‹ Asie mineureChapitre 13 sur 428 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

OOtJF d'oeil sus la fobmb GÉNÉ- RALE DE LA FBESQU'ÎLB.

Il suffît de jeter les yeux sur la carte des continents pour être frappé de la particularité que présente la forme de l'Asie Mineure. Toutes les grandes presqu-Hes du globe, tous les grands caps sont en effet tournés vers le pôle sud, le cap de Bonne-Espérance, comme le cap Horn, l'Italie comme la Grèce ou la presqu'île indienne.

L'AsieMineure seule se détache du continent, en se dirigeant de l'est à l'ouest. Ses côtes sont baignées par les eaux de trois mers qui différent entre elles autant par leur étendue que par leur caractère physique ; enfin le relief de la presqu'île , la forme et la direction de sea montagnes, viennent pour ainsi dire se grouper pour faire de cette partie de l'Asie une terre exceptionnelle.

La preàru'île que non» connaissons aujourd'hui sous le nom d'Asie Mineure ou d'Anatolie est cette parue du

L'UNIVERS

grand continent asiatique renfermée entre le 34° 35' et le 55e degré de longitude orientale. Les côtes de la partie nord appartenant à l'empire ottoman se prolongent jusqu'au $9* degré.

En latitude, le cap Anemour, qui est la terre le plus sud, passe par le 36e degré, et au nord, le promontoire de Sinope passe par le 42* degré 8 minutes. Elle est baignée au nord par le Pont-Euxin, le Bosphore et la Propon* tide ; la mer Egée baigne ses côtes occidentales ; la région du sud est limitée par cette partie de la Méditerranée que les anciens appelaient mer de Rhodes ou de Cilicie.

Du côté de Forient, les limites de l'Asie Mineure ont été très-variables et sont moins faciles à déterminer. Strabon et Anollodore inclinent à penser

Sue tout le territoire qui est à Forient e la ligne tirée d'Ami sus à Issus, ou de Samsoun àScandéroun, doit être regardé comme n'appartenant pas à la presqu'île. Trébizonde et son territoire en seraient alors exclus. La distancequi sépare ces deux points, d'après Eratosthène, a trois mille stades de 700 au degré, soit 554 kilomètres, 865 met.; cette mesure est loin d'être exacte. Les géographes modernes ont étendu le territoire de l'Asie Mineure à l'orient de l'Haï vs; c'est le cours de l'Euphrate qui en forme la limite à l'orient, jusqu'à la hauteur de Malatia et d'Éguine ; ensuite la frontière s'incline à l'est pour venir rencontrer la mer Noire à l'est de Trébizonde. L'erreur des anciens sur la forme réelle de l'Asie Mineure est d'ailleurs bien excusable; car il n'y a guère que soixante ans que les observations deBeauchamp et celles du commandant Beaufort ont donné à l'Asie Mineure sa véritable forme en l'élargissant d'un degré. Danville avait bien senti la difficulté, mais n'avait pu la résoudre. Strabon compte 3,500 stades de Chalcédoine à Sinope, soit 647 k 34, tandis qu'en réalité il n'y en a que 520. Il compte 5,000 stades de Rhodes à Issus, soit 554 ka 865, tandis qu'il n'yaque 125 milles géographiques. Il fait cependant la remarque très-exacte que Amisus et Issus se trouvent sur le même méridien. L'erreur des anciens géographes provient sans doute de ce qu'ils ne se

rendaient pas bien compte de là court qui ferme la côte de la Lycie, et pn naient leurs mesures en suivant h sinuosités de cette côte. La forme gi nérale de la presqu'île est certainetnei la conséquence des nombreux soulèvi ments des montagnes qui ont surgi différents âges géologiques ; mais Y m tion des feux souterrains a eu aussi ui part énorme dans la constitution de ri gions entières.

