ACTE PREMIER
eôté de ce bonheur-là, sans y songer. Moi, du moins, je n'y songeais pas. Etais-je bête ? Il n'y a que trois mois que je me suis décidé à vous faire la cour. Eh ! bien, vous me croirez si vous voulez, mais je n'avais aucun espoir, je me disais : une petite bourgeoise remplie de préjugés; jamais elle ne me comprendra; jamais elle ne sera assez intelligente pour se décider. Mais, vous avez très bien compris, au contraire. Ah! Lucienne, c'est bien ce que vous avez fait hier, c'est bien!
LUCIENNE
C'est si bien que cela?
ALBERT
Mais oui. Comprenez donc quelle existence agréable nous allons mener maintenant ! Car je vous aimerai toujours ; pourquoi cesserais-je de vous aimer ? J'ai rencontré en vous
la femme idéale, la femme qui répond absolument à mon type, sous tous les rapports; et rien ne peut troubler notre bonheur, avec un mari, comme le vôtre : si confiant, si commode. Quand pourrez-vous venir voir votre ami, qui a tant envie d'un nouveau rendez-vous ?
LUCIENNE
Monsieur Legrain, je ne remettrai plus jamais les pieds chez vous, et je vous prie d'oublier ce qui a pu se passer entre nous, dans une minute d'égarement.
ALBERT
Qu'est-ce que vous dites?
LUCIENNE
Je répète que ce qui s'est passé hier est passé; que nous devons l'oublier, l'un et l'autre, et qu'il n'en sera jamais plus question.