‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 22 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

distances à la Terre différentes et dans une relation convenable avec leurs positions réelles, on trouverait que deux astres qui paraîtraient se toucher pourraient occuper en réalité dans l'espace les régions les plus éloignées.

Avant de rechercher si ces conséquences singulières, déduites de la double supposition de l'immobilité de la Terre et de la vitesse successive de la lumière, peuvent se concilier avec les faits, examinons le cas où la Terre se meut dans l'espace, le firmament et tous les astres qui le composent étant immobiles i.

Les centres rayonnants, d'où la lumière part en ligne droite et suivant des directions divergentes, sont alors immobiles dans l'espace. Un de ces points rayonnants paraîtra se lever lorsque l'horizon , dans son mouvement de rotation dirigé de l'occident à l'orient, viendra coïncider avec une des lignes droites qui en émanent. Un astre passera au méridien quand le prolongement de ce plan, par l'effet du mouvement de rotation de la Terre, viendra coïncider avec la position invariable de l'astre vers laquelle convergent tous les rayons qui nous le font voir.

Peu importe, quant au lever de l'astre et à son passage au méridien, que les molécules lumineuses à l'aide desquelles les deux phénomènes se sont manifestés, soient parties de l'astre plusieurs heures, plusieurs semaines, plusieurs années et même plusieurs siècles avant leur observation, puisque ces molécules se meuvent toutes

1. Je ne tiens pas compte ici du petit déplacement journalier des planètes ; ce déplacement a donné lieu au phénomène connu sous le nom d'aberration, et dont l'importance numérique, comme on le verra, ne s'élève qu'à quelques secondes.

suivant des lignes droites aboutissant aux points fixes du firmament où les astres sont situés.

On voit que, dans cette nouvelle hypothèse, la vitesse de la lumière n'influe pas sur les positions apparentes; que lorsqu'un astre paraît passer au méridien, c'est qu'il y passe en réalité, et que, quand deux astres semblent voisins l'un de l'autre, c'est que les lignes qui partant de la Terre aboutissent à leurs centres, sont voisines en effet.

Les déductions que nous avons tirées de l'hypothèse de l'immobilité de la Terre, ont dû paraître bien étranges; mais 'dans les études scientifiques, l'extraordinaire n'est pas toujours la preuve de la fausseté des suppositions.

Voyons s'il n'y a pas dans le mouvement des astres quelques faits qui soient inconciliables avec cette conséquence, que nous les voyons dans des positions apparentes dépendantes de leur distance rectiligne à la Terre.

Eh bien, envisageons Mars, par exemple, en conjonction. Le moment apparent de son passage au méridien sera égal au moment de son passage réel , augmenté du temps que la lumière emploie à venir de cet astre à la Terre, c'est-à-dire à franchir l'intervalle MT (fig. 233).

Fig. 233. — Observations des passages au méridien d'une planète supérieure au moment de la conjonction et au moment de l'opposition, pour prouver la mobilité de la Terre,

Page 1