LIVRE XX. — LA TERRE
signe par des noms différents, et qu'il importe de connaître.
En Asie, ces espaces s'appellent des steppes. Les plus vastes steppes du monde, comme aussi les plus élevées au-dessus du niveau de la mer, s'étendent dans une longueur de plus de deux mille lieues au sud du mont Altaï, depuis la muraille de la Chine jusqu'au lac Aral. Quelques-unes sont couvertes de plantes ordinaires ou saumàtres ; d'autres se font remarquer par des efflorescences salines semblables à de la neige. La horde guerrière qui, sous la dénomination de Huns, ravagea l'Europe il y a quelques siècles , était sortie des steppes mongoles.
En Afrique, ces vastes plaines s'appellent des déserts. Le sol y est composé du sable le plus aride ; l'œil n'y aperçoit aucune trace de végétation ; les ondulaticns de ces terrains sont extrêmement légères, et les peuples qui les traversent en caravanes dirigées des bords de la Méditerranée vers Tombouctou, se sont par cette raison unanimement accordés à les appeler des mers de sable. En étendant encore davantage cette expression métaphorique, ils nomment le chameau, dont la force, la patience et la sobriété ont seules donné la possibilité de traverser des contrées aussi arides, le navire du désert. De faibles troupeaux d'autruches ou de gazelles, des lions et des panthères sont les seuls animaux qui fassent des incursions dans les déserts d'Afrique.
Les déserts d'Afrique ont une étendue peu inférieur au triple de celle de la Méditerranée. On y a découvert çà et là quelques espaces isolés, de peu d'étendue, abondants en sources, couverts de dattiers et d'une riche végétation : on les appelle des oasis.
Dans le Nouveau Monde, les déserts de Venezuela se nomment llanos (plaines). Cette dénomination leur convient si parfaitement, que dans des rayons de plusieurs lieues l'œil ne découvre pas souvent un point de quelques décimètres plus élevé qu'un autre. Les llanos occupent une étendue de plus de vingt mille lieues carrées. Ils sont nus, à certaines époques, comme le désert d'Afrique; dans d'autres temps de l'année, ils se couvrent de verdure, comme les steppes de l'Asie centrale, après avoir été en partie inondés durant la saison des pluies.
A peine dans cette vaste étendue trouve-t-on quelques villages sur le bord des rivières, mais partout on voit errer des troupeaux innombrables de bœufs, de chevaux et de mulets devenus sauvages. La multiplication de ces animaux est d'autant plus extraordinaire qu'ils ont de nombreux ennemis à combattre, tels que le lion sans crinière, le tigre du Brésil , le crocodile, d'énormes serpents et, ce qui n'est pas leur ennemi le moins redoutable, les gymnotes ou anguilles électriques.
Les déserts situés auS.-O. de l'Amérique sont désignés dans la république de Buenos-Ayres par le nom de pampas. Leur superficie est trois fois plus grande que celle des llanos de Venezuela. On trouve dans toute l'étendue des pampas, des oiseaux de la famille des casoars et des chiens, devenus sauvages, qui vivent en société dans des trous souterrains.
Dans l'Amérique du Nord les steppes prennent le nom de savanes. C'est là qu'on trouve le mouflon , le bison et le bœuf musqué.
En Europe, on s'accorde à regarder comme de petites
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steppes ces plaines où une seule espèce de plantes étouffe toutes les autres et qu'on désigne communément par le nom de bruyères. Telle est, par exemple, en très-grande partie, la plaine qui s'étend depuis la pointe septentrionale du Jutland jusqu'à l'embouchure de l'Escaut.
On appelle montagne toute masse de terrain fort élevée au-dessus du sol environnant : mont a la même signification , mais ce mot ne s'emploie guère que devant un nom propre : mont Etna, mont Liban, mont Cenis, mont Yentoux , etc.
On appelle colline toute montagne de petite dimension, surtout quand elle s'élève au-dessus de la plaine par degrés presque insensibles ; coteau désigne une petite colline.
Le mot monticule s'emploie quand il est question d'une élévation du terrain inférieure à celle qu'on est convenu d'appeler coteau.
On distingue dans une montagne la base, le sommet ou cime, et les flancs, pentes ou versants.
Les pierres et les terres qui s'éboulent d'une montagne se réunissent à la longue vers son pied : c'est pour cela que cette partie est toujours la moins inclinée.
Quand le sommet d'une montagne se détache pour ainsi dire de la masse générale, en prenant tout à coup une pente très -rapide, on l'appelle pic; tel est dans les Pyrénées le pic du Midi de Bigorre, et dans les Alpes le pic Blanc, près du mont Rose ; tel est aussi le pic de Teyde, dans l'île de Ténériffe.
Si ce sommet est anguleux et très-élancé, c'est une aiguille ou même une dent. Ainsi on a dans les Alpes
l'aiguille du Dru, l'aiguille du Plan, etc.; la dent de Jaman, etc.
Tout sommet aplati est un plateau.
Un sommet arrondi s'appelle dôme ou ballon.
Quoique ces diverses formes se rencontrent dans toutes les natures de terrains, on peut dire cependant que les plaines et les collines peu rapides sont ordinairement formées de strates presque horizontales; que les cimes convexes se composent ordinairement de roches faciles à désagréger par les influences atmosphériques, telles que les roches granitiques des montagnes du centre de la France, des Vosges, de la Saxe , de la Bohême et des Cornouailles ; que les plateaux s'observent dans les montagnes de grès, de calcaire secondaire, et en général dans celles qui sont en couches horizontales; que les aiguilles se retrouvent plus fréquemment dans des terrains granitiques ou à stratifications verticales; que les cimes coniques, enfin , sont ordinairement formées ou de produits volcaniques pulvérulents, ou de grès friables qui, après leur désagrégation, doivent tendre à prendre dans tous les sens l'inclinaison du talus naturel.
Si l'on excepte les volcans anciens ou modernes, tels que le Vésuve, l'Etna, le pic de Ténériffe, le Puy-de- Dôme, etc., etc., notre globe ne présente qu'un petit nombre de montagnes isolées ; en général , elles sont réunies et forment ce qu'on appelle soit des chaînes, soit des amas ou des systèmes de montagnes.
Plusieurs montagnes qui se tiennent, dont les bases se touchent en suivant une ligne plus ou moins sinueuse constituent une chaîne.