quelles modifications calorifiques les vents septentrionaux doivent éprouver par celte configuration relative des terres et des glaces polaires , lorqu'ils parviennent dans le nord-ouest de l'Europe , et déposent les vapeurs qu'ils amènent.

Le continent de l'Asie s'étend de l'est à l'ouest, au-delà du parallèle de 700, sur une étendue treize fois plus longue que l'Europe : entre les bouches du Ienisseï et de la Lena, il atteint même les 75°, c'esl-à-dire la latitude de l'Ile des Ours. Partout ses côtes septentrionales touchent la limite hivernale des glaces polaires ; la limite estivale de ces glaces ne s'éloigne des côtes que sur quelques points et pendant un court espace de temps. Les vents du nord, dont aucune chaîne de montagne*

1 Exper. on Pend. p. 456.

» Pallas, Acta Pctropol. 1777, P. I, p. 29.

ne modère la force dans des plaines ouvertes, à l'ouest du méridien du lac Bai k al, jusqu'aux 52°, et à l'ouest du méridien du Bolor, jusqu'aux 38° et 36' de latitude, traversent une nappe de glace couverte de neiges. Cette nappe prolonge pour ainsi dire le continent, d'un côté vers le nord jusqu'au pôle , de l'autre vers le nord-est jusqu'à cette région du maximum du froid^ que sur David Brewster l croit placée par les 780 de longitude orientale , et M. Erman près du cap Taimoura, g° plus à l'est. L'Asie continentale n'offre à l'action solaire qu'une très-petite portion de terres placées sous la zone torride. Entre les méridiens qui limitent ses extrémités orientales et occidentales , ceux du Cap Tchoukotskoi et de l'Oural ( sur un immense espace de I2i°en longitude), l'équateur traverse l'Océan; à l'exception d'une petite partie desîles de Sumatra, Bornéo, Celèbes et

1 Trealue on Magnelism , 1837, p- 44- La proximité de ce pôle de froid asiatique se manifeste au nord du Baikal, comme la proximité du pôle de froid américain (long. 102° 0.)sefait sentir lorsqu'on compare la température moyenne de l'île Melville (iat. 75°, long. 1 13° O.), que Parry évalue à — 18°, 5, à la température moyenne de l'atmosphère pélasgique, à l'est du Groenland (lat. 760 £, long. 3° C)qui, d'après Scorcsby, n'est que de— 70, 5.

Gilolo,il n'existe dans ces parages aucune terre placée sous l'équateur. La partie continentale de l'Asie dans la zone tempérée jouit par conséquent beaucoup moins de cet effet des courants ascendants que la position de l'Afrique rend si bienfaisants pour l'Europe.

D'autres causes frigorifiques de l'Asie ( en nous bornant toujours aux considérations générales, à tout ce qui caractérise en grand le climat du continent asiatique ) sont sa configuration dans le sens horizontal , ou la forme de ses contours, les inégalités de sa surface dans le sens vertical, et sa position orientale par rapport à notre Europe. L'Asie offre une accumulation de terres en masses continues, sans golfes et sans prolongements péninsulaires considérables, au nord du parallèle de 3o°. De grands systèmes de montagnes dirigés de l'est à l'ouest , et dont les chaînons les plus hauts semblent border la région la plus rapprochée de la zone torride, s'opposent, sur de grandes étendues , à l'accès des vents méridionaux. Des plateaux très-élevés,mais à l'exception de la Perse occidentale et du Tubet, bien moins continus qu'on les figure généralement, se trouvent distribués depuis le nœud de montagnes

de Kachmir et de Ladak , jusqu'aux sources de l'Orkhon, sur une immense longueur, dans la direction S, O. - N. E. : ils traversent ou bordent de bassjfe régions, accumulent et conservent les neiges jusqu'au fond de Tété , et agissent par des courants descendants sur les pays voisins, dont ils abaissent la température. Ces plateaux varient et individualisent les climats à Test des sources de l*Oxus , de PAlatauetduTarba gâtai, au fond de PAsie centrale , entre les parallèles de l'Hymalaya et de P Altaï. Enfin 1' Asie se trouve séparée par toute la longueur de l'Europe , d'une mer placée à l'ouest de ces côtes occidentales , qui sont toujours plus chaudes1 sous la zone tempérée que les côtes orientales d'un continent. L'énorme élargissement de l'Europe, dans le sens des méridiens , depuis le fond du Golfe de Finlande, contribue à l'action frigorifique des vents occidentaux prédominants, qui sont des vents de terre pour cette partie de l'Ancien-Monde qui est placée à l'est du mur peu élevé de la chaîne de l'Oural.

