‹ Asile départemental d'aliénés de BloisChapitre 31 sur 34 · IS · texte numérisé non relu

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Suite du Tableau vingt-quatrième. — maladies incidentes. —

Je m’arrêterai un instant sur ces deux tableaux, Monsieur le Préfet, doiit l’examen me paraît offrir quelque intérêt.

Eu d863, comme les années précédentes, nous avons observé à l’Asile de Blois un certain nombre de maladies incidentes liées plus ou moins directement à l’aflfec ion cérébrale, et qu’on rencontre dans tons les établissements d’aliénés ; je dirai un mot d’abord, Monsieur le Préfet, de cette catégorie des maladies incidentes.

Phthisie pulmonaire. — Chez les hommes, 3 cas, 3 décès ; chez les femmes, 17 cas, 7 décès. ’

La phthisie pulmonaire est très-commune chez les aliénés. Dans la majorité des cas, elle est, je crois, consécutive à l’aliénation, ou tout au moiüs ne se manifeste que plus ou moins longtemps après 1 explosion du délire, et cela surtout chez les maniaques chroniques et les déments. Cette phthisie consécutive — qu’il y ail ou non prédispositiim , — me parait devoir être attrihuée à deux causes principales :

lo’ha fatigue que font éprouver aux organes pulmonaires les cris, les vociférations incessantes que poussent certains aliénés — les femmes surtout; — 2“ La lésion de l’innervation, lésion limitée d’abord à celte partie du système nerveux, siège de l’intelligence et des mouvements voloutaires, mais qui ne tarde pas à atteindre également celle qui préside à la nutrition des organes. C’est à cette lésion de l’innervation qu’il faut surtout attribuer, je crois, tous ces phénomènes morbides que nous observons si souvent chez les aliénés chroniques du côté de l’enveloppe cutanée, de la muqueuse gastro-intestinale et en général d..ns tout l’organisme.

Mais la phthisie des aliénés est loin d’ètre toujours consécutive, et elle serait beaucoup moins souvent, j’en suis convaincu, considérée comme telle, si tous les malades étaient auscultés avec soin au moment de l’admission. Malheureusement cet examen n’ett pas toujours facile.

Chez les idiots, par exemple , dont l’élai le plus souvent se prête à cet examen , nous constatons fréquemment à l’entrée l’existence d’une phthisie turberculeuse. Celle phthisie est bien, il est vrai, consécutive à l’affection cérébrale congéniale, mais elle diffère de celle dont je viens de parler, en ce sens qu’elle se manifeste avant l’admission. Les deiix maladies, du reste — idiotie et phthisie - ont souvent un point de départ commun, la prédisposition héiédilaire et la conslitutiou organique, si je puis m’exprimer ainsi.

La phthisie pulmonaire est assez commune également chez les aliénés proprement dits, les lypémaniaques notamment : est-elle en ce cas cause ou effet ou bien plutôt simplement concomitante ? je n’en sais trop rien. Mais il résulte au moins de l’observation de tous les jours que souvent chez les aliénés phthisiques, les accidents du côté de la poitrine alternent pour ainsi dire avec les manifestations délirantes et semblent même parfois disparaître complètement tant qu’il reste la moindre

^Tu^^qÎd en soit, Monsieur le Préfet, la phthisie pulmonaire nous enlève chaque année un assez grand nombre de malades un cinquième environ du chiffre total des décès — ; encore, sous ce rapport, sommes-nous des mieux partagés.

Maladies gastro-intestinales. — Nous avons bien souvent au^si. Monsieur le Préfet, à combattre chez nos malades certaines affections gastro-

iiilestifflales relativement fréquentes chez les aliénés, je veux parler de la diarrhée et de l’entérite aiguë ou chronique.

Parfois ces maladies sont dues simplement à l’ingestion dans l’estomac de corps étrangers, feuilles, cailloux, morceaux de bois ou d’étoffesles accidents de cette nature disparaissent le plus souvent dès qu’a cessé d’agir la cause qui les a produits. Quelquefois aussi ils se terminent plus ou moins rapidement par la mort.

Mais il est. Monsieur le Préfet, cerfames affections gastro-intestinales dont il faut aller beaucoup plus loin rechercher la cause, et que je serais disposé à attribuer à cette même lésion de l’innervation dont j’ai dit un mot en parlant de la phthisie consécutive. Mais ici cette lésion de l’influx nerveux jouerait un double rôle ; elle agirait en modifiant profondément les sécrétions et par suite le fonctionnement régulier des organes, mais aussi en amenant dans i’eppétit ou plutôt dans cette espèce de faculté instinctive de l’estomac qui lui fait distinguer et choisir les aliments qui lui conviennent, une perturbation quî a pour effet l’ingestion dans le tube digestif d’aliments qu’il ne digère pas ou qu’il digère incomplètement, et pour résultat presque constant la lienterie et l’inflammation de la muqueuse intestinale.

