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le type érythémato-squameux : « l’éruption apparut en même temps sur la région de l’éminence thénar des deux mains; elle eut pendant les trois premières années l’aspect de taches rouges un peu saillantes, légèrement squameuses, au niveau desquelles l’épiderme, dur, se fendillait de temps à autre. Sur les points atteints apparurent ensuite des pustules… »
Mais nous devons à notre maître, M. Gougerot, des observations de formes de transition encore plus nettes; les lésions érythémato-squameuses ne constituent pas seulement dans ces cas un mode de début de la forme classique; les deux ordres de lésions évoluent parallèlement.
OBSERVATION II (dûe à M. le Professeur agrégé Gougerot)
Forme de transition avec la variété vésiculo-pustuleuse
Le malade, âgé de trente-neuf ans, est sans antécédents familiaux ni personnels, sauf un peu d’éthylisme; l’examen des viscères ne relève rien d’anormal.
Les lésions des doigts ont commencé sans raison connue à l’âge de vingt-cinq ans et le malade est vu à l’âge de trente-neuf ans en 1918 à la fin de la guerre; la dernière dermatose est indépendante de sa profession car, pendant la guerre, mobilisé comme fantassin, il n’a pas manié le fil et les lésions ont persisté. |
Elles atteignent les troisième, quatrième et cinquième doigts des deux mains où elles sont en permanence; elles envahissent irrégulièrement les premier et deuxième doigts pour des semaines à chaque atteinte.
Depuis 1918 le malade a été revu à plusieurs reprises en raison des douleurs des fissures et des échecs thérapeu-. tiques; les lésions ont toujours le même aspect; les doigts sont surtout pris à leurs faces dorsale et latérale, sur l’étendue des troisième et deuxième phalanges; l’extrémité de la pulpe est constamment envahie, mais les lésions ne dépassent pas la première phalange; la peau est œdématiée, rouge, squameuse; les squames, très adhérentes, irrégulières, petites ou larges, sont mal délimitées; le grattage méthodique de Brocq ne montre aucune vésicule à la coupe ou à ‘la vitro-pression avec le papier à cigarettes; on atteint le derme qui saigne sans rencontrer de vésicules. Les bords . des lésions sont de plus irréguliers; l’érythème déborde largement l’épiderme squameux de trois à huit milimètres. Les fissures sont constantes, plus ou moins profondes, toujours. très douloureuses, saignant facilement; les ongles sont cannelés. |
Le malade affirme qu’au début, pendant les trois premières années, l’épidermite était avant tout vésiculo-pustuleuse, que cet état érythémato-squameux fissuraire n’est survenu que peu à peu, de longs mois après les poussées de vésiculopustules, et qu’encore maintenant il survient des vésiculopustulettes. De fait en Février 1923, sans raison connue, les lésions augmentent et, sur la nappe érythémato-squameuse habituelle, surtout à l’extrémité de la pulpe, on aperçoit une douzaine environ de vésiculo-pustulettes de un à deux millimètres, qui ne dureront que trois semaines. Pendant ce temps tous les traitements échouaient régulièrement : ni- ‘trate d’argent, eau d’Alibour, permanganate, fuchsine etc, baume de Bessade, pâte d’Alibour, pommades mercurielles, crysophaniques, resorcinées, etc.
L'apparition des vésiculo-pustulettes permettant de rattacher ce cas singulier à l’acrodermatite d’Hallopeau, la radiothérapie fut aussitôt tentée et la guérison complète fut
obtenue en un mois; depuis lors il n’a plus eu de récidive. ___Tous les examens des squames et des vésiculo-pustulettes restèrent négatifs, ne montrant que du staphylocoque blanc banal : pas de champignons. Bordet-Wassermann négatif.
OBSERVATION III (dûe à M. le Professeur agrégé Gougerot)
Forme de transition avec la forme vésiculeuse
Une jeune femme brésilienne de vingt-sept ans, hérédosyphilitique guérie (Bordet-Wassermann négatif au Desmoulières), ayant eu des attaques tuberculeuses bénignes, semblant éteintes (pleurésie sèche à la base gauché), souffre depuis l’âge de vingt-deux ans et sans raison connue d’acrodermatite de la main droite. M. Gougerot la voit de passage à Paris en septembre 1925. L’extrémité de tous les doigts est atteinte mais les poussées sont surtout marquées aux quatrième et cinquième doigts : c’est la forme classique vésiculeuse. |
Sur un fond rouge, œdématié, douloureux, sont disséminées de huit à trente vésicules plates ou hémisphériques de deux à trois millimètres, rarement quatre millimètres, contenant un liquide clair riche en polynucléaires éosinophyles. Les poussées surviennent sans raison connue, parfois peut-être déclenchées par les règles. Les douleurs sont variables, inconstantes. Les lésions revêtént toujours le même aspect depuis cinq ans, sans aucune autre lésion cutanée ou muqueuse. :
L'examen général ne révèle aucun trouble viscéral. On compte 9 p. 100 de polynucléaires éosinophyles dans le sang.
M. Gougerot propose l’opothérapie, les réducteurs et surtout la radiothérapie. Elle repart pour l'Amérique et n’est revue qu’en Mai 1926.
Depuis décembre 1925 les lésions vésiculeuses ont dis-
AN Vus
paru faisant place aux lésions actuelles érythémato-squameuses fissuraires identiques à celles du malade précédent, atteignant surtout les deuxième et troisième doigts. Elle repart, voyage en Europe et la radiothérapie ne peut être pratiquée qu’en Juillet : elle guérit en six semaines et elle est restée guérie depuis lors. C
On peut déduire de ces observations qu’il existe nettement des formes où les lésions vésiculeuses et vésiculo-pustuleuses ne constituent pas la manifestation unique de la maladie; pendant de longues périodes l'affection ne se traduit que par un état érythémato-squameux et fissuraire sur lequel vient se greffer de temps à autre une poussée vésiculeuse ou pustuleuse éphémère. L'existence de ces poussées, le succès de la radiothérapie suffisent pour faire admettre ces lésions dans le cadre de l’acrodermatite continue.