‹ Asie centraleChapitre 56 sur 60 · EN SIBÉRIE · texte numérisé non relu

EN SIBÉRIE

Lorsqu'un voyageur publie un ouvrage descriptifs il importe au lecteur de pouvoir distinguer les résultats de l'observation directe et personnelle des résultats qui sont dus à la seule combinaison des faits, à la discussion de l'ensemble des notions acquises, par la suite des siècles, sur la vaste étendue de tout un continent. Cette distinction, je pense, est également utile au lecteur qui n'accorde sa confiance qu'avec une judicieuse circonspection, et au voyageur qu'elle justifie lorsque les erreurs qu'il a commises tiennentaumanquedeprécisiondans des observations qui ne lui appartiennent pas. S'il était permis d'invoquer ici le souvenir d'une grande et impérissable célébrité, je rappellerais combien il est à regretter que Marco Polo ait pris à tâche de confondre dans son récit ce qu'il a pu voir lui-même et ce qui parait dû: soit à des ouvrages descriptifs que nous ne con-

naissons pas encore1, soit à des communications fiâtes dansdes lieux roisins de son séjour. La relation historique dé mon Expédition en Sibérie a été .rédigée en allemand * par un de mes compagnons de voyage, H. Gustave Rose. Je ne crains pas d'être démenti par des tarants profondément initiés dans les sciences, en disant que l'ouvrage de M. Rose, riche en observations fines et neuves de cristallographie et de minéralogie chimique 9 a répanda aussi une vive lumière sur la géologie 4p l'Asie boréale. (Test le fruit le plus utile, le résultat scientifique le plus important du royage dans

lequel j'ai pu m'associer aux travaux de deux amis si dévoués et dont l'un avait déjà parcouru la Syrie, l'Egypte et la Nubie. Comme la relation historique de l'expédition de Sibérie n'est jusqu'ici accessible qu'au plus petit nombre de mes lecteurs français, j'emprunterai une courte notice de mon voyage à l'analyse des

1 Voyeaplus haut, t. II, p. 3g5.

* Reisè nach dem Oural \ etc. c'esl-a-<lire Voyage à l'Oaroi, à l* Altaï et à la Mer Caspienne 7 fait d'après ies ordres de S» M» i 'Empereur de Russie ê en \%*^ypar A. de Hamboldt % G . Ehrenbcrg et G, Rose, Partie mine'ralogique et gcotogiijae offrant en même temps la Relation historique du voyagent G. Rose, * vol. (t83; et 184a).

Travaux de P Académie des Sciences pendant Vannée i83o, publiée par M. Cuvier, un des secrétaires perpétuels de l'Institut. Je ne me suis permis que le changement de quelques chiffres qui n'étaient pas conformes aux observations les plus récentes.

« Dans une des séances du mois d'octobre, M. de Humboldt, un des huit Associés étrangers de l'Académie des Sciences, a passé rapidement en revue les résultats principaux du voyage qu'il a fait, sous les auspices de S. M. l'Empereur de Russie , conjointement avec MU. Ehrenberg et G us t. Rose, aux mines d'or et de platine de l'Oural! aux mines d'argent de l'Altaï, aux frontières de laDzoungarie chinoise et à la mer Caspienne. Pendant une seule année (celle de 1829), quatre expéditions scientifiques très-remarquables ont été entreprises dans cette partie de l'Ancien Continent : celle de M. de Humboldt en Sibérie, celle de M. ParrotûHs au sommet de l'Ararat, qu'il a trouvé couvert de masses d'obsidienne, et de 4o5 mètres plus élevé que le Mont- Blanc; celle de M. Kupffer à la montagne trachytique d'Elbrouz dans le Caucase, qui atteint à la hauteur de 5637 mètres; enfin le grand voyage de MM. Hansteeny Due et Adolphe Erman, entrepris dans le but de déterminer les lignes magnétiques depuis Pétersbourg jusqu'au Kamtchatka. •

« M. de Humboldt s'est embarqué à Nijni-Nowgorod sur le Volga, pour descendre à Kasan et aux ruines

dt BdguL Dtelè il est «lié, par Persm, à dierincnbourg, sur la pente asiatique de FOnal, chaîne conpoftée 4e plusieurs rangée» presque parailêlee , dont les phia hauts sommets atteignent à peine seiae à dix-sept cents mètres , et qui suit » comme les Andes, depuis les formations tertiaires voisines du Lac Aral jusqu'aux roches de grttnstain voisines delà Mer Gisèle, presquekâ^rectiono?uniiieVidien^ beidt a visité, pendant un mois, lés parties centrales et septentrionales de fOural, célèbres par de richea afluvions qui contiennent de for et du platine, les mines de malachite de Goumechevskoi, la grande montagne nsn gnétique de Bhgodad9 les fiuneux gisements de topaseet de béryl de Mourtinsk. Près de Nijni-Taguilsk, contrée que l'on peut comparer au Choco de l'Amérique du Sud, on a trouvé une pépite de platine du pokb de huit kilogrammes. D'Ekatherinenbourg, le voyage se dirigea par Tioumen à Tobolsk sur llrtyche, et de là par Tara, la steppe de Baraba, redoutée à cause de la piqûre d'innombrables insectes de la famille des tipules qui y abondent, à Barnaoul sur les rives de l'Ob, au lac pittoresque de Kolyvan et aux importantes mines d'argent du Schlangenberg, de Riddersk, et de Zyrianovski , placées sur la pente sud-ouest de F Altaï , dont le plus haut sommet, appelé par les Kalmuks Iyiciou (montagne de Dieu), ou A las ton (montagne pelée) , atteint presque l'élévation du Pic de Ténériffe. La production annuelle en argent des mines de Kolyvan est de 17,000 kilogrammes ou 70,000 marcs. En se dirigeant de Riddersk au sud vers la petite

