III. 3i
Kessels que je possède aujourd'hui par la munificence du roi de Danemark, n'ayant pas été terminé au moment où je partais pour la Sibérie, mon savant ami M. Schumacher, directeur de l'Observatoire d'Altona , a bien voulu meprêter, pour toute la durée de l'expédition russe, le chronomètre d'Earashaw n° 4^4* L'uniformité de lamarche de cet instrument avait été vérifiée ' dans beaucoup de voyages de terre; mais comme M. Kessels avait cru devoir le nettoyer peu de jours avant mon départ, sa marche a présenté une augmentation progressive de retard diurne : mais par bonheur ce retard a été , de Kazan au Schlangenberg dans l'Altaï, exactement proportionnel au temps écoulé. J'ai eu soin de constater la marche du Garde - temps
présentait pour multiplier l'emploi des méthodes d'investigation.
1 M. Encke observe que le chronomètre d'Earashaw, avant d'avoir été nettoyé, avait donné dans les dix voyages doubles faits de Berlin à Al tona, conjointement avec 20 autres chronomètres , en i835 , la différence de longitude de ces deux villes i3,48",7io,quand la moyenne de tous les chronomètres était i3' 48",736. (Voyez Ber~ hner Iahibuch, i83q, p. 275.)
partout où j'ai séjourné, en multipliant les angles horaires et les hauteurs correspondantes du soleil. D'abord après mon retour j'ai mis au net mon journal astronomique avec les calculs que j'avais faits pendant le voyage. Mon collaborateur M. Oltmanns * a calculé de nouveau les observations et les a discutées (1 83 1 - 1 833) dans un mémoire de 62 feuilles que je dépose à l'Observatoire royal de Berlin. Une seconde révision de mon travail a été faite par mon illustre confrère M. Encke, et pour éviter l'incertitude des hypothèses un peu vagues sur la marche d'un chronomètre en repos et dans le mouvement des voitures, cette révision a fourni, par une disposition particulière de comparaisons chronométriques , des résultats de longitude contenus entre les limites étroites de certaines positions qu'on peut appeler fixes y parce que, indépendantes du transport du temps, elles se trouvent fondées
1 Le travail de M. Oltmanns n'était pas encore terminé, lorsqu'en t83i j'ai publié le second volume des Fragments asiatiques. Cette circonstance explique les différences de positions que présente la publication actuelle qui est basée principalement sur le mémoire du secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin.
sur des observations absolues. M. Encke admet comme positions fixes auxquelles il réduit mes longitudes chronométriques intermédiaires r
i) Kaxan, à l'Observatoire, long. 3h f 4" ou 4S°46\ s) ToboUk, long. 4fc ^S^ou 65°56'i5"selonChappe; long, delà pierre oii « observé cet astronome voyageur. L'édipee du ooleil de 176 1 donne 4h ?3' 45*1 et le passage de Vénus 4b *3f 44"i3.
3) Orenbourfo selon Wisniewski, long. 3b 3i9 5" ou
4) Astrakhan, long. 3h 39 o* ou 45#45\
3) Ékathirinenbourg) encore selon Wisniewski, long.
3h 5s* 57", mais comme mon chronomètre a donné par interpolation entre KasanetTobolsk3h 53*6**} nous nous arrêtons à long. 3'" 53* a" ou 58°i5*3o**. Ce point a offert de plus l'avantage de doubles observations chronométriques, avant et après l'excursion que j'ai faite dans l'Oural septentrional, ce qui rend manifeste l'accumulation des erreurs dans la marche du Garde-temps pendant l'intervalle écoulé. J'ai déjà tiré parti de ce retour vers un même lieu (les Cataractes d'Aturès et Maypurès) dans les déterminations du cours de TOrénoque, du Rio-Negro et du Cassiquiare.
6) Schlangenberg ou Zmeïnogorsk , la célèbre mine dt l'Altaï, long. 5h ao' if ou 8o°ii'45"y d'après deux séries de distances de la lune au soleil que j'y ai prises , donnant Tune 5h ao'3 1 ", l'autre 6h a t *3".
Maison de Tin tendance dont j'ai trouvé la latitude le 8 août 5i° 8* 56" et le 9 août 5i° 8' 4o'\
7) Semipolatituk , deux séries de distances lunaires
m'ont donné 5h io' 39n,8, et 5h 1 1' ai ",9, moyenne 5hn' i"ou77°45'i5".
