LIVRE XXII. — ECLIPSES ET OCCULTATIONS
surface et l'embrassent en entier, ces rayons incidents fussent -ils parallèles entre eux. Chacune des molécules sphériques dont l'atmosphère se compose doit donc répandre la lumière partout : aussi bien de bas en haut que haut en bas ; aussi bien du nord au midi que du midi au nord; de l'est à l'ouest que de l'ouest à l'est, etc., etc. Chaque molécule éclairée devient ainsi un centre de lumière rayonnant en tous sens, une sorte de Soleil en miniature, éclairant la totalité des autres molécules atmosphériques, situées au-dessus de l'horizon.
Ceci posé, il est évident que l'observateur qui regarde un point quelconque de l'atmosphère, un point situé à une certaine hauteur angulaire, reçoit : 1° la lumière provenant directement du Soleil, que la file de molécules situées dans la ligne de visée peut envoyer à l'œil après une première réflexion; 2° les rayons, toujours réfléchis définitivement dans la direction donnée par la même file de molécules, mais venant, eux, après des réflexions plus ou moins multipliées, de toutes les régions de l'atmosphère.
Ainsi, la lumière atmosphérique venant de 40, de 50, de 60 degrés, etc., de hauteur, aussi bien que la lumière atmosphérique venant du zénith, renferment des rayons solaires qui avaient été primitivement se réfléchir, par exemple, sur les molécules voisines de l'horizon.
La lumière qui arrive à l'œil après des réflexions multiples sur des molécules d'air, a peu de force, comparativement à celle qui provient d'une seule réflexion ; cependant elle n'est pas tout à fait négligeable, car, entre
autres choses , elle modifie notablement les lois de la polarisation atmosphérique.
Établissons- nous maintenant dans un lieu où une éclipse de Soleil va commencer, et portons nos regards sur une région déterminée de l'atmosphère, par exemple sur la région zénithale.
Cette région nous envoie , 1° par une seule réflexion , des rayons lumineux provenant de toute la superficie du Soleil ; 2° des rayons provenant aussi originairement de la même superficie, mais ayant éprouvé plusieurs réflexions, et la première d'entre elles sur des molécules situées indistinctement dans toutes les régions de l'atmosphère.
L'éclipsé a commencé. Le Soleil n'éclaire plus alors la région atmosphérique zénithale de la station que par une portion de sa superficie ; au contraire , il éclaire encore en plein d'autres couches, celles particulièrement qui se trouvent à l'horizon passant par les molécules placées très-haut sur la verticale du lieu, car cet horizon est trèséloigné. La lumière zénithale provenant de ces couches après des réflexions multiples, n'était primitivement qu'une fraction aliquote minime de la lumière totale ; l'immersion d'une portion du Soleil a nécessairement accru son importance relative. A mesure que la partie visible de l'astre radieux diminue dans la station , cette importance continue à augmenter. Il arrive enfin un moment où la lumière secondaire, où la lumière provenant des réflexions multiples, n'ayant pas varié, en tant qu'elle provient de certains points pour lesquels l'éclipsé n'a pas encore commencé, et s'étant en général beau-