LIVRE XXII. - ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
MM. Masdler et Béer, dans l'éclipsé de Lune de 1835, déduisirent de leurs observations qu'il fallait supposer que le demi -diamètre de l'ombre surpassait le demi-diamètre calculé de l/28e. L'éclipsé de 1837 leur donna pour la différence des demi -diamètres toujours dans le même sens 1/54%
La cause de ces différences entre la théorie et l'observation paraît facile à assigner.
Nous avons calculé les dimensions du cône d'ombre en supposant que les rayons partant des bords du Soleil étaient tangents à la partie solide et entièrement opaque de notre globe; mais lorsqu'on a remarqué l'énorme affaiblissement qu'éprouvent les rayons solaires en traversant les couches atmosphériques comprises entre le point où le Soleil se lève à l'horizon et la place de l'observateur; quand on songe, en outre, que ces rayons prolongés au delà de l'observateur traversent une épaisseur d'atmosphère égale à la première, on conçoit que, dans des circonstances données, ces couches atmosphériques peuvent jouer dans la formation du cône d'ombre le rôle de la partie solide ou entièrement opaque de notre globe, et que leur épaisseur doit être ajoutée à celle du rayon de la partie solide de la Terre. On voit aussi pourquoi dans des cas exceptionnels, l'atmosphère étant parfaitement diaphane, cette addition ne doit pas être faite par ceux qui entendent déterminer à l'avance, à l'aide du calcul, les circonstances d'une éclipse de Lune.
D'après la théorie que nous avons donnée des éclipses, la Lune devrait disparaître totalement lorsqu'elle pénètre dans le cône d'ombre par la partie centrale, et il est de
fait que, même dans ces circonstances, l'astre ne disparaît presque jamais.
Examinons quelle peut être la cause de cette anomalie qui déjà avait été signalée par des astronomes de l'antiquité.
Nous avons trouvé les dimensions du cône d'ombre en supposant que les rayons du Soleil tangents à la surface de la Terre se mouvaient au delà de notre globe en ligne droite; mais l'atmosphère terrestre, dont la densité diminue avec la hauteur, fait éprouver à ces rayons une inflexion, une réfraction en vertu de laquelle ils se rencontrent réellement beaucoup plus tôt qu'ils ne sauraient le faire sans cela. Le sommet du cône d'ombre réel que la terre projette derrière elle doit donc être moins éloigné que nous ne l'avons supposé. Les rayons solaires infléchis par les couches inférieures de l'atmosphère terrestre peuvent atteindre le corps de la Lune contrairement à ce que nous avait indiqué une conception géométrique dégagée de la cause physique que nous avons maintenant fait entrer en ligne de compte.
Les rayons qui traversent les couches inférieures de l'atmosphère se colorent toujours en rouge, ainsi qu'on peut le déduire de l'observation des levers et des couchers du Soleil, de la Lune et des autres astres. Si l'explication que nous discutons est fondée, c'est d'une teinte rouge que la Lune doit briller lorsqu'elle ne disparaît pas tout à fait; or, ce résultat de la théorie est parfaitement conforme aux observations. Il arrivera ainsi que la lumière secondaire ou réfléchie qui atteint la Lune au moment d'une éclipse totale sera d'autant plus vive que