1 A moins que des courants froids pélasgiques n'en diminuent la température moyenne.

Les contrastes entre l'Europe et l'Asie que je viens d'indiquer sommairement, offrent l'ensemble des causes qui agissent simultanément sur les inflexions de* lignes d'égale chaleur annuelle , et sur l'inégale répartition de cette moindre chaleur entre les différentes saisons , phénomènes qui deviennent surtout sensibles à l'est du méridien de Saint-Pétersbourg, là où le continent de l'Europe se lie à l'Asie boréale , sur une largeur de 20° en latitude. L'est de l'Europe et l'Asie entière ( la dernière au nord du parallèle de 35° )f ont un climat éminemment continental, en employant cette expression d'après les considérations exposées par M. Léopold de Buch, comme étant opposée à celle de climat des des et des côtes occidentales; ils ont, par leur forme et leur position, par rapport aux vents de l'ouest et du sud-ouest, un climat excessif j analogue à celui des Etats-Unis de l'Amérique, c'est-à-dire des étés très-chauds succédant à des hivers excessivement rigoureux. Nulle part dans le monde, pas même en Italie ou dans les Iles Canaries, je nai vu mûrir de plus belles grappes de raisin qu'à Astrakhan , près des bords de la Mer Cas-

fùenne (temp. moy. de Tannée seulement io°,2); et cependant, dans ce même lieu, et plus au sud, à Kislar, à l'embouchure du Terek (dans la la$fcude d'Avignon et de Rimini) on voit souvent descendre le thermomètre centigrade en hiver à 25° et 3o° au-dessous de zéro. Aussi à Astrakhan , où , pendant des étés aussi ardents que les étés en Provence et en Lombardie , la force de la végétation est excitée par l'irrigation artificielle d'un sol imprégné de muriate de soude, est-on obligé d'enterrer les ceps de vigne à une très-grande profondeur. C'est cette même distribution si inégale de la chaleur annuelle entre les différentes saisons qui a rendu jusqu'ici la culture de la vigne, ou, pour mieux dire , la production d'un vin potable , si difficile aux Etats- Unis de l'Amérique , au nord du parallèle de 38°. Dans le système des climats européens , il faut , pour produire en grand du vin potable, non-seulement une température moyenne de l'année qui s'élève au-dessus de g° ou 9*, 8, et un hiver qui ne soit pas au-dessous de + i# ou i°,5, mais surtout un été qui excède pour le moins i8°,5. Les bons vignobles autour de Bordeaux jouissent d'une température III. 3

moyenne hivernale de + 6° , estivale de ai* 21°, 7, annuelle de i3°,5 à i4°- C'est cette pro portion fixe dans la distribution de la chaleu qui détermine le cycle de la végétation, soi parmi les plantes qui tombent, pour ainsi dire en léthargie hivernale , et ne vivent pendas ce temps que réduites à leur axe , soit paru celles qui conservent (comme l'olivier) pen dant l'hiver leur système appendiculaire , le feuilles. Nous ferons voir plus bas, par la coin paraison de la chaleur estivale de la Norman die et de l'Angleterre avec celle de la Franc centrale et des bords du Rhin , combien , égale indication du thermomètre dans l'air l'action directe des rayons solaires est puissante par un ciel non brumeux , pour mûri le raisin et pour produire de la chaleur dans! parenchyme des plantes.

