TRAITEMENT
Je n’essaierai point, Monsieur le Prêifet, — la tâche serait an moins fort difficile — de déterminer à quel mode de traitement, à quel agent
thérapeutique il y a lieu d’attribuer la guérison des malades dont il est lait mention dans les documents ci-dessus. Il est bien rare, en effet, que dans le cours d’une maladie, nous n’employions qu’uiie seule et même médication. Je me bornerai donc ici, Monsieur le Préfet, à quelques considérations générales sur les moyens curatifs que je mets le plus souvent en usage, et qui sont :
1 “ Le traitement moral proprement dit, qui ne peut être ni défini, ni décrit en quelques mots et à l’emploi rationnel duquel j’attache une grande importance, notamment dans fis cas de lypémanie, de monomanie et de folie morale ;
2“ Le travail, moyen thérapeutique sur lequel je reviendrai tout l’heure ;
3“ Les exercices gymnastiques, principalement poui les imbéciles, faibles d’esprit, certains mélancoliques et monomanes ;
4“ Les bains tièdes prolongés avec application ou jet continu d’eau froide sur la tête, dans la manie aiguë; les bains d’affusion, l'hydrothérapie, dans la lypémanie et la folie morale ;
5“ Les purgatifs — sels neutres et résineux —, l’émétique à haute dose ou en lavage ;
6“ Les exutoires et surtout le séton à la nuque chez les paralytiques, et en général dans tous les cas ou la démence est imminente ;
7“ La médication bromo-iodurée et les alcalins, principalement dans la lypemanie et la première période de la paralysie générale ;
8“ L’bude de foie de morue, le quinquina, les toniques et analeptiques en général, lorsqu’ils sont spécialement indiqués ;
9“ L’opium dans la manie aiguë, la belladone et le datura, dans la folie avec hallucinations tt certaines formes de lypémanie hypochondriaque ;
10° Enfin, dans quelques cas assez rares, la saiguée et autres émissions sanguines.
Dans le traitement de la folie, je cheiche, avant tout, à seconder les efforts de la nature, convaincu que cette maladie ne guérit presque jamais sans crises dont nous no pouvons guère que lavoriser l’évolution.
Un mot sur le travail envisagé comme agent thérapeutique.
Jrt considère les travaux manuels et surtout les travaux en plein air, qui impliquent l’action successive ousimultanée des divers muscles locomoteurs, en même temps qu’une certaine application sans fatigue, tels, par exemple, que les travaux de terrassement, de jardinage, etc., comme préférables à tous autres en tant que moyens curatifs.
Dans quelques cas, cependant, il y a lieu de tenir compte de l’édu-
cation, de la position sociale et de la nature du délire des aliénés, dans le choix du mode d’occupation à leur attribuer.
Chez les femmes, le travail au déhors est plus difficile à organiser; cependant nous pouvons déjà en occuper une quarantaine au moins à la ferme, à la buanderie, à la cuisine et aux menus travaux d’intérieur; mais le plus grand nombre travaillent à la couture.
Dans la mauvaise saison et surtout pendant les longues soirées d’hiver, des lectures en commun sont faites dans les divisions, et de plus une bibliothèque, que nous augmentons cha [ue année, est mise à la disposition de ceux de nos malades que nous jugeons capables de tirer agrément et profit de la lecture de livres cho’sis, qui sont distribués chaque jour sur les indications du médecin.
En dehors des promenades que nos malades peuvent faire, soit dans de vastes préaux attenant à chaque division, soit, pour quelques-uns, dans les jardins et dépendances de l’établissement, nous organisons une ou deux fois par semaine, dans la belle saison, de longues excursions dans la campagne pour les malades les qdus calmes.
Les dimanches et fêtes, un certain nombre de nos aliénés assistent aux offices, et qiielques-uus d’entre eux en reçoivent une impression favorable qui vient seconder les autres moyens de traitement. Malheureusement, notre chapelle est devenue complètement insuffisante, et comme nous ne pouvons l’agrandir, il nous faudra bientôt en construire une nouvelle plus vaste et^mieux appropriée à sa destination.
Enfin, Monsieur le Préfet, en 1863, nous avons complètement institué dans le quartier des hommes une école de chant et organisé une musique d’harmome, qui fonctionne d’une manière très-satisfaisante depuis 8 d 10 mois. Nous ferons mieux encore cette année.
§ V. — Décès.
La comparaison du chiffre des malades secourus — 717 — avec celui des décès — -45 — donne, pour l’année 1863, la proportion de 1 décès sur 13.49 ou 6.27 0/0.
En 1859, la proportion des décès avait été de 8.49 0/0.
Les résultats obtenus en 1863, ont donc été un peu moins satisfaisants
qu’en 1837, 1860, 1861 et 1862; mais ils out été plus favorables qu’en 1838 et 1839.
Voici du reste, par comparaison. Monsieur le Préfet, quelques-uns des résultats consigf>és dnns les docmnents que j'ai sous Tes yeux.
Dans l’Asile d’Anxerre, par exemple, considéré comme l’un des mieux organisés de France, la mortalité a été :
En 1836, de 1 sur 14.13 ou 7,07 0^0.
Et en 1837 1 11.56 8.65 (1)
Dans les quartiers d’aliénés de la Salpêtrière et de Bicètrci ell- a été :
En 1837, de 1 sur 3.63 ou 17.71 0/0.
C’est-à-dire qu’elle a été près de trois plus forte qu’à l’Asile de Blois eu 1863.
Si, d’ailleurs. Monsieur le Préfet, comme les années précédentes, je compare le chiffre des aliénés de la Seine décédés en 1863 — 13 — à celui des malades du même département traités à l’Asile — 344 —, j’obtiens la proportion de 1 décès sur 23, proportion notablement plus faible que pour l’ensemble de notre population, mais de biaucoup moins élevée que celle obtenue pour tous les aliénés de la Seine traités dans les divers Asiles départementaux, où elle a été, en 1862, de 1 sur 13.16 (2).
(1) Etudes pratiques sur les maladies nerveuses et mentales, par M. Girard de Callleux, 1863, pages 12 et 13.
(2) Rapports sur le service des aliénés du département de la Seine.
l» NATURE DE LA MALADIE.