8) Miask, par mes distances de la lune au soleil
3U 5t'i3"ou57°48,i5". J'ai trouvé la latitude de Miask (faubourg des colons transportés du gouvernement de Pensa) au sud de l'église de Zavod, 54° 58' 3t". M Kupffer s'arrête à. 54° 5^ 8".
En réduisant mesrésultats chronométriques à ces 8 points regardes comme indépendants les uns des autres, je trouve dans l'Oural les longitudes de Beresowsk 51è*i8lv!\.àià Nijneï- Taguilsk 57°4o'6", de Bogoslovsk SffaW, d'Alapaevsk 57°2a/3,/. M. Erman trouve Ekatherinenbourg seulement de i,4,,> mais Nijneï-Taguilsk de y' ±6" (en arc) plus oriental qu'il ne résulte de mon travail. A la pente septentrionale de l'Altaï, la belle ville de Barnaoul mérite une attention particulière, parce que sa longitude a influé dans le tracé des cartes sur celle du Haut-Irtyche et de la Dzoungarie chinoise. Islenieff la plaçait par 8i°6'49" (5h 24'27",3); c'est la détermination qui se trouve consignée dans le tableau de po*
sitiorts du lieutenant-général de Schubert et avant i83o dans la Connaissance des temps. Islenieff se fendait sur une immersion du 1P sat. de Jupiter (7 février 1770), calculé d'après les anciennes tables. En calculant à son tour cette observation d'après les tables de Deiambre, M. Oltmanns a trouvé une longitude encore plus orientale, 8o°57'3o" (5h 23/5o// )• J'arrivai le 2 août sur les bords de l'Obi , et les angles horaires pris le lendemain proavèrent, à mon grand étonnement, que Pancieûne position était trop occidentale de plus d'un demi-dègré. Le transport du temps de Tobolsk me donnait 8i°37,3Ô//1 celui du Schlangenberg 8t#49W : moyenne Si^^o'7. M. Ëncke s'arrête dans la rédaction de mes observations à 8i043'*7'' (5'' a6'53",8). Mes doutes sur la position beaucoup trop occidentale de Barnaoul ont été confirmés par M. Hansteen qui a passé par cette ville plusieurs mois après moi, en retournant d'Irkoutsk par la ligne de l'Irtyche à St-Pétersbourg. Cet excellent observateur s'arrêta d'abord1 à
1 Lettre du i#r janvier i83o , adressée à M. Kupffèr. (Bulletin scient. defAc. de St-Pétersbourg , i83i,p. IX.)
Si^'1' ,plus tard1 définitivement à 8i°36'42". Comme la plupart des expéditions russes au Tarbagataï et vers Gouldja ont pris Barnaoul et Semipolatinsk pour point de départ, la position astronomique de ces lieux a quelque importance pour la géographie asiatique. Je trouve, comme je l'ai déjà indiqué plus haut, par des distances lunaires, Semipolatinsk 77*45 1 5"
1 Lettre à M. Schumacher, du a 6 déc. i83o, dans Astron. Nachr. n° 198, p. 110. « La longitude de Barnaoul donnée par Islenieff, dit M. Hansteen , est sans doute d'un demi-degré trop petite. • Il ajoute qu'elle ne peut atteindre la limite de 8i° 5a* que je lui avais assignée d'abord après mon retour dans les Astron. Nachr. n° 181, p. 267. Comme mon chronomètre d'Earnshaw donne par la méthode d'interpolation 5!l a6'53" ou 8i°43'45", il reste entre mon résultat chronométrique et celui de M. Hansteen, fondé sur Tomsk, une différence de 28" en temps. Tomsk est, d'après Hansteen, 8a°49'36", d'après Erman 8a°48'36", d'après Fuss , par le transport du temps d'Omsk , 8a° 37' 33"; mais M. Fuss place Omsk 10' en arc plus à Test que Hansteen et moi: aussi place-t-il Krasnojarsk go° 29' 49"> quand Erman lui assigne go° 36' 55". M. Fedorow, qui a tant multiplié ses méthodes d'observation , va répandre bientôt un nouveau jour sur la géographie de ces contrées.