La région soumise au sceptre de la Russie plus grande que la surface de la lune que nôu voyons , comprend les bandes isotherme (bandes d'égale chaleur annuelle ) de -h iÉ à — 170 centésimaux. Le littoral de la Sibéri coupé par un grand nombre de golfes suit un direction moyenne de 700 de latitude , mai son promontoire le plus septentrional , le Ca]

Nord-Est, ou Cap Taimura atteint les 78° 26'. J'ai déjà signalé dons un autre endroit (t. I , p. 199) l'analogie curieuse qu'offi-éxelte péninsule des Samoyèdes sous le rapport des maxima d'étendue et de développement continental dans la direction de son méridien. Le Cap Taimura ' approche du pôle deux degrés

1 J'appelle , arec le grand géographe baron de Krusenstera,Cap Taimura, la pointe que d'anciennes cartes appellent Cap Nord-Est (Sievero-Pbslolchnoi). C'est le cap à Y est de l'embouchure du fleuve Taimura , non le cap a Y ouest auquel des cartes très-récentes donnent faussement ce nom. « Le Cap Taimura, dit l'amiral Wrangel, est la pointe la plus boréale du continent d'Asie , et les relèvements exécutes en 1736 par le timonnier Tchemoksin en traîneaux (jiartes) sur les glaces , paraissent si superficiels, que Ton peut regarder la position du cap le plus septentrional du continent, comme assez douteuse. » Le lieutenant Prontchichtchef qui fut enterré conjointement avec sa femme sur les rives inhospitalières de l'Olenek, ne s'éleva par mer au milieu des glaces que jusqu'à 770 29' de latitude, et encore cette latitude n'est qu'un résultat $ estime. D'ailleurs , le littoral gagne sur la mer dans tous ces parages du nord, comme le prouvent les bois flottants accumulés à 5o verst dans l'intérieur du continent. Le peuple dit que « la mer se retire. » Wrangel , Reise lângs der Nordkàste von Siàirien, i83o, 1. 1, p. 52 et 72 ; t. II , p. 256.

de plus que le cap septentrional de la Nouvelle-Zemble , le Cap Nassau l : il est même plus boréal tjue la moitié australe du groupe d'îles du Spitzberg. A partir des méridiens du Cap Taimura et de Malacca , on voit, vers Test et vers Pouesl , décliner les côtes de la Mer Glaciale progressivement au sud. Les didirections du littoral deviennent E. N. E.- O. S. O. et O. N.O.-E. S. E. , en atteignant d'un côté dans la Mer Blanche, de l'autre vers le détroit de Behring , le parallèle de 6o°. Tandis que les glaces forment, même en été , une digue impénétrable du nord de la Nouvelle-Zemble jusqu'au Cap Taimura et que i dès l'automne , elles se fixent entre les Iles de la Nouvelle-Sibérie et le Cap Swatoi ,

1 Des cartes très-récentes ont prolongé la partie septentrionale de la Nouvelle-Zemble depuis le Cap Nassau vers l'E. N. E. jusqu'au méridien de 75°, tandis que , d'après la belle carte de Ziwolka (i836), elle ne s'étend à Test et au sud-est que jusqu'à 64° 4o'. Il y avait donc erreur de plus de i o° en longitude. L'embouchure de TObi et le Golfe d'Obi même n'ont pas, vers le nord, dans la Mer de Kara , une terre qui lui soit opposée : cette terre de la Nouvelle-Zemble n'atteint que le méridien de la baie Karakaya, circonstance qui n'est pas sans influence sur les inflexions des lignes isothermes.

comme entre les rochers Baranow et le Cap Schelagkoi, les navigateurs russes ont constaté que, dans des latitudes plus septentrionales, il existe une région ouverte ( Poljnja ) constamment dépouvue de glaces fixes. Cette région où les eaux conservent leur fluidité» commence à aS verst au nord des Iles de Kotelnoi ou de la Nouvelle-Sibérie , et s'étend vers le méridien du Cap Jakan et du Cap Nord1. Les expéditions hardies entreprises pour la recherche de la grande terre* du Ko* saque Andrejew (mythe géographique moderne qui rappelle le Grand Continent Cronien de Plutarque), ont rendu très-probable que la Poljrnjavue par Hedenstrôm et le capitaine

• Lat. 68° 55', long. 177" 39'. 11 ne faut pas confondre trois caps du littoral de Sibérie dont les noms sont bien mal choisis, savoir le Cap Nord-Est (Cap Taimura), le Cap Nord, de g° plus méridional, et le Cap Est, dans le détroit de Behring, au nord de Tchoukotskoy- Noss. Le Cap Nord-Est on Shalatzkoinoss (lat. 68° 56', long. 1 78° ?8 ), très-différent du Cap Nord-Est ou Taimura (lat. 780 26'), comme aussi du CapChalagskoi ou Errî(lat. 7o°5>, long. 168° 307), paraît être le Cap Nord de Cook et de Wrangel.

