LIVRE XXI. — LA LUNE
On voit que la région de la Lune que nous voyons à notre époque, est la même que celle dont parle le poëte cité par Plutarque.
La Lune, pendant son mouvement de circulation autour de la Terre, nous présentant toujours la même face, il en résulte inévitablement la conséquence que cet astre tourne sur lui-même dans un temps égal à celui qu'il emploie à faire sa révolution autour de notre globe. On a peine à concevoir que cette conséquence ait jamais pu soulever un doute. Comment des esprits éclairés ont-ils pu ne pas reconnaître d'emblée que si le globe lunaire ne tournait pas sur son centre, que si pendant son mouvement de circulation il n'était pas doué d'un mouvement de rotation, que s'il restait toujours parallèle à lui-même, la face du globe qui se présenterait à nous, après chaque demi-révolution , serait toujours opposée à celle que nous voyons d'abord.
Dès qu'il est admis que le globe lunaire tourne sur luimême, il y a lieu de distinguer à sa surface les pôles de rotation , c'est-à-dire les points où aboutit l'axe autour duquel le mouvement s'etTectue. Il faut aussi considérer l'équateur, c'est-à-dire le plan passant par le centre de la Lune et perpendiculaire à la ligne des pôles.
Si l'on conçoit, par le centre G de la Lune (fig. w29/i, p. 408}, le plan de l'équateur de cet astre OBO'A, le plan de l'orbite lunaire LBL'A et un plan parallèle à l'écliptique EBEA, ces trois plans ont une intersection commune BCA, du moins si l'on fait abstraction des inégalités périodiques qui affectent les nœuds et l'inclinaison de l'orbite lunaire sur l'écliptique. Le plan parai-
lèle à l'écliptique forme avec le plan de Féquateur lunaire un angle EÀO de 1° 28' 45", et avec le plan de l'orbite lunaire un angle LAE de 5° 8' 48".
C'est de l'existence de ces angles que proviennent les phénomènes de la libration réelle de notre satellite. En outre, il existe une autre espèce de libration qu'on peut appeler une libration optique, en vertu de laquelle les taches lunaires voisines du bord s'en rapprochent, disparaissent et reviennent ensuite dans l'hémisphère visible. Les causes de ces librations apparentes sont très-faciles
Fig. 294. — Angle de 1 orbite e! de l'équateur de la Lune avec l'écliptique.
à assigner. C'est au centre de la Terre que la Lune présente toujours la même face, et c'est de la"ksurface de de notre globe que nous l'observons. La ligne menée d'un point de cette surface au centre du globe lunaire, diffère plus ou moins, à cause de la distance comparativement petite de la Lune à la Terre, de la ligne unissant les centres des deux globes. C'est perpendiculairement à ces deux lignes qu'on doit mener par le centre de la Lune les plans qui détermineront les contours apparents dans les deux positions.
Ces contours différeront donc, plus ou moins, suivant que les lignes menées au centre de la Terre et à un point de la surface, formeront entre elles des angles, plus ou moins grands.
Ces angles variant avec la hauteur de l'astre au-dessus de l'horizon, on expliquera par là une partie des changements observés dans les positions des taches rapportées aux bords de la Lune.
L'axe de rotation de notre satellite n'étant pas perpendiculaire au plan de l'écliptique et l'orbite lunaire ne coïncidant pas avec ce plan , on trouvera dans ces deux circonstances, l'explication des disparitions successives des deux pôles de rotation de la Lune, et conséquemmenf. des changements observés dans les positions, des taches de la Lune, voisines de ces deux points.
Enfin , pour que les taches conservassent une position invariable relativement au contour de la Lune, il faudrait qu'il y eût une égalité mathématique entre le mouvement de révolution de notre satellite et son mouvement de rotation; or, il faut remarquer que le premier de ces mouvements est assujetti à des inégalités périodiques, connues sous le nom de perturbations , et auxquelles le mouvement de rotation ne participe pas d'une manière sensible.
Les causes des librations optiques avaient été reconnues et clairement décrites par Galilée et Hévélius, mais c'est à Jean-Dominique Cassini qu'est due la découverte de la coïncidence des nœuds de l'orbite lunaire avec les nœuds de son équateur, c'est-à-dire de la partie la plus curieuse du phénomène.
Je dis de la partie la plus curieuse du phénomène , parce qu'en effet il est étrange de voir deux mouvements tels que celui des nœuds de l'orbite lunaire et le mouvement des nœuds de l'équateur de cet astre, qui semblent devoir être d'abord tout à fait indépendants, présenter une égalité mathématique. Cette égalité et celle des mouvements de révolution et de rotation envisagée analytiquement, ont conduit Lagrange aux conséquences les plus curieuses sur la constitution physique de la Lune.
Faute d'avoir établi une distinction nécessaire entre les phénomènes de la libration optique et ceux de la libration réelle, de prétendus historiens de la science ont commis au préjudice de J.-D. Cassini les plus incroyables bévues.
En résumé, on doit considérer dans le mouvement de la Lune quatre révolutions :
La révolution synodique, qui la ramène en conjonction avec le Soleil; elle est de 2$ 12h 44m 2\9;
La révolution sidérale, qui la ramène à la même étoile ; sa valeur est de 27j T 43m 11\5;
La révolution tropique qui la ramène, par son mouvement moyen, à la même longitude comptée de l'équinoxe mobile; elle est de 27J 7h 43m 4S.7;
La révolution anomalistique qui la ramène au même point de son ellipse ; elle est de 27 13h 18* 37s.4.
Le moyen mouvement de la Lune en 100 années juliennes, ou en 36,525 jours, est de 1336 révolutions sidérales plus 307° 52' 41". 6.
Pour fixer la Lune dans l'espace et placer son orbite, nous ajouterons que sa longitude moyenne, le 1er janvier 1801, temps moyen de Paris, était de 118° 17' 8". 3;