(Iat. bo°i$&2!\ maison de M. Popow1 ), Boukh~ tarrainsk par le chronomètre 8i0i3/2O/ (lat. 4g°34/44//9 ^ans la plaine au pied de la montagne granitique pyramidale du Biri-tau, à la distance de 200 toises au N. O. duKrepostou fortin de Boukhtarminsk) ;Oust-Kamenogorsk 8o°i o'54 ' (lat. 49°56/i4", maison de M. Nakariakof); Sirianowski 82°i,29/ (lat. 49°43'9;/» liaison de Tin tendance des mines). Le chronomètre a dû souffrir les horribles cahots des longues voitures {taïègues sibériennes) dans lesquelles nous avons fait le trajet par terre d'Oust-Kamenogorsk à Boukhtarminsk ; de ce dernier endroit nous somrhes allés par la mine de Sirianowski à la redoute de Krasnaya-Yarki1, le Vorpost le plus oriental des Cosaques de
1 M. Hansteen adopte pour Scmipolalinsk long. 78° o' 56", lut. 5o° -iùï 2". Il a observé probablement dans la même maison que moi , ce qui n'a pas été le cas en d'autres lieux.
1 II ne faut pas confondre ce Vorpost des Cosaques où j'ai observé dans les nuits du 1 6 et du 18 août , et qui est situé 3 verst à l'ouest de Mali-Narym , avec la ville de Krasnojarsksurie leniseï, située sur la grande roule de Tobolsk à Irkoutsk, ou avec d'autres lieux de ce nom <|ui est très -commun en Sibérie.
l'Irtyche, sur la frontière de la Chine (long* 8i°5i/8//, lat. par une très-bonne observation 49°14,56/ '}. De Krasnaya-Yarki nous nous rendîmes au campement chinois de Khonimailakhou que les Russes appellent Baty. Des motifs de prudence faciles à deviner, m'ont engagé à n'observer que deux verst et demi à l'ouest du campement chinois, dans un lieu solitaire où j'ai pu prendre des hauteurs du soleil couchant. Ce lieu a été lié par quelques relèvements à Krasnaya-Yarki et à Khoni-mailakhou. Sa longitude serait 8 i°32/24// si la latitude peut être supposée de ^8°5y'. En revenant du campement chinois , je suis retourné à Krasnaya-Yarki , à Boukhtarminsk et à Oust-Kamenogorsk, de sorte que j'ai eu l'avantage d'observer deux fois dans chacun de ces lieux. Je consignerai ici la position astronomique d'un autre point isolé dans la steppe des Kalmuks, entre le Volga et le Iaïk et qui, je crois, ne se trouve pas dans les tables de positions de l'Empire russe, au perfectionnement desquelles M. le lieutenant-général de Schubert, chef du bureau topographique de l'état-major, travaille avec un zèle et un succès si louable. J ai trouvé la longitude de Douboyvka , célèbre pur le
projet conçu par Pierre-le-Grand pour la jonction du Volga et du Don , 43°46,28'/, et le Lac Elton1, remarquable par la salure et l'étendue de ses eaux, 44°*5'36'(lat. 49°7'1/0- AOmsk j'ai obtenu (jardin planté par le Gouverneur-général M. de Kaptzewitz, dans la forteresse même), pour la lat. le 25 août 54°59'8", le 26 août 54°5g/6'/ et pour la long. 70°57'48//, MM. Hansteen et Fuss y ont observé après moi; le premier s'arrête à 70°59,25,/; le second à 70°47/22//. Je terminerai cette liste de mes observations par les positions qui suivent :
Ouralsk (Cosaques du Iaïk), lat. 5i° u' 49"* long. 49° a' i5'\ Maison du Hetman M. de Ba radin. Wisniewski avait trouve (Kasanskaja Tserkof) lat. 5i°ii,a3", long. 49° ï 2".
Troizk, lat. 54° 4' 45", long. 59°i5' 3a". (Wisniewski s'arrête à lat. 54° 4' 33", long. 59° 8' 46".)
Pelropavlovsh, lat. 54" 52*23", long. 66*46' 17". (Selon Hansteen, lat. 54°52' 3a", long. 66°37'ioM.)
Saralowj lat. 5i°3i' 12", long. 43'46'i8". (Selon Wisuiews-ki, lat. 5i 3i' 4i", long. 43 '4o' 0".)
1 J'ai observé au bord sud-ouest du lac , à cent toises de distance au sud de l'église de la Saline.
Oinskj lat. 54«5q:8", long. 70o57$48".