» Placée (en 1763) au nord de rembouchurc de 13 Kolyma.

Anjou communique avec une plus grande étendue de mer ouverte qui approche du pôle à Test du méridien d'Oustjansk (long. i33° £). Un tel fait n'est pas sans intérêt pour les considérations sur la distribution de la chaleur dans la région nord-est de l'Asie.

Nous venons de signaler des contrées qui atteignent probablement dans le Cap Taimura le parallèle de 78° \ , où , près de l'embouchure de la Yana v la température moyenne de Tannée 1 descend à plus de — 1 6°, où celle de l'hiver est de — 38° \. En nous portant vers l'extrémité sud de l'empire de Russie, nous devons signaler des essais de culture de coton et de canne à sucre. Le khanat de Talyschyn s'étend vers le sud jusqu'à 38° 20/ de latitude. Cest le parallèle qui traverse l'Espagne entre Valence et Carthagène , c'est une latitude presque aussi méridionale que Messine (38° il') et Smyrne (38° 25'), deux endroits dont les températures moyennes sont au-delà de celle d' Alger ( 1 70, 8) . Le khanat deTalyschyn ou Talysch ,

* J'ajoute comme terme de comparaison la distribution de la chaleur de l'île Melville (lat. 7 4° 47', long.

««3° 8' ouest)

une des provinces méridionales trans-caucasiennescédéesàla Russie parle traité deTourkmantchai , est séparé de la Perse par la rivière As tara. Le commandant en chef de la Géorgie a fait établir sur les bords de là Lenkoranka des plantations de canne à sucre et d'indigo qui paraissent avoir quelque succès. (Dubois , Voyage au Caucase , U IV, p. 97.) L'air de ces contrées , très-humide et extrêmement chaud pendant Tété , est des plus insalubres. Des grenadiers , des figuiers, le buis , la vigne sauvage , le Quercus castanaefolia Meyer , V Acacia Julibrissin , Gleditscbia caspia Desf., Tournefortia Arguzia Rob. Brown , végètent dans ces contrées. Pas d'orangers, pas de palmiers, guères plus que sur les côtes de la Tauride. Un degré plus au nord* dans la plaine de Sallian , à l'est de la fameuse steppe de Mouganj , la culture du coton est ancienne et productive 1 . Les irrigations se font par des ca-

1 Comparez Eichwald, Periplus des Caspischen Meeres, 1. 1, p. 443. Hohenacker, Enumer. Plantarum in Prov. Talysch s ponte crescenliumy dans le Bullet. de la Soc. de Moscou } i838, n° 3, p. a3i-33o et n°4» p. 337~ 4o6. Follkner , dans Y Annuaire des Mines de Russie pour 1837, P* 12a et 12^- — ^ues montagnes du Taly-

naux qui reçoivent leurs eaux du Kour ( le Cyrus des anciens ) , dont les rives fertiles ont déjà été citées par Strabon1.

J'ai cru qu'il serait bon de réunir dans un même tableau les seuls éléments numériques de la climatologie de T empire russe qui se fondent sur des observations diurnes. J'ai cm devoir m'arrêter a 3o points sur l'immense espace qui s'étend de 78° à4i $ delatitude (de la Nouvelle- Zemble et d'Ustyansk à Tiflis),etde20° à i56# de longitude (d'Abo au Kamtschatka). Les tables de températures moyennes , fondements principaux d'une connaissance générale de la distribution de la chaleur sur le globe , ne peuvent être perfectionnées que progressivement, comme les tables qui renferment les éléments numériques du système du monde. Il ne s'agit pas seulement de bien observer, en

sciiin s'élèvent, selon Meyer et Hohenacker qui ont parcouru ces fertiles et insalubres contrées , jusqu'à mille toises de hauteur et paraissent tenir à la fois à la chaîne de l'Elbrouz persan et du Demavend ( continuation de l'Hindou- Kho) et au nœud de montagnes des Lacs Ourmia et Van. Elles forment une de ces chaînes méridiennes qui préludent à celle du Zagros et se répètent en plusieurs rides N.-S.