Néanmoins, malgré l'effet des terri blés tremblements de terre dont non voyons de nos jours l'action désai treuse, nous persistons , malgré Top mon de quelques géologues , basée d reste sur une tradition de l'antiquitt nous persistons à croire au synchre nisme des bassins des mers. Ainsi pou nous le Bosphore comme les Darda nelles et le détroit de Gibraltar appai tiennent, comme les éléments oonstitc tifs, à la période géologique actuelle Nous pouvons même afbrmer, que si depuis notre époque géologique, I formé du Bosphore a été modifiée, c canal a été plutôt rétréci qu'élargi, ca tout le terrain qui avoisine les fie Cyanées d'Europe et celles d'Asie, es formé par des terrains de trachyte qui se sont épanchés dans la mer. Le bassins des mers conserveraient selo; nous depuis cette époque leurs limite respectives si leurs rivages n'étaien soumis à une loi géologique appartenan à la troisième période ; nous voulon parler de la loi des atterrissements.

ÀLLUYIONS DBS FLEUVES.

Si l'on examine la tradition conser vée par quelques historiens, on ne man quera pas d'exemples pour prouver l'ii ruption ou la retraite des eaux marine sur certaines côtes; mais partout o' nous avons été à même de vérifier cett assertion, nous avons reconnu l'effc normal desalluvions. Pour mettre cett vérité en évidence , nous nous conten terons de prendre pour exemples quel ques ports fondés sur les bords de 1 Méditerranée qui nous permettron d'établir avec certitude le mouvemen de retrait, et en même temps les cause de la retraite des eaux de la mer.

lies ports de Cymé, de Milet, d

PMDpétfNtolift, sut la côte d'Asie, Hippose et Cartbacesur la côte d'Afrique, mb donnent des jaloos pour mesurer ta awtbe des aHuvions sur ces côtes, * mm pouvons constater d'autre part est les parts situés loin des enabouchum ëcs fleuves oot continué d'être fréfsestés par les navires.

Les hommes des premiers âges , les les Egyptiens, les Assy- , qui avaient , plus que nous, con« une impression profonde des tenus diluviens, s'étant établis sur les bores des grands fleuves de l'Asie ou de l'Afrique, avaient pris toutes les préentions imaginables Vpour se mettre à faon des inondations. Les travaux qu'ils •testèrent dans ce but étonnent notre imagination, et nous serions tentés de les regarder comme fabuleux, si, chaque jour, tes études faites sur ces contrées n'apportaient la preuve la plus évidente de la véracité des historiens de Tantiqsité, et si Ton n'était souvent à même de vérifier, sur le sol même, la réalité des travaux entrepris et menés à leur in.

Le golfe d'Alexandrette, qui était dans Faanquité un port aussi salubre que ceoNBode, n'offre plus sur son rivage sse des marais pestilentiels; l'effet naturel des vagues apportant nécessaiwawjit sur ceu>. côte tous les détritus use contiennent les eaux a suffi en queli siècles pour opérer cette métamor-

La province voisine, que les anciens 1 — tt la Cilicie champêtre, est une étendue de terrains d'atterrisqui sont couverts de la plus abondante végétation. Plusieurs rivières, le Sants , le Pyramus , le Cydnus , arrosent ces contrées et continuent de raocroltre en étendue. Ce mouvement des terres est déjà apparent dans l'antiquité. Entre la ville d Adana et la mer, sont de vastes maremmes qui se sont formées depuis cette époque. La ville de Tarsous, qui était maritime dans l'antiquité, ne reçoit plus maintenant de navires, et le fond de la mer s'est tellement exhaussé que les navires sont obligés de mouiller à Mersioe , à deux lieues de Tarsous.

A l'ouest de Tarsous , il y avait un port romain , dans la ville de Pompéio-

*• Livraison. (Asie Mineurs.

poli» ; ce tort est aujourd'hui entièrement comblé. Ici , les eaux douces ont une propriété incrustante qu'on remarque dan* presque toutes les rivières de la côte. Ainsi , le port de Pompéiopolis est rempli par une véritable roche , et les blocs de colonnes ou autres débris qui sont épars dans cette masse, sont noyés comme dans une espèce de ciment.

La rivière de Douden, que les anciens appelaient Catarrbactès, parce qu'elle se précipite dans la mer aune grande hauteur, jouit au plus haut degré T de cette propriété incrustante. Tout le territoire de son parcours est converti en véritable rocher qui englobe les plantes, les restes d'animaux, et les couvre d'une couche calcaire.