Sarepta, lat. 48»3o*a8", long. 42°i6,a6w. Ile Biroutchicassa , dans la Mer Caspienue , lat. 45°43,4an, long. 45°i7*44".
Dans le travail dont j'offre ici un premier aperçu, et qui a servi de fondement dans la partie boréale et occidentale de ma carte d'Asie, les positions du Haut-Irtycbe (long. 8i°£) ont été liées par une ligne chronométrique non interrompue , à travers la steppe de l'Ichim, à la partie méridionale de l'Oural, au Volga et à la Mer Caspienne (long. 43°^- 45°!). C'est une étendue de terrain de 38° en longitude.
La Carte hypsométrique des chaînes de montagnes de lAsie centrale qui accompagne cet ouvrage et à la correction de laquelle j'ai travaillé assiduement pendant trois ans, a été tracée selonlesmêmesprincipesquim'ontguidé dans la Carte des Cordillères de l'Amérique méridionale dessinée dans les années dé 1827 à i33i et publiée dans l1 Atlas géographique et physique de mon Voyage aux Régions équinoxiales. Ce qui caractérise ces cartes c'est la suppression d'un grand nombre de détails
orographiques et hydrographiques. Strictement assujetties à des positions astronomiques bien choisies et que Ton peut considérer comme certaines entre des limites très-étroites, basées sur une discussion approfondie de la configuration du sol dans les régions moins connues, ces cartes ne doivent présenter que de grandes lignes géodésiques, la direction moyenne des chaînes, X allure des principaux soulèvements qui constituent la charpente du globe dans un vaste continent. Ces généralisations de formes peuvent paraître hasardées, mais par leprincipe sur lequel elles reposent , elles n\)nt rien d'arbitraire ; elles sont le résultat d'une étude assez minutieuse des cartes les plus spéciales, des itinéraires et surtout, pour une partie importante et très-centrale, des excellentes descriptions que fournit la littérature géographique des Chinois.
La simplicité de la nomenclature, aussi nécessaire en géographie qu'elle Test dans toutes les parties de l'histoire naturelle descriptive, doit être en harmonie avec la simplicité du tracé des soulèvements. Pour faire ressortir les caractères essentiels des inégalités de la surface, pour produire une impression plus
vive dans l'esprit, les cartes hypsomélriques ne doivent pas être surchargées de noms. Souvent des positions ont été ajoutées , non comme positions astronomiques, mais pour faciliter V orientation et pour pouvoir rattacher le détail descriptif que renferme mon livre à des localités spéciales. Dans un traité Malignement orographique et de Climatologie comparée, la projection de Mercator m'a paru préférable à toute autre. Les idées de parité et d'horizontalité se trouvent liées dans notre imagination : les différences des latitudes isothermes et géographiques (fondement principal de nos connaissances sur la distribution de la chaleur à la surface du globe) frappent le plus en suivant un même parallèle sur une carte réduite, soit que l'inflexion de la courbe isotherme résulte de la hauteur verticale («/titude ) du lieu , soit que des causes qui les modifient agissent dans un plan horizontal. La chaleur moyenne de Tannée et le partage de cette chaleur entre les différentes saisons est fonction des trois coordonnées de distance polaire, de longitude et d'élévation du sol au-dessus du niveau de l'Océan. Une carte hypsométrique rappelle par conséquent tout
ce qui est l'effet de la variété de ces rapports de position et de climat.
Dans le Supplément qui termine cet ouvrage, j'ai réuni une partie des éléments numériques qui ont servi de fondements à mon travail. Il serait inutile de répéter ici que, parmi les déterminations de hauteur audessus du niveau de l'Océan, les unes se fondent sur des opérations trigonométriques très* précises ( Ararat, Elbrouz, Kasbek, Himalaya, dépression de la Mer Caspienne), d'autres sur des mesures à f aidedubaromètre (Oural, Altaï, Gobi), d'autres encore (Perse, Afghanistan) sur le degré de température de l'eau bouillante. Ces dernières déterminations exigent des soins que l'on peut rarement supposer chez les voyageurs qui ne sont pas accoutumés à des expériences de physique délicates et précises. Elles offrent de plus souvent le grand inconvénient d'être le résultat de calculs dont on ignore les bases et la méthode employée.