‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 252 sur 362 · CARTE DE LA LUNE · texte numérisé non relu

CARTE DE LA LUNE

Les principales taches de la Lune s'aperçoivent à l'œil nu, mais le nombre de celles qu'on distingue avec des lunettes est infiniment plus considérable. Galilée, qui les observa le premier, et qui enrichit à ce sujet la science de tant de résultats précieux, n'entreprit pas de dessiner tout ce que ses lunettes lui avaient révélé. On peut dire qu'à son époque, c'eût été un travail herculéen. Peyresc et Gassendi ne crurent pas qu'une pareille entreprise fût au-dessus de leur zèle et de leur force; déjà ils en avaient fait graver quelques feuilles par Mellan. On trouve encore ces cartes dans plusieurs bibliothèques du Midi. Mais ayant appris que Langrenus d'Anvers et Hévélius s'occupaient d'un semblable projet, ils y renoncèrent. C'est à Hévélius que l'on doit la première carte complète qui ait été dressée de la Lune. L'auteur apporta tant d'exactitude dans ce travail , qu'il s'imposa le soin pénible de le graver lui-même. On trouvera à ce sujet les détails les plus minutieux dans la Sélénographie1, dont la science est redevable à l'astronome de Danzig.

1. Sélénographie vient du mot grec <jsXy]v/i, qui veut dire Lune.

Lorsqu'il fallut donner des noms aux taches diverses que sa carte renfermait , Hévélius hésita , comme il le raconte lui-même, entre les noms des personnages célèbres et ceux des diverses contrées du monde connues alors. 11 avoue ingénument qu'il renonça à prendre les noms d'homme, de crainte de se faire des ennemis de ceux qui auraient été totalement oubliés ou qui auraient trouvé qu'on leur faisait une trop petite part. Il se décida donc à transporter dans la Lune nos mers , nos villes , nos montagnes. Riccioli montra plus de hardiesse, et dans la carte qui fut le fruit des observations de son collaborateur et ami, Grimaldi, il adopta la nomenclature à laquelle Hévélius avait renoncé. On a adressé à cet astronome le reproche d'avoir fait une trop grande part à ses confrères de la Compagnie de Jésus et de s'être placé lui-même parmi les savants favorisés. Mais la postérité n'a pas tenu compte de cette insignifiante inconvenance, et la nomenclature de Riccioli a prévalu.

On trouve encore dans le commerce une grande carte de la Lune, que Gassini fit graver d'après ses propres observations, vers la fin du xvue siècle.

Des réductions de cette carte ont été publiées dans divers ouvrages, entre autres dans le Traité d'astronomie de Latande et dans la Connaissance des Temps.

Le cuivre de la grande carte de Cassini était conservé à l'Imprimerie royale, mais il fut vendu à un chaudronnier, m'a dit mon confrère Bouvard, à une époque où le directeur de cet établissement national jugea à propos de se débarrasser d'une portion du matériel qui encombrait ses magasins.

Ce directeur, comme on peut le présumer, n'était pas un amateur d'astronomie.

Lahire , très - propre à ce genre de travail par son habileté dans l'art du dessin, avait transporté le résultat de ses observations sur un tableau de 4 mètres de diamètre. On a vu longtemps ce tableau dans un grand cadre noir sur l'escalier de la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

La carte de Lahire n'a pas été gravée.

Tobie Mayer doit être cité ici, à raison du travail que sa mort, arrivée en 1762, empêcha d'achever, et qui certainement eût dépassé par son exactitude tout ce qui avait été fait en ce genre antérieurement.

Enfin , l'astronomie est en possession d'une carte lithographiée de 95 centimètres de diamètre, fruit des études persévérantes de MM. Maedler et Béer. J'ai chargé M. Barrai de surveiller, pour cet ouvrage, l'exécution d'une réduction de cette carte (fi g. 296, p. 448 et 449.) Elle est dessinée renversée, telle qu'on voit la Lune dans les lunettes astronomiques.

Cette carte est une projection orthographique (liv. xx, chap. xxiv, p. 343) de l'hémisphère que la Lune tourne constamment vers la Terre, dans sa libration moyenne.

Les noms qui ont été donnés aux principaux lieux lunaires, sont ou bien ceux de la géographie terrestre, ou bien, comme nous venons de le dire, ceux des astronomes célèbres. Nous avons adopté les noms les plus ordinairement employés par les auteurs; ce sont, avec les additions que les progrès de la sélénographie ont dû y apporter, les noms dont Riccioli s'est d'abord servi.

Voici, en commençant par la partie sud de notre satel-

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