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forteresse cTOust-Kamenogorsk, MM. de Humboldt* Ehrenberg et Rose passèrent par Boukhtarminsk à la frontière de la Dsoungarie chinoise; ils obtinrent même la permission de franchir la frontière pour visiter le poste mongol de Baty ou Khoni-mailakhou, point très-central de l'Asie (au nord du lac Dsa'isang), qui se trouve, d'après les déterminations chronométriquesde M. de Humboldt, par les 8i° \ de longitude* par conséquent presque dans le méridien de Benares.» • En retournant de Khoni-matlakhou à Oust-Ka-» menogorsk, les voyageurs virent sur les rives solitaires de f Irtyche , par une longueur de plus de cinq mille mètres , le granité divisé en bancs presque horizontaux et épanché sur un schiste dont les lits sont en partie inclinés de 85°, en partie entièrement verticaux. Du fortin d'Oust-Kam enogorsk , on longea la steppe de la Horde Moyenne des Kirghiz, par Semipolatinsk et Omsk, par les lignes des Cosaques de llchim et du Tobol, pour atteindre l'Oural méridional. C'est la que près de Miask, sur un terrain de peu d'étendue, a quelques pouces sous terre, on a trouvé, en 1816, trois pépites <àf or natif, dont deux avaient le poids de 6 et la troisième de to kilogr. Lies voyageurs longèrent l'Oural méridional jusqu'aux belles carrières de jaspe vert près d'Orsk, où la rivière poissonneuse du Iaïk brise la chaîne de l'est à l'ouest; de là ils se dirigèrent parGouberlinsk et Orenbourg, ville qui, malgré son petit éloignement de la mer Caspienne , se trouve pourtant déjà de 3y t. au-dessus du niveau de l'Océan , d'après les mesures barométriques faites , pendant une année entière , par

jgnwh de* KlrgkUi k nhtf fanvdw IM«- dO* *utk, q^t M* <*e, crocèet*, arasant 4e »■»»*» Wo«—iM^«nffc«CWBtjdl» tmigmii k n*i|ij j|.» Btokd.to.ift) kt i .fraisa HftW *■ dM.Ou»J» . . jkMtnt de hnAlm k xMe eattos* du Wols*fj lt ,YgwdlacMkd,Sho«,«kii«k«feffitkfc«Hil>iil isib '.t*wmdJnutip*8mi»»Ô illl w|r ili à»IWnill>

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J'ajouterai à cet extrait du Rapport de M. Cuvier les dates de mon itinéraire. Comme le but principal de l'expédition était l'observation de la constitution géologique du sol et de ses richesses métalliques, ces dates prouveront, je l'espère, que le travail astronomique, bvpso-

métrique et magnétique a été aussi assidu que pouvaient le permettre la rapidité du voyage, l'épuisement des forces et le soin que demandait la conservation des collections. Les citations des pages ont rapport à l'ouvrage allemand de M. Gustave Rose.

Départ de S.-Pétersbourg 20 mai 18291 arrivé à la petite chaîne du Valdaï dans la nuit du ai , séjourné au lac et à Popova Gora jusqu'au 22, arrivé à Moscou le 24 mai. (Rose, t. I, p. 60-80.)

Départ de Moscou le 28, par Vladimir et Mourow à Nichni Novgorod le 3i , descendu le Volga pour arriver dans la nuit le 4 juin à Kazan. Excursion aux ruines mongoles de l'ancienne capitale de Bolgari (Boulghar)du 5 au 7 juin. (Rose, t. I, p. 81-108.)

Départ de Kazan le 9, par Verkhni Moulinsk à Perm le i3, puis par Koungour, Bilembaïevsk et Ghaitanskoi Zavod à Ekatherinenbourg sur la pente asiatique de la chaîne de l'Oural le 1 5 juin. (Rose, 1. 1, p. ioo-i3o.)

Vu les 16 et 17 juin les travaux du grand établissement impérial (Steinschleiferei) dans lequel on taille les topases, les béryls et les améthistes, les al lu vions aurifères de Chabrovskoi, la carrière de silicate de manganèse (rhodonite) et l'usine de fer de Nijni Isetsk. (Rose, t. I, p. 131-175.)

Excursion d'Ekatherinenbourg à Beresovsk au Lac Tchartache du 18-20 juin, k Polefskoi etGoumetehefskoi du 22-24* (Rose, 1. 1, p. 176-278.)