C’est au médecin , Monsieur le Préfet, qu’il appartient de modifier, dès qu’il en est besoin, le régime alimentaire des malades chez lesquels se manifestent les signes de cette espèce d’a tonie des organes.

Qu’il me soit permis à cette occasion. Monsieur le Préfet, de répondre ici à certaines observations qui nous sont souvent adressées au sujet du régime alimentaire exceptionnel que nous donnons à nos malades et des soins hygiéniques dont nous les entourons.» Leur nourriture est trop substantielle, nous dit-on; vous leur donnez trop de bains; vous les cou. hez trop mollement; chez eux ils ne mangeaient de viande qu’une ou deux fois par semaine; ils ne prenaient presque jamais de bains, couchaient sur la dure et ne s’en portaient pas plus mal... Voilà l’objediou ; je vais y répondre en quelques mots.

Je ne déviais pas, ce me semble. Monsieur le Préfet, avoir besoin de dire que les aliénés sont des malades', et cependant c’est parce qu’on l’oublie trop souvent qu’on en arrive à nous reprocher nos dépenses de viande, de combustibles et de literie ; oui certes, ce sont bien des malades, et des malades chez lesquels nous avons, dans l’immense majorité des cas, à combattre deux phénomènes morbides bien graves : l’affaiblissement général progressif et la suppressiou de la transpiration insensible. Voilà le pourquoi. Monsieur le Préfet, des 1,300 gr. de viande et des 15 décilitres de vin que nous donnons, par semaine, à chacun de nos malades, et des 10 ou 12 bains de propreté que nous leur faisons prendre dans le cours de l’année.

Pellagre. — On a fait tant de bruit, depuis qiïelqwes années, de l’existence fréquente, chez les aliénés, d’une prétendue affection pellagreuse, que je crois devoir. Monsieur le Préfet, m’arrêter un instant ici sur cette question.

Pour moi, comme pour, l’immense majorité, je le crois du moins, des médecins spéciaux, il n’exi>te pas de pellagre spéciale et propre aux aliénés. Nous savions tous depuis longtemps, et plusieurs même l’avaient si.çnalé, que les aliénés, les chroniques principalement, ofiraient assez Muvent une diarrhée incoercible, llaffaiblissement général et progressif di s forces, et quelquefois aussi une desquammation dé la peau de la face dorsale des mains, symptômes qu’on observe, en effet, dans la vraie pellagre. Mais de là à rattacher à celte maladie des phénomènes morbides dont il est le plus souvent facile de déterminer le point de départ et la cause déterminante, il y avait un pas énorme à franchir et qui n’eût pas dû l’ètre.

Je sais bien que l’honorable promoteur de celte idée n’appelle plus cela qu’une cachexie spéciale aux aliénés ; mais alors pourquoi tant de bruit? Je neveux pas, du reste, m’étendre davantage ici sur cette question, et cela d’autant mieux que je ne sais plus trop comment aujourd’hui elle est envis-igée par celui-là même qui l’a soulevée. Diminuez 1 encombrement de vos quartiers, donnez à vos malades une quantité suffisante de viande et de vin, et vous u’observerrà plus que bien rarement votre prétendue cachexie pellagreuse.

En 1863, Monsieur le Préfet, nous avons, chez deux de nos malades, observé quelque chose d’analogue à ce qui a été décrit sous ce nom.

L’un de ces malades, lypémauiaque chronique, admis pour la seconde fois à l’Asile le 13 juin 1859, nous a offert sur le dos des mains une éruption d’apparence pellagreuse. Mais voilà tout : Ce malade, du reste, s’était toujours fort mal nourri, refusant obstinément de manger de la viande et de boire du vin. Voilà, ce me semble, un argument des plus péremptoires à l’appui de ce que je . disais tout à l heure au sujet de l’influence de l’alimentation.

Le second aliéné chez lequel nous avons, en 1863, observé une éruption d’apparence pellagreuse, est un dément entré à l’Asiile de Blois le 26 février 1859, après avoir séjourné à Bicêtre 18 mois environ. Notre bien regrettable confrère Landouzy, qui a beaucoup hésité à se prononcer sur le premier malade, n’a pas reconnu chez celui-ci les symptômes cutanés de la pellagre ; et cependant, c’est le seul chez lequel nous ayons constaté certains autres symptômes rattachés communément à cette maladie, la titubation et la diarrhée notamment.

