LIVRE XXI. — LA LUNE
on a dû admettre que la Lune tourne sur elle-même dans le même temps qu'elle met à faire sa révolution autour de notre globe (chap. x, p. 405). Ce mouvement de rotation comporte comme conséquence que l'ellipsoïde lunaire doit être allongé dans le sens de la ligne qui joint les centres des deux globes. Cet allongement, du reste fort petit, a été regardé comme un effet de l'attraction continue de la Terre sur la Lune encore pâteuse; de là, la recherche à laquelle divers cosmologues se sont livrés, sur la question de savoir si cette même attraction avait contribué, en quelque chose, à la formation des aspérités et des cavités dont la surface de notre satellite est recouverte. Le résultat de cette investigation a été décidément négatif.
Voici comment on peut raisonner, sans rien emprunter à la théorie.
On prouve par une observation immédiate , c'est-à-dire sans recourir à la discussion des phénomènes de mouvement, que les corps pèsent à la surface de la Lune, comme les corps terrestres à la surface de notre planète, et que, soulevée au-dessus du globe lunaire, une masse matérielle tomberait vers son centre. Je trouve consignée , à la date de 1667, dans la micrographie de Hooke, cette démonstration qui mérite d'être citée :
« Dans aucune des régions du globe lunaire, cependant si accidenté, on ne voit des parties surplombantes, comme cela aurait certainement lieu, si, sur notre satellite, la matière ne pesait pas. Les parties qui , à l'origine, ont pu se trouver hors de la verticale , sont tombées par l'action, longtemps continuée, de la pesanteur lunaire. »
42i ASTRONOMIE POPULAIRE.
Considérons maintenant la région située au centre du disque apparent de la Lune; là, les parties matérielles seront attirées, suivant la même ligne, mais en sens contraire, par la Lune et par la Terre. Aux bords du disque, l'action que la Lune exerce sur la matière, sera à peu près perpendiculaire à l'attraction de la Terre sur cette même matière. Il semble donc impossible que les effets combinés de ces attractions soient les mêmes au centre et aux bords ; si l'attraction de la Terre était entrée à l'origine pour quelque chose dans la formation des aspérités lunaires, le bord et le centre seraient différemment constitués , ce qui n'est pas.
Aucune action extérieure à la Lune n'a donc contribué à la production de son relief.