LIVRE XXI. — LA LUNE
tout à la fois ou seulement par parties devant l'affaiblissement de notre crépuscule ; or, il arriva que le limbe obscur se montra d'abord dans le prolongement de chacune des deux cornes du croissant, sur une longueur de 1 minute 20 secondes, avec une largeur d'environ 2 secondes, avec une teinte grisâtre très - faible qui perdait graduellement de son intensité et de sa largeur en s'avançant vers l'est. Au même moment, les autres parties du limbe obscur étaient totalement invisibles, et cependant, comme plus éloignées de la portion éblouissante du disque directement éclairée par le Soleil, il semble qu'on aurait dû les voir les premières. Ce ne fut que huit minutes après l'apparition des arcs placés sur le prolongement des cornes, que le reste du limbe cendré put être observé. On ne saurait cependant supposer que les portions des bords attenantes aux cornes, recevraient de la Terre plus de lumière que les autres parties de la Lune; c'est donc ailleurs qu'il faut chercher la cause du maximum d'intensité que l'observation a indiquée; or, une lueur rejetée de l'atmosphère de la Lune sur la portion de cet astre que les rayons solaires n'atteignaient pas encore directement, une véritable lueur crépusculaire, semble seule pouvoir expliquer ce phénomène. L'observation a été faite avec un télescope de 2m.30 de long, armé d'un grossissement de 74 fois.
Schrœter trouve, par le calcul , que l'arc crépusculaire de la Lune, mesuré dans la direction des rayons solaires tangents, est de 2° 34', et que les couches atmosphériques qui éclairent l'extrémité de cet arc sont à 452 mètres de hauteur perpendiculaire.
11 résulte de là que l'interposition de quelques montagnes peut souvent empêcher le crépuscule lunaire de s'étendre aussi loin qu'il l'aurait fait sans cela.
Voyons s'il ne serait pas possible d'instituer des observations photométriques à l'aide desquelles on acquerrait quelques nouvelles lumières sur les propriétés de l'atmosphère lunaire. En supposant que cette atmosphère existe, elle doit projeter sur les ombres portées des corps opaques, une lumière diffuse moins intense au sommet des montagnes que dans les plaines ; observons F ombre portée par un pic sur le plateau élevé qu'il domine, observons ensuite l'ombre portée par un semblable pic situé au niveau général de la Lune. L'ombre de ce dernier pic devra être plus éclaircie que celle du premier, puisqu'il y a un plus grand nombre de couches atmosphériques qui l'éclairent. Je ne crois pas que jamais personne ait songé à étudier la question à ce point de vue. Quant au degré de sensibilité de cette méthode, on peut la déterminer à l'aide d'une lunette prismatique.
Je ne dois pas oublier de faire remarquer que des partisans quand même de l'atmosphère lunaire ont soutenu que cette atmosphère était confinée dans les cavités et ne s'élevait pas jusqu'au niveau supérieur de la Lune ; dans cette hypothèse, l'égalité des durées calculées et observées des occultations d'étoiles ne prouverait rien contre l'existence d'une atmosphère en quelque sorte souterraine.
Pourrait-on maintenant justifier la supposition dont nous venons de parler, par les expériences desquelles il est résulté qu'il existe au-dessus d'une nappe de mercure