1 Livre XI, p. 5o2 Cas.

se servant d'instruments comparables entre eux et convenablement exposés à l'atmosphère libre, il faut aussi employer de bonnes méthodes pour le calcul des températures moyennes. Le perfectionnement des tables dans les pays septentrionaux ne peut être que très-lent , puisque deux années d'observations n'y suffisent point encore pour obtenir un résultat moyen précis jusqu'à là lin|ite d'un degré du thermomètre centigrade. Malgré cette lenteur qui tient à la nature du phénomène sur lequel l'attention est généralement fixée , malgré l'étendue d'un empire placé entre les côtes de la Mer Glaciale et les régions opulentes de la Perse , tout annonce dans cet empire , sous la puissante impulsion du gouvernement , les rapides progrès de la météorologie asiatique. Des observatoires météorologiques et magnétiques s'élèvent de l'ouest à Test en Sibérie, sous la direction éclairée de mon savant ami M. Kupffer , et les espérances que j'avais conçues en 1 82g et énoncées dans une séance publique de l'Académie impériale de Saint- Pétersboug, ont été remplies et surpassées1.

1 • Le gouvernement des Etats-Unis de l'Amérique

J'ai ajouté aux éléments de la climatologie russe européenne et asiatique , éléments d'une précision très-inégale , trois seuls points de Y Amérique russe , savoir: Pile d'Ounalackka, Sitkha ou le Nouveau-Arkhangelsk , et Ross. Ce dernier point , un peu au nord de la Nouvelle-Californie , forme un comptoir isolé sur la côte N. O. de l'Amérique. Il est 1 4' plus septentrional que la partie sud du khanat russe de

du Nord , vivement intéressé aux progrès de la population et à la culture variée de plantes utiles, a senti depuis longtemps les avantages qu'offre l'étendue de ses possessions depuis l'Atlantique jusqu'aux Montagnes Rocheuses , depuis la Louisiane et la Floride où Ton cultive la canne à sucre jusqu'aux lacs du Canada. Des instruments météorologiques comparés entre eux ont été distribués sur un grand nombre de points dont le choix a été soumis à une discussion approfondie et les résultats annuels réduits à un petit nombre de chiffres sont publiés par un comité central qui surveille l'uniformité des observations et des calculs. J'ai déjà rappelé dans un mémoire où je discute les causes générales dont dépendent les différences des climats par une même latitude , sur quelle grande échelle ce bel exemple des Etats-Unis pourrait être suivi dans l'empire de Russie. • Discours de M. dcHumboldt dans la séance extraordinaire du t6 novembre 1829, p. 4* • Comparez Kupffer, Obs. met. et magn. de V empire de Russie, 1837, n° 1 , p. VI.

Talyschyn sur la Mer Caspienne. On y cultive l'olivier , quoique la température moyenne nmuelle soit à peine plus élevée qu'à Paris ; mus les hivers de Ross sont de 6° ( tempéralire moyenne ) plus chauds. Cest aux saaates recherches de M* Erman que nous levons la connaissance de ce climat ai singulièrement uniforme et tempéré* Sous la même ititude (38°^) règne, dans le midi de l'Europe, me température annuelle de 17 à i8°Y c'est- -direde 6° plus élevée qu'à Ross. Telle est l'in- Lexion des lignes isothermes dans cette parie des deux continents. Les observations de il. Erman sur la colonie de Ross se lient à îelles de l'amiral Wrangel sur Sitkha (le Noureau- Arkhangelsk), où, par 57° 3' de latitude, es hivers son presque de 2° plus doux qu'à Berin , quoique cette capitale soit dans une latiude plus méridionale de 4° £• Les animaux du îord et du midi se rencontrent d'une manière ûsarre sur la côte de l'Amérique russe, je colibri des tropiques ( Trochilus ru/us ) qui ait des excursions jusqu'au détroit de Magelan, arrive aussi jusqu'au Coolts Inlet, là où a péninsule d'Aliaska commence à se détacher du Nouveau-Continent par les 61 ° de

latitude. Cette péninsule , d'après les ingénieuses considérations de M. de Baer1 sur la météorologie de F Amérique russe, divise les climats d'une manière très-prononcée. Les hivers deviennent plus tempérés vers Test. Les morses {Trichechus Rosmarus)ne se montrent jamais sur la côte orientale d'Aliasca, tandis qu'ils descendent sur la côte occidentale, depuis la Mer Glaciale jusqu'à 56° £ de latitude , vers un parallèle de 4nî plus méridional que la limite vers laquelle remontent annuellement les colibris. Ces petits oiseaux se montrent à Sitkha dès le mois d'avril et disparaissent avant le commencement de juillet*. A Iloulouk, station russe dans Pile d'Ounalachka , la première de ces Iles Aleutiennes qui continuent en forme d'arc le grand mur de la péninsule d'Aliasca , par les 53°52/ de latitude , deux années d'observations de M. Weniaminow, calculées par M. Kupffer5, ont donné

