‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 340 sur 362 · LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS

Dans une campagne dont je ne retrouve pas le nom, des poules, au moment de l'éclipsé totale, abandonnèrent subitement le millet qu'on venait de leur donner et se réfugièrent dans une étable.

Au Mas de l'Asparrou, les poules se trouvant loin de toute habitation , allèrent se grouper sous le ventre d'un cheval.

Une poule entourée de poussins s'empressa de les appeler et de les couvrir de ses ailes.

Des canards qui nageaient dans une mare ne se dirigèrent pas, au moment de la disparition du Soleil , vers la métairie assez éloignée d'où ils étaient sortis deux heures auparavant ; ils se massèrent et se blottirent dans un coin.

A la Tour, chef- lieu de canton dans les Pyrénées- Orientales, un habitant avait trois linotes. Le 8 juillet , de grand matin, en suspendant à la fenêtre de son salon la cage qui renfermait les trois petits oiseaux , il remarqua qu'ils paraissaient très-bien portants ; après l'éclipsé, un d'entre eux était mort. Faut-il croire que la linote se tua en heurtant avec force, dans un moment de frayeur, les barreaux de la cage? Quelques faits observés ailleurs rendront cette supposition probable.

Les insectes eux-mêmes n'échappèrent pas aux impressions que l'éclipsé produisit sur les quadrupèdes et sur les oiseaux. Je transcrirai ici une note qui m'a été remise par M. Fraisse aîné, de Perpignan :

« Je m'étais assis devant un petit sentier, tracé par des fourmis que le hasard me fit rencontrer. Elles travaillaient avec leur vivacité accoutumée; toutefois, à

mesure que le jour diminuait, leur marche se ralentissait; elles paraissaient éprouver de l'hésitation. A l'instant où le Soleil disparaissait entièrement, je remarquai, malgré la faible lumière qui nous éclairait alors, que les fourmis s'arrêtèrent, mais sans abandonner les fardeaux qu'elles traînaient. Leur immobilité cessa dès que la lumière eut repris une certaine force, et bientôt elles se remirent en route. »

« A Montpellier on vit, dit M. l'abbé Peytal, des chevaux qui marchaient sur l'aire du battage du blé, se coucher ; des moutons dispersés sur la prairie , se réunir précipitamment comme dans un danger ; des poussins se grouper sous les ailes de la mère ; un pigeon , surpris par l'obscurité tandis qu'il volait , aller se heurter contre un mur, tomber tout étourdi et ne se relever qu'à la réapparition du Soleil. »

M. Lenthéric, professeur à Montpellier, a donné aussi quelques détails concernant les effets que l'éclipsé totale produisit sur diverses espèces d'animaux. Des chauvessouris, croyant la nuit venue, quittèrent leurs retraites; un hibou, sorti d'une tour de Saint-Pierre, traversa, en volant, la place du Peyrou; les hirondelles disparurent; les poules rentrèrent ; des bœufs, qui paissaient librement près de l'église de Maguelonne, se rangèrent en cercle, adossés les uns aux autres , les cornes en avant comme pour résister à une attaque.

Ce dernier fait eut pour témoin M. Laurent, secrétaire et agent comptable de la Faculté de médecine de Montpellier.

M. le docteur Arvedi, de l'École vétérinaire de Milan,

Page 1