DE MERCURE
Mercure est une petite planète que l’on voit alternativement avant et après le lever ou le cou-
cher du Soleil, dont elle ne s’écarte jamais audelà de 16 à 29 degrés. On ne peut guère l’apercevoir à l’œil nu qu’à ses plus grandes élongations, surtout dans nos climats septentrionaux. Delambre dit ne l’avoir aperçue à la vue simple que deux fois, l’une à Paris et l’autre à Narbonne ; et il ajoute que Copernic, qui en a dressé des tables , n’avait jamais pu la voir. La difficulté d’observer Mercure , jointe à la complication de la marche de cette planète , a exigé , sans doute , un bien long espace de temps pour reconnaître l’identité des deux astres qu’on voyait alternativement suivre ou précéder le lever du Soleil.
Vu au moyen du télescope , Mercure présente un diamètre apparent très-variable , dont la valeur moyenne paraît être de près de 6” 3. Cette planète présente aussi , comme la Lune , des phases qui sont d’une grande utilité pour reconnaître sa forme ainsi que ses positions relativement au Soleil. On a reconnu, de cette manière, que sa forme était sphérique , que sa lumière était empruntée du Soleil , et qu’elle tournait autour de ce dernier astre. Sa révolution sidérale s’accomplit dans Fespace de 87^,969, et surpasse de près d’une minute la révolution tropique ; mais, observé de la surface de la Terre, cet astre emploie depuis 106 jours jusqu’à j 3o jours . à prendre la même position relativement au Soleil. On dit ordinairement le mouvement géo-
centriqiie ou héliocentrique d’une planète, selon qu’il est vu du centre de la Terre ou du centre Üu Soleil.
Connaissant le temps que Mercure emploie à décrire son orbite elliptique autour du Soleil, et connaissant d’ailleurs les élémens elliptiques de l’orbite de la Terre, on peut, par la troisième loi de Kepler, déterminer la distance moyenne de cette planète. On trouve , en prenant pour unité la distance moyenne de la Terre , le nombre 0,387. Nous sommes donc à-peu-près trois fois aussi éloignés du Soleil que Mercure. Il résulterait de là que , sur ce dernier astre , la chaleur et la lumière devraient être sept fois plus fortes que sur notre globe au milieu de l’été; cette température serait suffisante pour que l’eau y fût continuellement à l’état d’ébullition.
Nous avons déjà dit que la plus grande élongation de Mercure a pour valeur 2 g0, et pour valeur moyenne 220 Si Ton observe l’astre dans cette position , on lui reconnaît un croissant dont les cornes sont opposées au Soleil. L’astre paraît assez long temps stationnaire , parce que l’arc qu’il décrit est à-peu-près perpendiculaire à celui que parcourt notre terre. Mercure se rapproche alors du Soleil et parcourt la partie de son orbite la plus rapprochée de nous, aussi son diamètre apparent augmente pendant ce temps. Comme alors nous marchons dans des directions
à-peu-près parallèles , et que Mercure avance beaucoup plus rapidement que nous , son mouvement devient très-sensible ; et nous voyons l’astre disparaître bientôt dans les rayons du Soleil couchant, pour reparaître le matin, avant le jour. Pendant qu’il a décrit ce dernier arc, on dit que son mouvement a été rétrograde , c’est-àdire, opposé à la direction du mouvement apparent du Soleil. Au bout de quelques jours, Mercure atteint encore sa plus grande élongation et redevient stationnaire comme la première fois ; son diamètre apparent diminue, et bientôt l’astre se rapprochant du Soleil par un mouvement direct ? se replonge le matin dans les rayons de l’aurore et reparaît encore le soir pour reproduire les mêmes phénomènes.
Ainsi l’orbite elliptique de Mercure , compris dans celui de notre Terre , nous paraît partagé en quatre arcs remarquables ; deux sont àpeu-près perpendiculaires à la direction de notre Terre, et deux sont à-peu-près parallèles. Pendant que la planète parcourt les deux premières , elle semble stationnaire ; pendant qu’elle parcourt les deux autres , elle semble avoir un mouvement direct ou rétrograde , selon quelle est à son passage supérieur ou inférieur . L’arc moyen de sa rétrogradation est d’environ i3° ~ , et sa durée moyenne de 23 jours. Mais il y a de grandes dif*
astron.
férences entre ces quantités dans les diverses rétrogradations.
La lumière que nous envoie Mercure , dépend en partie de ses phases , et en partie de son éloignement ; car dans les conjonctions supérieures et inférieures, elle vient de distances à-peu-près doubles l’une de l’autre. L’éclat le plus vif ne provient donc point du disque quand il est parfaitement rond , comme aux époques des pleines Lunes, à cause du trop grand éloignement de l’astre ; l’éclat n’est pas non plus le plus vif vers la conjonction inférieure, la partie éclairée étant alors presque entièrement tournée vers le Soleil : c’est donc en un point intermédiaire vers les rétrogradations.
On conçoit que Mercure doit présenter de temps en temps des éclipses dans ses différens passages. Mais ces éclipses sont assez rares ; l’on ne peut d’ailleurs observer que celles qui ont lieu dans les conjonctions inférieures, à cause du trop grand éclat du Soleil. On voit alors la planète se projeter sur le disque solaire , sous la forme d’une tache noire , qui décrit une corde de ce disque : les périodes qui ramènent ces passages sont de 6 , de 7, de i3 , de 4-6 et de 2 63 ans.
L’ellipse que décrit Mercure est la plus excentrique de toutes les orbites des planètes anciennement connues. L’excentricité vaut o,2o55i4i
de sa dislance moyenne au Soleil ; et l’inclinaison de l’orbite sur l' écliptique est de 70. Le diamètre de Mercure vaut 0,39 du rayon de la Terre; conséquemment le volume vaut o,o5 de celui de notre globe , et la surface environ le sixième. Nous avons déjà vu que c’est le plus dense de tous les corps planétaires. La ligne de ses nœuds a , comme celle des nœuds de la Lune , un petit mouvement annuel d’orient en occident.
Il est à remarquer que l’hémisphère austral de Mercure , de même que celui de la Terre , de la Lune et de Vénus , semble offrir des montagnes beaucoup plus élevées que l’hémisphère opposé. On reconnaît à Mercure un mouvement de rotation en 24 heures 5’ \ autour d’un axe fortement incliné sur le plan de son orbite ; ce qui doit y rendre l’inégalité des jours et des saisons fort sensible. On a aussi des raisons de croire cette planète enveloppée d’une atmosphère très-dense.