Quoi qu’il en soit, M. U Préfet, voilà, je crois, depuis 5 à 6 ans, les seuls phénomènes morbides observés par nous, qu’on [misse rattacher de

près ou de loin à l’affection pellagreuse, et cela malgré le soin que nous apportons à noter tout ce qui a trait à celle question.

Congestion et hémorrhagie cérébrale. — Nous avons souvent, dans les Asiles, à combattre des congestions cérébrales, beaucoup plus rarement des hémorrhagies.

Ce n’est pas, d’ailleurs, chez tous les aliénés indistinctement qu’on observe plus particulièrement la congestion cérébrale, mais Lien surtout chez les déments paralytiques.

Dans la paralysie générale, en effet, la congestion domine, pour ainsi dire, toute la série des phénomènes morbides j elle préexiste à la maladie, dont elle est très-souvent, sinon toujours, la cause anatomique ; on l’observe à chaque instant dans le cours de la maladie confirmée, et souvent enfin, elle emporte en quelques jours le paralytique la veille encore plein de force et de vie.

L’hémorrhagie cérébrale, beaucoup plus rare que la simple congestion, s’observe dans toutes les formes d’aliénation mentale. Les quatre malades qui, en 1863, ont été emportés par cette lésion des centres ner¬

veux, sont: un paralytique, un dément et deux lypémaniaques.

Dans l’épilepsie, la congestion cérébrale, consécutive à l’accès convulsif ou tout au moins concomitante, est souvent observé dans les Asiles d’aliénés, et emporte chaque année quelques malades. Mais dans la majorité des cas, elle disparaît après quelques jours d’un traitement rationnel — sangsues et révulsifs.

Hémorrhagie méningée. — Nous en avons eu, en 1863, trois cas seulement, qui se sont d’ailleurs terminés par la mort, et que nous avons observés chez une femme atteinte de lypémanie avec excitation, et deux hommes épileptiques. C’est surtout, eu effet, chez les épileptiques que nous avons rencontré l’hémorrhagie méningée, et cela presque constamment au printemps, lors des premières chaleurs.

Telles sont, Monsieur le Préfet, les principales ‘maladies qu’on rencontre plus spécialement chez les aliénés.

Parmi les affections ace*den<e//es que nous avons observées à l’Asile en 1863, je citerai plus particulièrement :

Chez 11 s hommes :

Un abcès du cerveau consécutif à une plaie du crâne; vous Irouver, Z plus loin (p. 83), Monsieur le Préfet, l’ob.-ervation de ce malade;

Une amputation incomplète des doigts que s’était faite un lypémaniaque dans un accès de désespoir et cela avant son entrée dans l’établissement. Ce malade a quille l’Asile notamment amélioré et la guérison s est confirmée dans la famille.

Chez les femmes :

Un accouchement naturel : ce n’est nae là . i

.Cl. cc U pas la, a proprement parler, une

maladie intercurrente, mais bien plutôt un accident assez rare d’ailleurs dans les Asiles. La malade dont il est ici question, maniaque chr. nique de la pire espèce élait, lors de sou admission, aliénée depuis deux ans et enceinte d(ï trois mois environ, elle est accouchée à neuf mois d'une enfant frêle et délicate qui ne vivra probablement pas. L’agitation de la malade, d’ailleurs, ne s’est pas un instant calmée ni pendant ni après l’accouchement et aujourd’hui elle est eu enfance, on peu s’en faut ;

Une dizaine de cas de maladie de l’œil, dont nous n’avons pas observé un seul du côté des hommes, à part un iritis traumatique; il en était de même l’année dernière. Nous avions cru d’abord, Monsieur le Préfet, devoir attribuer cette fâcheuse prédilection à la poussière des démolitions qui ont été effectuées plus particulièrement du côté des femmes : mais un examen attentif des faits nous a démontré que ce n’était pas là la cause principale et moins encore la cause déterminante unique. Il serait, je crois, plus rationnel d’atiribuer cette fréquence relative des affections de l’œil, dans la section des femmes, à la vie plus sédentaire qu’elles mènent et qui les exiiose d’une façon tonte particulière à la poussière irritante de certains ateliers, ceux des éplucheuses de laine et de crin notamment. Quoi qu’il en soit, nous sommes venus facilement à bout de ces affections intercurrentes 'dont quelques-unes cependant ont été assez tenaces.

Les mois les plus mal partagés, sous le rapport des maladies incidentes, ont été : chez les hommes : ceux de septembre, août et octobre; et chez les femmes : ceux de no cembre, décembre r t mars. Sous le rapport des décès, ce sont les mois de novembre, avril, juin et octobre qui ont fourni le pins fort contingent ; la moyenne a été d’un peu moins de 4 décès par mois.

4» DURÉE DU SÉJOtR ET AGE DES ALIÉNÉS DÉCÉDÉS.

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