En continuant le périple vers l'ouest, on arrive dans la province de Lycie qui offre d'immenses et magnifiques ports dans un état parfait pour le mouillage des navires : le port de Marmarice, celui de Macri ; les ports de Myra , Phellus Antiphilo : c'est qu'ici le Taurus domine la côte presque verticalement et les eaux n'ont pu charrier de limon dans ces ports.

Nous avoD s souvent entendu les marins et les géographes se demander pourquoi la côte d\Asie et la côte du nord de la Méditerranée étaient si riches en excellents ports, tandis que dans tout son parcours la cote d'Afrique n'en offrait pas un seul digne de ce nom. Vocî la véritable raison : le continent Africain a été dans l'origine aussi échancré que le continent d'Asie ; mais sous l'influence des aiterrissements et surtout, car ceci est une cause majeure, sous l'influence des vents du Nord qui régnent sur cette côte pendant huit mois de l'année , le mouvement de la mer loin d'enlever la moindre parcelle de sable, les accumule sans cesse sur le rivage. Tout ce qui existait de ports, golfes ouécbancrures, a été peu à peu comblé, tandis que la côte d'Asie, abritée par ses hautes montagnes est restée dans l'état où elle fut créée.

Si nous remontons vers le Nord en suivant la côte, nous trouvons un des exemples les plus curieux de la puissance des atterrissements pour changer la surface d'un pays. Nous voulons parier de la ville de Milet, une des places mari- T. il S

L*tnMV£ft&

times les phis célèbres de rantiqoité.

Milet avait quatre ports, dont on seul pouvait contenir une flotte entier** elle tut fondée onze cents ans avant J.-C., et sons Alexandre die jouissait encore de son pouvoir maritime. Mats 'Milet était située à l'embouchure du Méandre, et ce petit fleuve, dont le sinueux parcours est devenu proverbial', a suffi pour anéantir complètement cette mère de quatre-vingts colonies. Il y a on fait re» marquable, qui paraît avoir été oublié ? c'est que les sinuosités du Méandre sont essentiellement variables. Dans fespaee de deux ou trois ans, la direction des eaux change plusieurs fois, et, sans abandonner positivement la ligne générale de son parcours, le fleuve se prati* que à droite et a gauche d'innombrables lacets qui finissent par former des lits nouveaux.

Toutefois Strabon (1) mentionne un usage des Ioniens oui prouve que cette observation avait déjà été faite pair les riverains du fleuve. On raconte, dit-il , qu'on intente des procès au Méandre toutes les fois qu'il chnïige les limites uVs champs en rongeant tes angles de ses rîves, et que s'il en est convaincu, on le condamne à des amendes qui Bout prises sur les péages.

1,6 Méandre coiile depuis Ta ville de Téni-Cheher jusqu'à la mer, dans une masse de terrain meuble dont la puissance n'est pas comme, mais qui dftpassé de beaucoup Ta profondeur de son jt. Dans les jgMiides crues, quand le connut est devenu rapide, les eaux ravinent peu à peu Te rivage, qui, presque partout , forme une falaise verticale.

Dans les endroits où il y a un remous, la falaise ruinée peu a peu, s'écroule, et le neuve s'enfonce dans un coude qu'il creuse incé&samment. Ce mouvement des ondes va ensuite frapper la rive opposée qui est ravinée de la même manière , de sorte que les eaux se creusent un lit en zizgag qui a donné à ce cours d'eau un caractère particulier. Mais l'action des eaux sur les rives étant incessante , les terres sont peu à peu entraînées dans le lit du fleuve, les coudes se comblent pour se reformer sur de nouveaux dessins, et il n'est pas rare,

(i) XII, 58o.

