‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 106 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

suppléer à une mesure effective. L'isolement plus ou moins grand d'une montagne, l'inclinaison de ses flancs, sa distance, la forme, la disposition et la hauteur des terrains environnants, l'état de l'atmosphère enfin, sont autant de causes d'illusion dont l'observateur le plus exercé ne saurait s'affranchir, et qui disparaissent seulement devant le baromètre et les instruments géodésiques. S'il fallait citer des exemples à l'appui de ces réflexions, ils ne manqueraient pas. Ainsi, je pourrais dire qu'au commencement du xvme siècle on regardait encore généralement le pic de Ténériffe comme la plus haute montagne du monde (voyez la Géographie de Varenius, revue par Newton), quoique les Alpes suisses renfermassent des sommités qui le surpassent de près d'un tiers, quoique des milliers de voyageurs revenant du Pérou eussent aperçu la grande Cordillère des Andes, et visité même des villes populeuses établies sur des plateaux beaucoup plus élevés que le pic. Je pourrais faire remarquer aussi que les Pyrénées avaient été parcourues par de savants académiciens, munis de grands instruments, qu'on donnait encore le Ganigou pour la plus haute sommité de la chaîne, tandis que nous savons aujourd'hui non-seulement que la Malahite, le Mont- Perdu, le Cylindre, etc., le surpassent de 600 mètres, mais encore, d'après les observations récentes de M. Corabœuf, qu'à une petite distance de cette montagne, dans les limites mêmes du département des Pyrénées-Orientales, il existe des sommités de près de 140 mètres plus élevées, etc. Il ne faut donc pas s'étonner si de temps à autre certains pics descendent du rang qu'on leur avait assigné. Le Mont-Blanc lui-même, depuis si longtemps

en possession de la première place dans le système des montagnes européennes, a failli la perdre à la suite d'une mesure imparfaite des sommités du mont Rose. Aujourd'hui c'est le tour du Ghimborazo. Cette montagne, si célèbre par les travaux de Bouguer, de La Condamine , et surtout par ceux de M. de Humboldt , n'est pas la plus haute sommité du globe, comme on le supposait depuis tant d'années, les mesures de l'Himalaya l'ont déjà prouvé; elle n'est pas même, à beaucoup près, la plus haute cime des Cordillères, comme l'a reconnu M. Pentland, dans un voyage très -intéressant.

La figure 2/i9, que j'emprunte à mon illustre ami Alexandre de Humboldt, qui en a publié la première esquisse dès 1825, offre la représentation exacte des hauteurs relatives des points culminants et des crêtes moyennes des chaînes de montagnes de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie. Je dois ajouter les explications que donne mon ami sur cette figure d'un haut intérêt. « Ramoncl, dit-il, a fait remarquer le premier, à une époque où l'on n'avait mesuré encore que peu de passages dans les Alpes, que malgré la grande différence de hauteur entre le Mont-Blanc et le pic Néthou, la hauteur moyenne de la crête des Alpes est cependant inférieure à celle des Pyrénées. A mesure que l'on se familiarise davantage avec la vraie configuration de quelques chaînes très-élevées, comme les Alpes, les Pyrénées, l'Himalaya, le Caucase, les Cordillères du Mexique et de l'Amérique méridionale, on reconnaît mieux que la direction générale des chaînes dévie souvent de la ligne qui passe par les points culminants. Les points ordinairement de formation

Page 1