Départ d'Ekatherinenbourg pour le nord de l'Oural le a5 juin. Arrivée par Pichminsk et Neviansk l N^ni

Tïç»uisk(éhihntsssnrms de MM. de DwkftoT)!^ . entrtdansbmh^à 9 heaim fo soir, vkhéleeafc vkms de platine de Sukho~Vissim et Roublovskei, monté à Bdav«Gora si parti de N^ni-lfegoilsk la 3e juin par Kouchva, Laya, Blagodat el Ni}ni-TiiMiail pour atteindre Bogoslovsk. (Rose, 1. 1, p. *7g*3S$.)

Safour à Bogoslovsk du 4*6 Juffletr puis par fer- Uiotourié et Alonsfevsk i Mounînak, oh nous entrâmes de nuit dana lea ntkiesde topasee et de béryls. (Rose, t*I, p. 386-470.)

Retenu à la vilied'Ekatfatinenboiitgpar Osaitaask bit juittst, parti pour Tobelak le 18, arrivant par Ikflsen leae. DeTobalak(dtt *4 Juillet an a ao6t)par le eoimnt «F Afcalak, par Tara, la atappe de Barahinsk, et Eatnak 1 Baraaool. (Rose, 1. 1, p*47t-5os.)

Départ des usines de Barnaoul le 4 août dana la nuit : arrivé par la grande steppe de PlatofsLoi au Lac pittoresque de Kolivan et de là au Schlangenberg dans l'Altaï le 6 au matin. Entré la nuit dans la mine. Le 7 août à Koliwanakoi Zavod (Sieùuchleiferef) où Ton taille et polit les porphjres rouges, les granités, les dîorites et les aventurinee de Bieloreakaya (Rose, 1. 1, p. 5e3-56g.)

Départ du Schlangenberg le 9, arrivé par lea mines de Ridderski et Kroukofskoi à Oust~Kamenogorsk le «3 août. Excursion botanique de M. Eborenberg au mont Prokhodnoi-Bielok. (Rose, 1. 1, p. 570*577.)

D'Oust-Kamenogorsk à Boukbtarminsk le i3 août, de là à la mine de Zyrianovskoi et au poste chinois de Khoni-mailakbou au nord du Lac Dsaisang. Descente

de l'irtyche en bateau, de Boukotarminsk à Oust-Kamenogorsk le 19 août. (Roee, 1. 1, p. 578-610.)

D'OustrKamenogorsk k Semipolatînsk et de là par la steppe d'ichim et par Omsk à Petropavlovsk et à Troiikt du 20 août au % septembre. (Rose, t. II» p. 1-17.)

De lYoizk par Kloutcheskaïa à Miask dans l'Oural méridional. Séjour dans les alluvions aurifères de Miask, où en novembre 1842 on a trouvé une pépite d'or natif, pesant 36 kilogammes.

Excursion au Lac d'Umen, à Slatoust , à la mon* tagne du Grand Taganay, à Soimonovsk et Kichtym, du 3*i 6 septembre. (Rose, t. II, p. 18-161.)

De Miask à Orenbourg par Verkhni-Ouralsk , Ki~ 8ilskaïa, Orsk et Gouberlinsk, du 17-21 septembre. (Rose, t. 11, p. 162-197.)

Excursion d'Orenbourg à la mine de sel gemme d'Uezkaïa Zastchita, dans la steppe des Kirghiz de la Petite Horde, du 22-25 septembre. (Rose, t. II, p. 198-212.)

Départ d'Orenbourg le 26 septembre pour Ouralsk, Samara , Volsk , les colonies allemandes d'Ekatherinenstadt à Saratov, le 4 octobre. Dfe Sarator par Doubovka au Lac El ton etparTsaritsyn k Sarepta, mission des Frères Moraves dans la steppe des Kalmouks , le 9 octobre. (Rose, t. H, p. ai3-28o.)

De Sarepta k Astrakhan, aux bouches du Volga et k la Mer Caspienne, du 1 0-20 octobre. Excursion sur la mer dans le bateau à vapeur de IevreinofF. (Rose , t. II, p. 28i-33i.)

D'Astrakhan par Sem'énovskaïa à Toumenievka, la résidence du prince kalmouk Sered-Djab-Toumeniev, renfermant un magnifique temple bouddique ( Rose, t. II, p. 332-344)9 et de là par Sa rep ta aux rives du Don, près de Staniza Tichanskaïa , puis à Woronedje , Toula, Moscou et St-Pétersbourg , du ai octobre au i3 novembre 1829. (Rose, t. II, p. 34* -4* 6.) L'expédition pendant laquelle nous avons eu l'avantage d'être accompagnés par M. de Menckeh in e , officier supérieur dans le corps Impérial des Mines (Asie centrale, t. Il, p. i34), était partie de Berlin le ta avril ; elle est revenue le 28 décembre , après une absence de presque 9 mois et après avoir parcouru dans un si court espace de temps, une étendue de 4?oo lieues communes de France de a5 au degré.

FIN DU TROISIÈME ET DEHHIBR VOLUMl.

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