comme tor vallée srH4t>peai de pente* de voir les eaiuc prend» «me dirtctio* en sent inverse du cours du aVftveet former des nœuds qe'il est kHposibbe de déterminer exe rti ment parce qu'ils sont tovjoure variables; -Larvetsie de> terrain, qui est *ompeeé d'en eable argileux, se prête à ces jeux do la nature, et comme 4e*ol de latettéeduMéenére est presqne entièrement cou vert deprab ries, d'herbes fines* > 4e «ours de la rivière sfy dessine d'une manière saisissante qui a frappé tous osa» qui ont parcouru ces rives. Une antre ville, Priene, située dans le voisinage du fleuve, et enfln Héradée du Latmna, placée en fend dVn golfe du mémo nom, partiel* paient aux privilèges des villes meviti» mes. Le Méandre, en charriant des sa»

blés , a peu à peu comblé le port de Priène , celui de Milet, et a fermé rentrée du golfe de Latmus, de manière h en former un lac qu'on appelle aujourd'huiOufa-Bafl. Milet est a pies de deu& lieues dans les terres, et une Ile, 111e de Lade, assez éloignée jadis du continent, a été englobée dans les atterrissemenis, et ne se retrouve plus aujourd'hui.

La ville maritime d'Ephèse a eu le même sort que Milet Son port est aujourd'hui comblé par les attovions du Cavstre*

Un antre fleuve de l'Asie Mineure, l'flermus, qui se jette dans le gstfe de Smyrne , joue à regard de cette ville lf même rôle que le Méandre à régavé de Milet. Les masses énormes de limon qu'il charrie ont formé une large beçdf ee terrain sur laquelle est assise la viili de Ménimen; mats* de* plus, il fo&im è l'entrée du golfe de Smyrne un banc dont l'étendue augmente de jour/ ex Jour, et , si des travaux de draguera ni sont pas exécutés dans un bret« owai on peut prédire le moment assec rep proche où les vaisseaux ne poureon plus aller mouiller à Smyrne. Bien plus on peut être assuré que dan»im temp donné le goUe de Smyrne deriead fa tu lac, comme le golfe de Milet.

En dehors du golfe de Srayme^ ver le nord ; était une autre vMle célèbre , L ville de Cy me, avec un port maritime e un port de commerce. Les altuvion du Caïqtie ont tellement changé l'aspec de cette cdte * que Ton clierche en ?eii

raoben mage; les jetées de l'ancien sort se voient à près d'une lieue dans les terres , au milieu de marécages qui portent dans le pays le nom de Touzla cote*, la Saline-aux-Oies. On comproad dans quelle perplexité se sont ' trasvés les géographes qui voulaient rétamer les vestiges du monde ancien, avant qwt ces observations eussent été ' faites- Les fleuves de la Troade , qui sot changé leurs cours et mêlé leurs eaux, mettaient nos devanciers dans uû esabarras inextricable.

Cette action évidente des al lavions,

C* ont formé de vas les territoires sur côtes d'Afrique et dont le delta du.

Kl est le plus célèbre exemple , a lieu étalement sur la côte nord de l'Asie Mineure. Les vents du nord et du nordouest étant ceux qui régnent le plus' régulièrement dans ces régions, tous les sables charriés par les rivières si petites eu'eUcs soient sont restés sur ta côte. et ont converti les moindres criques en sAturages. Si Ton jette les yeux sur b cote opposée, la presqu'île de Crimée offre les magnifiques ports de Sébastopo), Balaklava et plusieurs autres sawillages. Sur la cote d'Asie, il n'y a qee la presqu'île de Sinope, qui, abritas* ta cite des vents du large, a préservé le port des ensablements. Dans h Proponlide , l'exemple n'est pas bkmus frappant; sur toute la côte de Thraee, il n'y a aucun port, tandis que sar la cote opposée on voit encore le port de Cyxique qui pourrait s'ouvrir pour abriter une flotte. Suivons un saunent la même loi sur tout le littoral sud de la Méditerranée ; nous trouvons partout des mouillages forains, excepté dans la baie d'Oran; tandis que sur la elle nord, nous comptons la Spezzio, Gènes, Vjllefrsncbe , Toulon, Marseille et d'autres encore jusqu'à Gibraltar* Ceci n'est certainement pas l'effet du hasard, ,, , . ,

iaeâteoccidentale^eTAsie Mineure, étant iarteenent accentuée, présente en ssène temps l'un et l'autre des deux phénotnentf, c'est-à-dire des golfes larges et profonds* comme, ceux de 8aaynae,deiassuset dTHaljcarnasse, et en même temps, des golfes comblés > ceux de Latmos et de Cymé.

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