-f io°,5

1 Wrangel, Nordwcst-Kûslc von Amerika, i839, p. 3o7-3io.

3 Voyage de Liitke, t. I, p. 280. Je rappelle à cette

Aussi , plus au nord , dans le détroit de Behring même, la côte d'Asie est beaucoup plus froide que adle de l'Amérique. M. de Chamisso a recueilli d'excellentes observations sur ces différences, et à une époque ou la climatologie était encore peu avancée. Dans l'Asie continentale , à Ustjansk , près de l'embouchure de la rivière Yana ( latitude 70<>55 ), et à Iakoutsk (la t. 620 1'), les mois les plus froids ont une température moyenne audessous de — 4o°. A Iakoutsk , selon le travail intéressant que M. Erman a fait sur les obser-

occasion de nouveau, que je continue de me Servir de la méthode fractionnaire que j'ai proposée dans mon premier Mémoire sur les lignes isothermes. La fraction placée à la droite du chiffre 4°> 1 > chiffre qui désigne la température moyenne de Tannée , présen te la distribution de cette température entre l'hiver (+ o°,i)etrété(+ io°,5).Ce genre de notation très-claire et très-commode^dJb|Dplicable aux représentations graphiques des lignes isothermes. Je désirerais cependant qu'on ne rende pas ma notation trop compliquée en la surchargeant , soit des températures moyennes du printemps et de l'automne , soit des températures des mois les plus chauds et les plus troids. En multipliant les chiffres , de simples tableaux sont préférables aux cartes. Dans mon grand tableau cijob t, le signe + est omis lorsque les températures sont positives.

varions de MM. Katakazia et Newierow , le thermomètre a baissé dans un grand nombre d'années , et pour plusieurs jours , à — 53° et — 54°. On Ta vu le 25 janvier 1 829 à — 58° sur une échelle du thermomètre à alcool corrigée avec soin par le physicien voyageur. Dans toutes les années , ajoute ce savant ( Reise uni die Erde^ t. II, p. 252), soixante jours ont à Iakoutsk une température moyenne inférieure à celle de la congélation du mercure. Cependant à Ustjansk la température moyenne de Tannée ( — i6°,6 ) est de 90 plus froide encore qu'à Iakoutsk1. Le climat insulaire de

1 « Les observations thermométriques de Iakoutsk , dit M. Erman {Reise , t. II, p. iôo) , confirment d'une manière remarquable les rapports qu'on a découverts entre ces températures et le magnétisme terrestre , car dans cet endroit nous étions arrivés à la fois dans le voisinage du méridien d'un des pôles magnétiques et sur le méridien du maximum de froid que Ton connaisse dans l'ancien continent. » La ligne de déclinaison zéro passe par Parchinsk(lat. 590 7', long. 1 090 1 1'), et en descendant jusqu'au sud de l'Inde , elle se relève vers l'ouest et remonte par la Perse et le bassin de la Mer Caspienne à l'ouest du plateau de l'Oust-Ourt. Voyez la belle carte de déclinaison magnétique de M. Erman , annexée au Report ofthe CommiUec o/Phisics and Meteorology rcL to the Antarctic Exped. i84o. Si les observations de la-

la Nouvelle-Zemble a été Tante comme doux en comparant les froids de son hiver avec les froids de la Sibérie continentale. Le mercure n'y gèle que très-rarement et sur la côte occidentale de Plie peut-être jamais. Les températures moyennes de l'hiver qui , à Iakoustk , descendent à — 39° ou — 4°# * ne sont, io° de latitude plus au nord, à la Nouvelle-Zemble, que de— i6° ou — 19°. D'un autre côté, les chaleurs moyennes de Tété qui , à Ustjansk , sont de 90, 2, n'atteignent, presque sur le même parallèle , à la Nouvelle-Zemble , que 2°,i ou 3°, 6. Cest peut-nêtre là , après fVinter Harbour et InglouUk , la contrée du globe où les étés sont les plus froids , et par conséquent les

