Cf. Cicéron, Ad Allicum, XIV, 8, 00; Suélone, Cœsart LII
Cléopàtre rentra à Alexandrie sans opposition. Mais la guerre civile imminente entre les césariens et les républicains rendait sa situation difficile et sa royauté précaire. Alliée du peuple romain, elle ne pouvait rester neutre dans cetle lutte, sous peine de voir les vainqueurs, quels qu'ils fussent, la punir de son abandon par l'annexion de rÉgypte à l'empire^ La reine penchait pour les triumvirs. C'était des partisans de César qu'elle avait reçu à Rome le
moins mauvais accueil, et Antoine, par politique, il est vrai, plutôt que par amitié, avait parlé en faveur de son fils. D'un autre côté, si les triumvirs avaient TOccident, leurs adversaires étaient à peu près les maîtres de TOrient. Ils menaçaient immédiatement rÉgypte. Au début des hostilités, Cassius, qui occupait la Syrie avec huit légions, manda à Gléopâtre de lui envoyer des renforts. Presque en même temps, un des lieutenants d'Antoine, Dolabella, assiégé dans Laodicée, adressa la même demande à la reine d'Egypte.
Cassius était quasi victorieux; Dolabella était fort compromis. La prudence commandait de prendre parti pour le premier.
Cléopâtre, néanmoins, resta fidèle à son alliance tacite avec les césariens. Quatre légions romaines, deux laissées par César et deux formées des anciens soldats de Gabinius, cantonnaient à Alexandrie. La reine donna l'ordre qu'elles partissent pour Laodicée. Mais l'envoyé de Dolabella, Alliénus, qui avait pris le commandement de
ces troupes, tomba en Syrie au milieu de l'armée de Cassius. Soit pusillanimité, soit trahison préméditée, Alliénus réunit ses légions à celles de l'ennemi contre lequel il les amenait. Seule une escadre égyptienne, que Cléopâtre avait aussi envoyée à Laodicée, arriva au lieutenant d'Antoine*.
Peu de temps après le départ des légions, en 43, le jeune roi Ptolémée mourut subitement. On a accusé Cléopâtre de l'avoir fait empoisonnera Ce crime, qui est loin d'être certain, n'a rien d'invraisemblable. Il est possible qu'au moment où, par l'absence des soldats romains, Cléopâtre se trouvait sans troupe sûre, elle redoutât quelque conspiration de palais ou quelque émeute qui la chassât du trône pour y placer son frère.
Six ans auparavant, le même fait s'était produit au profit de son autre frère, et Cléopâtre avait bien failli en être victime. Dès
1. Cf. Appien, De Bello civili, IV, 61, 74; Dion, XLVII, 26-31.