koutsk qui indiquent un froid de — 54° et — 58° sont précises , elles offrent un abaissement de température de 4° à 8° cent, plus considérable que celui que Ton a vu dans les voyages de Parry et de Franklin. Cependant à Me Melvilie il y a dans Tannée cinq mois durant lesquels le tnercure exposé à l'air se gèle naturellement. ( Arago, sur l'état thermométrique du globe 1 dans Y Annuaire du bu- +*au des long, pour 1 835 , p. 169 et i86.) C'aA l'illustre physicien sir David Brewster qui , lors de la traduction de mon Mémoire sur les lignes isothermes, a le premier énoncé l'idée des pôles thermiques de la terre. (Compax*ez aussi Mahlnutnn , dans Do%*e Repert. t. ÏV,p. i5g.)

plus contraires au développement de l'organisation végétale après le long sommeil d'hiver des phanérogames. Ustjansk et Touroukhansk sur le Ieniseï sont de toute la Sibérie les villes dont la température moyenne de Tannée paraît la plus basse ( — *7°). En traitant la question de savoir si la Nouvelle-Zemble est habitable, M. de Baer qui a visité ce triste pays, dit judicieusement « que sous toutes les zones l1 homme, maître du feu, peut vaincre la rigueur des climats et s'établir , pourvu qu'il trouve assez de matières organiques pour se nourrir1. » J'ajouterai même, en rappelant la vie des peuples polaires qui se nourrissent de phoques, de cétacés et d'autres animaux pélagiques , que l'on peut se figurer l'existence de l'espèce humaine indépendante de toute végétation, antérieure au développement des plantes , antérieure à tout soulèvement d'un continent ou d'une île au-dessus de la surface de l'Océan , si quelques parties de cet Océan , par de hautes latitudes , sont supposées couvertes de glaces immobiles. C'est là une simple

1 E. von Baer ûber das KUma von Nowaja-Scmh'a, i837, p. i5.

hypothèse, une <^e ces considérations qui appartiennent à la géologie rêveuse d'un temps qui déjà est loin de nous. Quoique la rigueur du froid hivernal de Iakoutsk ( température moyenne de décembre, janvier et février, au-dessous de — 3g° ! ) soit supérieure à celle de Nijné-Kolymsk et presque égale à celle qu'on éprouve à Ustjansk , les étés de Iakoutsk sont d'une chaleur très -remarquable (température moyenne de juin, juillet et août 16% a ) , entièrement semblables aux étés de Moscou. C'est un climat continental, un de ces climats que Buffon a appelés excessifs 1 et dont l'intérieur du Nouveau-Continent nous offre de fréquents exemples vers le nord, comme dans le climat du Fort-Simpson 1, sur la rivière de Mackensie. L'année 1827, on a vu à Iakoutsk le thermomètre centigrade s'élever à l'ombre pendant 44 jours, pour quelques heures, jusqu'à a5°. Cette forte chaleur estivale favorise naturellement la culture des plantes dont la vie West que de courte durée. On sème autour de

1 Lat. 620 iiy, long. i?3° 5a' ouest :

Elle reste généralement éloignée de la côte de 35 à 4° lieues, excepté dans l'anse que forme l'embouchure de la rivière Kolyma réunie à POmolon et l'Aniuy. Parmi les conifères dont abonde la Sibérie, le mélèze (Pinus larùr) est l'espèce qui fuit le plus les étés froids et humides du climat maritime. Perdant son feuillage en hiver , le mélèze est indifférent aux plus fortes rigueurs de cette saison , pourvu qua des hivers de — 35° ou — 4°° succède un été chaud et sec. M. Erman, à qui on doit tant d'observations instructives sur la Géographie des plantes de l'Asie boréale , a vu monter te mélèze1 sur la pente des Monts A Mans, par 6o° de latitude, jusqu'à 700 toises d'élévation. Au-delà du cercle polaire, aux Monts Obdores qui forment le prolongement septentrional de l'Oural, cet arbre atteint encore la hauteur de 120 toises au-dessus du niveau de l'Océan , tandis qu'il ne se trouve plus dans le climat humide de la péninsule de Kamtschatka , au nord du parallèle de 5a°. La douceur du climat, si on veut l'évaluer

1 Erman, Rcise, t. II, p. 374, et dans le Naiurhîsiorische Atlas , p. 54*

d'après la seulç température moyenne de Tannée , augmente cependant vers le nordest de l'Asie. Les lignes isothermes de H- 5° , de o et de — 5° se relèvent des deux côtés du méridien de la Lena, à la fois vers l'est et vers l'ouest '.

Sur une immense étendue de pays presque entièrement uni, ou du moins peu interrompu par des collines , depuis le cours inférieur de l'Indigirka jusqu'au bassin aralocaspien , dans une direction N.E.-S.O." , on frouve par l'inégale distribution de la chaleur annuelle entre les différentes saisons, comme par les froids extrêmes qu'atteint la température hivernale, une variété de climats dont il est diffioile de rendre compte. Les explications que tente le physicien en considérant les rapports de configuration du sol, de l'ékrignement du littoral, de l'abri des vents, ne

1 Comparez le mémoire de M,. Rang sur le climat de TTambow, dans Bull, de la Soc. de Moscou, 1837, n° 7, p. 91 , et Helmersen , Beise nach dem Ural9 1841 , 1. 1 ,

* L'axe de cette basse région passe au nord-ouest de l'Altaï et au sud-est de l'Oural, à travers la steppe de la petite horde de Kirghu.

semblent pas suffisantes. Ce sont les climats excessifs des plaines (steppes, déserts) qui méritent d'être particulièrement approfondis. « Les voyageurs qui ont parcouru les steppes qui séparent la Mer d'Aral de la Mer Caspienne ont été on hiver presque constamment exposés à un froid de — a5° à— 3a*. » ( KupfFer, Koyage au Mont Elbrouz , 18219 > p. 5o. ) Depuis que M. Kupfier a écrit ces lignes , tout un corps d'aimée russe, dans l'expéditon tentée contre Khi va (nr§), a lutté avec une patience inouie contre cette âprelé de climat. M. de TchihatchefF, observateur spirituel et zélé, a eu le noble courage de mesurer jour et nuit cette intensité croissante du froid de TOust-Ourt1. Il avait déjà parcouru une autre partie du monde et séjourné longtemps sous la zone torride. Ces grands abaissements de température s'étendent vers la Bactriane ou FOxus, même par les 38° de latitude et peut-être pas à 200 toises de hauteur au-dessus de l'Océan , gèle fréquemment

1 Voyez les observations barométriques et thermométriques dans la Lettre de M. Tcliikatckeffà M. Rùtery en date d'Orenbourg, le 16 mai i&fo.

et offre ce contraste avec le Danube sur lequel Sir Alexander Burnes1 a déjà fixé l'attention des physiciens.

Après avoir donné plus haut le tableau général de la. climatologie russe, je vais consigner ici les éléments des températures mensuelles de Péttrsbourg, Moscou, Kazan et l'Oural.

Saint-Pétersbourg.

Treize années d'observations de l'astronome M. Wisniewsky, de 1822 à i83/|. Epoques de Inobservation : 7 heures du matin , 2 h.

1 AtSirkee (38*#), half way to Balkh, the Oxus was frozeauli is a|n established fact, that the température of déserts is bot^i coider and hattei than coud tries which tre more favéureà by nature. In the torrid déserts of ToorJûttan, there jus a cold bleakness du ring winter, whick iwill accoubt for the congélation of the Oxus ; it 10 nevertheless a curious fact in physical geography, iince the Danube 'which flows parallel wilh the Oxus, and in a hïgher latitude by seven degrees, is not subjecttofetikephenamenon. » Burnes, t. II, p. 194. Audessous de Khi va , par lat. 43° J , par conséquent sur un parallèle. »(us méridional que Plorence, l'Oxus gèle tous les ans. Le Danube a été yu gelé en 1 236 , i4<>6 et i46o ; le Nil, et ce fait extraordinaire se fonde sur l'autorité très-grave #Àbd-Àllatif, en 8*9.

après midi et g h. du soir. M» Kupffer * a réduit ces observations d'après la formule

Les indications du thermomètre de Réaumur ont été réduites en degrés centésimaux , les seuls dont je me sers dans mes ouvrages :

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